« Vaches à hublot » : en 1970... et toujours en 2019 !

Durée de lecture : 3 minutes

20 juin 2019



Rien n’a-t-il changé depuis 1970 ? Cette année-là, l’INRA diffusait un documentaire montrant des vaches dans lesquelles les techniciens avaient découpé un trou pour y placer un hublot. Le but : pouvoir plonger dans l’estomac et faire des expériences ! C’est ce que rappelait naguère Fabrice Nicolino dans Reporterre.

Regarder à partir de 4’00’’ :

Eh bien non ! Cela n’a pas changé, comme le révèle l’association L 214. « Vaches à hublot, poulets difformes, cochons, veaux, lapins malades et enfermés dans des cages minuscules » : telles sont les conditions d’élevage découvertes dans le premier centre privé européen de recherches en nutrition animale et conduite d’élevage. Dans une enquête publiée jeudi 20 juin. l’association de défense des animaux L 214 dénonce les expérimentations qui y sont menées afin d’élaborer et tester les aliments pour animaux de la marque Sanders, leader français de la nutrition animale et filiale du groupe Avril.

Ces images ont été tournées entre février et mai 2019 dans la station expérimentale de Sourches appartenant au groupe agro-industriel Avril, située sur la commune de Saint-Symphorien, dans la Sarthe (72240). Les images de cette enquête montrent des « vaches à hublot » – leur estomac est perforé d’un trou de 15 cm de diamètre et équipé d’une vitre – pour étudier leur digestion. « La pose même du hublot est une opération invasive qui génère des douleurs postopératoires et une prise d’antibiotiques. Chaque jour, des opérateurs ouvrent et ferment ces hublots pour y faire des prélèvements. Parfois, le contenu de l’estomac des vaches déborde des hublots », s’indigne l’association.

Dans un autre bâtiment, « des poulets ne tiennent plus sur leurs pattes du fait de la croissance toujours plus rapide de leurs muscles. Les cochons, les lapins et les poussins sont détenus dans des cages vides de tout aménagement tandis que de jeunes veaux sont enfermés dans des cases individuelles aux parois opaques », décrit encore la L214.

L’association dénonce « des recherches destinées à booster toujours plus la productivité des animaux via leur alimentation, qui ont aussi des conséquences sur l’ensemble des animaux d’élevage qui se verront appliquer le même régime alimentaire à l’origine de nombreux problèmes de santé : boiteries, déficiences pulmonaires ou cardiaques, troubles digestifs ou encore inflammations de la peau, épuisement de l’organisme » : « La zootechnie telle que menée depuis le XIXe siècle a conduit à transformer physiquement les animaux. Ils sont devenus plus grands, plus lourds, plus productifs. Au cours du XXe siècle, cette transformation s’est encore intensifiée. Les poules pondent aujourd’hui près de 300 œufs par an contre tout au plus une vingtaine lorsqu’elles vivaient à l’état sauvage. Les vaches produisent plus de 6.700 litres de lait par an, soit deux fois plus qu’en 1970, quatre fois plus qu’en 1945. La production des vaches Prim’Holstein atteint 5 fois les besoins d’un veau. Les poulets grossissent quatre fois plus vite : ils atteignent 1,5 kg en moins de 30 jours, alors qu’il en fallait 120 dans les années 1950. Les truies donnent naissance à 29 petits par an contre 16 en 1970, et leurs petits grossissent chaque jour de 200 grammes de plus qu’en 1970 : ils mettent aujourd’hui 165 jours pour atteindre le poids de 100 kilos, alors qu’il en fallait encore 180 en 1990. »





Lire aussi : La grande enquête sur le maître caché de l’agriculture française
DOSSIER    Animaux

28 octobre 2020
Dans le Gard, la délicate cohabitation avec un géant des pesticides
Reportage
29 octobre 2020
Les minerais : le très noir tableau des énergies vertes
Info
28 octobre 2020
Le plus grand dépôt de méthane gelé au fond de l’Arctique commencerait à se libérer
Info


Dans les mêmes dossiers       Animaux