Ce week-end, à Paris, des milliers de personnes mobilisées pour le climat et la liberté

Durée de lecture : 7 minutes

12 mars 2020 / Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

Grève pour le climat ce vendredi 13 mars, marche pour le climat et contre les violences policières ainsi que rassemblement des Gilets jaunes le samedi 14... Cette fin de semaine est chargée en mobilisations écologistes et sociales. Reporterre fait le point.

  • Actualisation - vendredi 13 mars 2020 : Suite à l’allocution d’Emmanuel Macron sur la pandémie de coronavirus, la marche pour le climat parisienne a été annulée. D’autres actions et d’autres manifestations pourraient être maintenues ailleurs en France.

Le coronavirus aura-t-il raison des mobilisations écologistes et sociales de la fin de semaine ? « Pour le moment, les manifestations ne sont pas interdites », répond Élodie Nace, porte-parole d’Alternatiba, l’une des associations organisatrices de la marche pour le climat de samedi 14 mars. Emmanuel Macron fera une déclaration télévisée aux Français ce jeudi à 20 h. Cette allocution surprise, la première du chef de l’État depuis le début de la crise sanitaire, portera sur le virus.

« Le récépissé d’organisation de la manifestation a été signé mardi matin à la préfecture, mais nous sommes bien conscients que la situation peut évoluer très vite », dit Élodie Nace. Les organisateurs « n’écartent pas un report », mais « seulement dans le cas où les élections municipales seraient repoussées, puisque c’est sur elles que nous voulons peser ».

Reporterre vous propose un tour d’horizon des mobilisations de la fin de semaine. À l’heure où nous écrivons ces lignes, tous les évènements prévus ce vendredi et ce samedi sont maintenus. Certains organisateurs confient néanmoins leur crainte « d’avancer en rangs clairsemés à cause du virus ». « Dans un contexte comparable, la marche pour les droits des femmes [le 8 mars] a été très suivie ! » se rassure Élodie Nace.

« Inaction, réaction » : la grève des jeunes pour le climat, vendredi

Grève des jeunes pour le climat, le vendredi 15 mars.

Le 13 mars 2020, les jeunes en grève pour le climat descendront de nouveau dans la rue, à l’appel de l’organisation Youth for Climate. « Un an après notre première mobilisation, quatre grèves mondiales, un blocage du Palais de l’Élysée, ou encore la récente action au siège de Black Rock, rien n’a bougé et nous n’avons eu le droit qu’à de belles paroles », regrette Marie Chureau, membre de l’organisation. Celle-ci appelle donc à une journée « de grève massive ». « Il n’est plus seulement question d’écologie, mais d’un changement de système que nous devons initier et cela ne se fera que si l’on est unis », estime Youth for Climate. Des marches, des actions de désobéissance civile et des conférences seront organisées dans toute la France. L’activiste suédoise Greta Thunberg devait marcher à Grenoble, mais elle ne sera finalement pas présente. « Pour des raisons familiales », a-t-elle précisé.

Action de désobéissance civile « Démasquons Macron », vendredi à Paris

Un portrait de Macron décroché, brandi lors de la marche climat parisienne du 25 mai 2019.

Vendredi 13 mars, deux jours avant le premier tour des élections municipales, les activistes d’ANV-COP21 donnent rendez-vous à Emmanuel Macron devant l’Élysée, avec ses portraits présidentiels réquisitionnés dans les mairies. L’objectif de cette action ? « En sortant les portraits réquisitionnés depuis un an, nous souhaitons dénoncer l’hypocrisie d’Emmanuel Macron et des candidats qui tentent de verdir leur image mais ne défendent pas sérieusement l’écologie et la justice sociale », explique Pauline Boyer, porte-parole d’ANV-COP21. Toute la journée, des personnalités de la société civile dresseront le bilan de la politique climatique et sociale d’Emmanuel Macron et du parti la République en Marche. « Nous devons sanctionner l’inaction climatique dans les urnes, précise une tribune d’Alternatiba. Les élections municipales doivent être l’occasion d’acter que les beaux discours ne suffisent plus : seules les véritables actions comptent et méritent nos voix ! »

Marche pour le climat, samedi

Lors de la marche climat du 21 septembre 2019.

Samedi 14 mars, plus de 120 marches sont annoncées dans toutes la France « pour rappeler l’urgence climatique et interpeller les décideurs, notamment locaux », à la veille des municipales. « Les candidats aux municipales mènent une féroce bataille pour prouver qu’ils sont plus écolos les uns que les autres ? Nous les appelons à passer à l’acte, explique Élodie Nace, porte-parole d’Alternatiba. En matière d’écologie, 50 à 70 % des leviers se situent au niveau local. »

Le défilé parisien s’élancera à 14 h de la place de la Bastille. Il sera composé de trois cortèges en lien avec les municipales : pollution de l’air et mobilité, droit au logement, agriculture et alimentation. « Nous mettrons en avant des témoins des dérèglements climatiques et de l’extinction du vivant, de la disparition des services publics, de la précarité énergétique, des porteurs de luttes locales », dit Cécile Marchand, de l’association Les Amis de la Terre. Les opposants à l’exploitation de gaz de schiste en Algérie, au projet d’extension de l’aéroport de Roissy (Terminal 4) ou encore au nouvel incinérateur d’Ivry seront présents. Les organisateurs avaient prévu un concert à République, lieu d’arrivée de la manifestation. Il ne devrait pas avoir lieu. « Le cabinet du préfet Lallement refuse de nous donner une autorisation », regrette Elliot Lepers, fondateur de l’ONG Le Mouvement.

Marche « Laissez nous respirer » contre les violences policières, samedi

Assa Traoré, en octobre 2019.

À l’occasion de la journée internationale contre les violences policières, des familles de victimes et des collectifs de blessés appellent à des manifestations, ce samedi. Un cortège défilera dans les rues de Paris depuis la place de l’Opéra (14 h), avec des proches de Lamine Dieng, Adama Traoré, Mahamadou Marega, Ibrahima Bah ou encore Liu Shaoyao, décédés suite à des violences policières. « Ces morts ne sont pas le résultat de "bavures", mais bien d’un système et de pratiques autorisées par un État qui assume de pouvoir blesser, mutiler ou tuer pour un contrôle d’identité », dénonce Youcef Brakni, membre du collectif Justice pour Adama.

« Cédric Chouviat est le premier mort de l’année à cause de violences policières. Sera-t-il le dernier de la longue liste des personnes tuées par les forces de l’ordre ? Les statistiques des années précédentes nous font craindre que ce ne soit pas le cas. 26 décès en 2019, combien en 2020 ? », interrogent les organisateurs de la marche, qui militent pour l’interdiction des techniques d’immobilisation susceptibles d’entraver les voies respiratoires — condamnées par la Cour européenne des droits de l’Homme et par l’ONU — et contre l’usage d’armes de guerre en maintien de l’ordre (LBD, grenades GMD, GM2L et similaires). Le cortège rejoindra la marche pour le climat place de la République.

« La France entière sur les Champs », rassemblement des Gilets jaunes samedi à Paris

Les Gilets jaunes sur les Champs-Elysées, le 1er décembre 2018.

Un an après leur dernière incursion sur les Champs-Élysées, les Gilets jaunes s’y donnent rendez-vous à 13 h. « Monter à Paris pour manifester sur un parcours autorisé n’a aucun intérêt, avancent-ils. Nous le faisons déjà depuis un an. C’est la raison pour laquelle les Gilets jaunes ne dérangent plus. » Ils vont donc tenter de sortir du « rituel des manifestation autorisées » et de revenir près « des lieux de pouvoir » pour protester, notamment, contre la réforme des retraites et le 49-3. « Montrons-leur que nous n’avons rien perdu ! Que malgré la répression, les coups de matraque, les gazages... 70 semaines après, même si Macron le veut pas, nous on sera là ! », assurent-ils.


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Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photos :
. Portrait Macron. Marche climat paris 25 mai 2019 © Mathieu Génon/Reporterre
. Assa Traoré. 1er octobre 2019 © NnoMan Cadoret/Reporterre
. Pancarte marche climat Marche climat 21 septembre 2019 © Jean Segura/Reporterre
. Gilets jaunes. 1er décembre 2018. © NnoMan Cadoret/Reporterre
. Grève pour le climat, 15 mars 2019. © NnoMan Cadoret/Reporterre

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