A69, « route de Wauquiez »… Les Naturalistes des terres « donnent du poids aux luttes »
Créé en 2023, le collectif des Naturalistes des terres rassemble plus de 1 200 membres. - © Les Naturalistes des terres
Créé en 2023, le collectif des Naturalistes des terres rassemble plus de 1 200 membres. - © Les Naturalistes des terres
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A69, mégascierie en Corrèze, « route de Wauquiez »... Le collectif Naturalistes des terres met son expertise au service de luttes écologiques. En détectant les espèces menacées, ils apportent un soutien précieux.
Le Pertuis (Haute-Loire), reportage
« Une alouette des champs ! », s’exclame Nathan [*] en tendant l’oreille. Avec quatre autres naturalistes, ils arpentent un champ de lentilles vertes de la commune du Pertuis, en Haute-Loire, et observent les espèces vivant dans ce milieu. Du 11 au 14 juillet, ces écologues, ornithologues et ethnobiologistes, participaient, avec 150 autres naturalistes amateurs ou professionnels, aux quatrièmes rencontres du collectif Naturalistes des terres.
Ce mouvement est né en février 2023 après la publication d’une tribune, par des naturalistes désireux de plus de militantisme dans leurs professions. Observation de la biodiversité, réalisation d’inventaires, suivis d’espèces... « On est les premiers à constater la destruction du vivant », souligne Alice, membre des Naturalistes des terres depuis les débuts. Lutter et se rencontrer leur permettent de « redonner du sens à leurs métiers », « d’échanger et de se soutenir », témoignent beaucoup d’entre eux.
Plus de 1 200 membres en France
Un peu plus de deux ans après le lancement du collectif, ils sont plus de 1 200 à l’avoir rejoint. Cette année, ils sont venus soutenir la Lutte des sucs, un collectif qui s’oppose au projet de déviation qui doit faire passer la RN88 à 2x2 voies et contourner deux communes, en Haute-Loire. La « route de Wauquiez », du nom de l’ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui a ravivé ce vieux projet, nécessite de détruire forêts, biodiversité et terres agricoles et affecterait 190 hectares de terres. Des travaux préparatoires et 3 des 16 ouvrages d’art prévus ont déjà été réalisés.
Pour la première fois, la rencontre du collectif s’est doublée de la réalisation d’inventaires : des balades sur des points identifiés du tracé de la route pour trouver des espèces animales et végétales à protéger. Une expertise bienvenue pour la Lutte des sucs, qui espère pouvoir retarder le projet, afin que les mesures compensatoires promises puissent être réalisées avant que les milieux naturels ne soient détruits. « S’ils en trouvent, la Région devra en tenir compte », lance Renaud Daumas, membre de la Lutte des sucs et élu écologiste au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes.
Plus de 100 espèces protégées avaient été recensées par l’étude d’impact de 2019 et cinq autres ont été découvertes depuis. Une dérogation a été donnée par arrêté préfectoral pour continuer tout de même le chantier. Les opposants espèrent son annulation définitive, mais la cour d’appel ne traitera pas ce dossier avant 2027.
« Les Naturalistes des terres sur une lutte, ça donne une force de frappe »
Depuis leur création, les Naturalistes des terres ont soutenu plusieurs mobilisations écologistes en France. « Avec eux sur cette lutte, ça donne une force de frappe », assure Renaud Daumas. Agrandissement d’une scierie en Corrèze, projet immobilier en Bretagne : les expertises et découvertes d’espèces par des naturalistes freinent, voire stoppent certains projets. Dernière victoire en date ? Les travaux de l’A69 entre Toulouse et Castres, retardés en mars 2024 après la découverte de la nidification de mésanges bleues.
« Ça a été un exemple concret d’appropriation et de l’intérêt des luttes naturalistes, se souvient Jean, membre du collectif mobilisé sur ce dossier. On donne un poids en plus dans les luttes, les militants peuvent s’approprier les connaissances et rechercher eux-mêmes s’il y a des espèces à protéger. »
Une espèce protégée et vulnérable découverte
Une transmission d’expertise importante pour le collectif. « Les balades naturalistes avec des habitants, mobilisés ou non, ça leur permet de se réapproprier et de s’émerveiller de leurs espaces en découvrant toute la vie présente », expose Basile.
Les Naturalistes des terres adoptent aussi des modes d’action illégaux. Ces « actions de renaturation » se sont matérialisées par le cimentage des drains d’agro-industriels dans les Deux-Sèvres et l’« armement de la forêt » en plantant des clous sur des arbres en Normandie pour empêcher les tronçonneuses de les abattre.
Même si « les victoires sont assez rares », se désole Lilou [*], une autre membre du collectif, les naturalistes militants espèrent avoir aidé la Lutte des sucs à retarder le projet de déviation. Dans une grange où s’entassent des bottes de foin, un tableau recensant les trouvailles d’espèces du week-end a été installé : l’aigle botté, une famille de bouvreuils pivoine et, surtout, le sonneur à ventre jaune, une espèce protégée et classée vulnérable. « La donnée la plus importante du week-end », selon Renaud Daumas.
France Nature Environnement Haute-Loire va désormais remettre un rapport au préfet et à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, qui devrait conduire le maître d’ouvrage de la route à demander une nouvelle dérogation et mettre en place de nouvelles mesures compensatoires.