Carcassonne, Vierzon… Le Rassemblement national s’installe dans les petites villes
Jordan Bardella, président du RN, et Marine Le Pen à Chalons-en-Champagne (Marne) le 18 mars 2026. - © Sameer Al-Doumy / AFP
Jordan Bardella, président du RN, et Marine Le Pen à Chalons-en-Champagne (Marne) le 18 mars 2026. - © Sameer Al-Doumy / AFP
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Municipales — Grâce à un front républicain, l’extrême droite n’a pas emporté les villes de Marseille et Toulon. Les scores du Rassemblement national ont toutefois doublé, voire triplé, dans nombre de petites communes.
Résultats en demi-teinte pour le Rassemblement national (RN) lors du second tour des élections municipales. Si l’extrême droite échoue à conquérir des grandes métropoles, comme Marseille, le RN s’installe dans plusieurs villes moyennes — Carpentras (Vaucluse), Agde (Hérault), Liévin (Pas-de-Calais), La Seyne-sur-Mer (Var), La Flèche (Sarthe). Y compris à Vierzon (Cher), bastion communiste. Et grâce à une alliance avec l’Union des droites (UDR) d’Éric Ciotti, le RN emporte sa plus grande ville dimanche 22 mars : Nice. À la tête de dix-sept communes depuis 2020, quasiment tous les maires du RN ont été réélus au premier tour, confortant leurs bastions dans le Nord et le Sud-Est.
Éric Ciotti l’emporte à Nice
L’alliance avec l’UDR permet au parti lepéniste d’emporter la cinquième plus grande ville de France. Éric Ciotti (Union des droites pour la République) arriver en tête à Nice avec 48,54 %. Le maire sortant, Christian Estrosi (Union de la droite), qui briguait un quatrième mandat, arrive derrière avec 37,20 %. La liste de l’écologiste Juliette Chesnel-Le Roux, arrivée troisième avec 14,26 % des suffrages exprimés, avait choisi de se maintenir au second tour pour s’opposer à la porosité idéologique entre ses deux adversaires.
À Carcassonne, le candidat climatosceptique d’extrême droite, Christophe Barthès, emporte la ville (40,40 %). Espérant empêcher sa victoire, le maire sortant de droite Gérard Larrat, arrivé en quatrième position au premier tour, avait finalement retiré sa candidature au profit de la liste de gauche réunissant le Parti socialiste, le Parti communiste et Les Écologistes.
La cité audoise était dans le viseur du parti d’extrême droite depuis plusieurs mois. Jordan Bardella y est même venu défendre la liste Demain Carcassonne portée par le député lepéniste. Christophe Barthès a multiplié les sorties climatosceptiques, refusant de parler de réchauffement climatique ou de faire le lien entre les phénomènes extrêmes qui touchent son territoire et les émissions de gaz à effet de serre. Viticulteur, il était aussi vice-président de la Coordination rurale du département, le syndicat agricole dont plusieurs cadres sont proches de l’extrême droite.
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Bastion communiste depuis plus d’un siècle, Vierzon, ville d’environ 25 000 habitants du centre de la France, est passée aux mains du RN. Yannick Le Roux, à la tête d’une liste d’union de l’extrême droite, l’emporte avec 47,87 % des voix, devançant largement la majorité sortante de gauche (38,92 %). Maryvonne Roux, tête de liste de gauche et héritière de la majorité communiste sortante, déplore l’absence de front républicain face à l’extrême droite.
À Menton (Alpes-Maritimes), la députée RN Alexandre Masson l’emporterait avec 49,09% face aux deux listes de droite.
Pour la première fois de son histoire, le RN remporte une commune en Alsace. Raphaële Schober est élue avec 34,61 % des voix à la mairie de Wittelsheim, commune de plus de 10 000 habitants du Haut-Rhin, avec dix-sept votes d’avance sur son adversaire centriste Yves Goepfert (34,28 %). Les deux autres candidats qualifiés au second tour, divers droites, obtiennent 25,13 % et 5,98 % des voix.
Toulon et Nîmes perdues par le RN
À Villers-Cotterêts dans l’Aisne, aux mains du RN depuis 2014, la candidate divers centre Jeanne Roussel l’emporte sur la candidate d’extrême droite Gaëlle Lefevre avec 52,51 % des suffrages. Pour contrer le RN arrivé en tête lors du premier tour, elle avait fusionné sa liste avec celle du candidat divers centre Cédric Saint-Sulpice.
Nîmes et Toulon, qui étaient dans le viseur du RN, resteront finalement en dehors de son escarcelle. À Nîmes, Julien Sanchez est battu par Vincent Bouget, le candidat du Parti communiste. Il arrive de peu en tête avec 40,97 % contre 37,52 %. Le candidat de la droite, Franck Proust, arrive en troisième position avec 21,2 % des voix.
À Toulon aussi, le RN perd. Annoncée grande favorite au premier tour (42,5 %), la candidate RN Laure Lavalette ne sera finalement pas maire de Toulon. Sa rivale, Josée Massi, la maire sortante divers droite, a pu compter sur la constitution d’un front républicain pour éviter que l’histoire ne se répète : en 1995, Toulon fut l’une des premières grandes villes gagnées par le Front national, l’ancêtre du RN, le temps d’un unique mandat de Jean-Marie Le Chevallier. Pour éviter ça, même la gauche avait appelé à voter Josée Massi. Cette dernière, qui avait refusé toute union avec les autres listes, l’emporte avec 52,35 % contre 47,65 % pour la candidate de l’extrême droite.
Des scores qui ont doublé voire triplé
Enclenché lors des élections législatives de 2024, le front républicain a permis de barrer la route à l’extrême droite dans certaines grandes villes, telles que Marseille et Toulon.
Quoi qu’il en soit, le plafond de verre ne cesse de se relever pour le parti d’extrême droite. Dans nombre de petites communes, le RN enregistre des scores qui ont doublé, voire triplé depuis 2020, sans pour autant toujours en prendre la tête. À Narbonne, il passe de 10 à 21,58 % tout en arrivant derrière la droite. À Lens, même si la ville a été gagnée dès le premier tour par une liste d’union de la gauche, le RN passe de 23 à 46,49 %. Le parti de Marine Le Pen l’emporte à Montauban avec 37,83 % contre 9 % lors des dernières élections municipales.
« La droite a une responsabilité majeure : elle a banalisé son idéologie », fustigeait dans Reporterre l’activiste Lumir Lapray. Preuve de cette porosité : durant l’entre-deux-tours, Jordan Bardella n’a cessé de tendre la main aux candidats Les Républicains pour leur proposer l’union avec le RN, sans que cela ne porte systématiquement ses fruits.
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