Fruits et légumes découpés : deux bonnes raisons de ne pas en acheter
71 % des Carrefour, 70 % des E.Leclerc, 68 % des magasins U et 62 % des Monoprix proposent des légumes prédécoupés en barquettes ou sachets plastiques. - © No Plastic In My Sea
71 % des Carrefour, 70 % des E.Leclerc, 68 % des magasins U et 62 % des Monoprix proposent des légumes prédécoupés en barquettes ou sachets plastiques. - © No Plastic In My Sea
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Barquettes d’ananas, sachets de radis équeutés, champignons émincés… Derrière la promesse de praticité, les fruits et légumes frais prêts à l’emploi multiplient les emballages à usage unique.
Des barquettes de plastique, en veux-tu, en voilà ! Dans les rayons des supermarchés, les fruits et légumes frais prêts à l’emploi gagnent du terrain. Ici, des piles de boîtes remplies d’ananas ou de mangues épluchés et coupés. Là, des sachets de radis équeutés, des barquettes de champignons en lamelles et des « duo apéro » de concombre et carottes coupés en bâtonnés. Ou comment étendre la place du plastique, sous couvert d’atouts pratiques…
Une étude, publiée mercredi 6 mai par les associations Que choisir ensemble (ex-UFC-Que choisir) et No Plastic In My Sea, quantifie leur présence : quasiment la moitié des supermarchés (49 %) propose des légumes prédécoupés sous plastique et plus d’un tiers (35 %) des fruits. Les deux organismes s’inquiètent de l’essor de ces offres qui « entretiennent le modèle du jetable, de l’usage unique et une économie de la flemme contraire à une politique de réduction des déchets ».
« C’est l’archétype du plastique inutile, s’agace Camille Wolff, chargé de campagne à l’association No Plastic In My Sea. Ces produits sont disponibles à l’achat sans emballage juste à côté. » Les bénévoles de Que choisir ensemble, qui ont visité plus de 1 600 magasins pour l’étude, ont même repéré des barquettes de tomates et d’oranges en rondelles, toujours sous plastique.
La responsabilité directe des distributeurs
Parmi les arguments de vente, la fraîcheur et l’accès facilité à des produits sains, non transformés. Ainsi les professionnels du Syndicat des fabricants de végétaux prêts à l’emploi (SVFPE), spécialisés dans les légumes, vantent « la végétalisation à portée de sachet ». En 2025, ils ont commandé un sondage mettant en avant ces atouts : 93 % des Français reconnaissent qu’ils sont faciles à préparer et 88 % qu’ils aident à consommer cinq fruits et légumes par jour.
De quoi faire oublier le surplus d’emballage ? En tout cas, le SVFPE se réjouissait l’été dernier d’une hausse des ventes de 10 % par rapport à 2024, pour l’ensemble de la catégorie. L’augmentation atteignait même 29 % pour les barquettes de légumes à cuire et 22 % pour les produits dits de la « fraîche découpe », vendus en morceaux.
Considérer ces produits comme une simple réponse au besoin de praticité du consommateur est trop facile, estime Camille Wolff, de No Plastic In My Sea. « Dans une certaine mesure, le consommateur consomme ce qu’on lui propose. » Il déplore les « signaux contradictoires » qui lui sont envoyés : lui proposer toujours plus de fruits et légumes en barquettes, alors même que la France peine à réduire l’usage des plastiques à usage unique.
La loi Agec prévoit la fin des emballages à usage unique d’ici 2040. Mais le lobby du plastique n’a de cesse de remettre cette disposition en cause, comme en février au Sénat ou à travers des campagnes de publicité destinées à vanter les mérites de ces emballages.
« Dans une certaine mesure, le consommateur consomme ce qu’on lui propose »
Camille Wolff pointe la « responsabilité directe des distributeurs » dans le développement de cette offre : une partie est proposée sous leurs propres marques, ou est préparée dans l’enceinte du magasin. La tendance est bien incrustée dans les principales enseignes du secteur : 71 % des Carrefour, 70 % des E.Leclerc, 68 % des magasins U et 62 % des Monoprix proposent des légumes prédécoupés en barquettes ou sachets plastiques, soit bien au-dessus de la moyenne de 49 %, selon l’étude. En revanche, l’offre est quasi inexistante dans les enseignes discount (Lidl, Aldi) et dans les magasins bio.
En plus du coût environnemental, les fruits et légumes prêts à l’emploi pèsent aussi sur le portefeuille. Dans une enquête publiée en 2024, le magazine 60 Millions de consommateurs avait calculé un prix au kilo 3 à 10 fois plus cher que les équivalents en vrac.