Ces aliments sont-ils écolos ? Le score environnemental d’E.Leclerc loin de faire l’unanimité
Pour l’instant, le nouveau logo n’est accessible qu’en ligne, sur le site de E.Leclerc et bientôt sur son appli. - © Mathieu Thomasset / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Pour l’instant, le nouveau logo n’est accessible qu’en ligne, sur le site de E.Leclerc et bientôt sur son appli. - © Mathieu Thomasset / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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L’enseigne affiche désormais en ligne le « coût environnemental » des produits de sa marque, en s’appuyant sur une méthodologie officielle. Mais d’autres enseignes lui préfèrent un score concurrent.
L’idée est séduisante : pouvoir connaître l’impact environnemental de ses conserves de légumes, jus de fruits ou autres plats préparés avant de les mettre dans son panier (ou pas !). Leader de la grande distribution en France, E.Leclerc publie depuis le 15 avril un score environnemental pour ses produits alimentaires. C’est la première fois qu’une enseigne le fait en s’appuyant sur la méthode de calcul soutenue par les pouvoirs publics, celle du « coût environnemental ». Mais de là à pouvoir choisir les aliments les plus « écolos » d’un simple coup d’œil, comme c’est possible pour les plus sains grâce au Nutri-score, on en est loin. D’autant que les controverses sur cette évaluation sont loin d’être éteintes.
Inutile de chercher le nouveau logo sur les emballages des produits. Pour l’instant, l’information n’est accessible qu’en ligne, sur le site de E.Leclerc et bientôt sur son appli en scannant les produits. Elle est disponible pour les 6 000 produits des marques de l’enseigne (Marque Repère, Eco+, Nos régions ont du talent…).
L’affichage nécessite d’être apprivoisé. Élaboré sous l’égide de l’Agence de la transition écologique (Ademe) et du gouvernement, le « coût environnemental » n’est pas une échelle de notation avec un maximum. Comme celui lancé pour les vêtements, il s’agit d’un indice de « points d’impact environnemental » : plus il est élevé, plus le produit est dommageable pour l’environnement. Un chiffre élevé n’est donc pas une bonne note, mais une mauvaise.
Par exemple, la petite boîte de champignons en conserve premier prix (marque Eco+) affiche 207 points d’impact environnemental, mais celle de gamme supérieure avec une origine France garantie est mieux notée avec seulement 165 points. La barquette de lasagnes surgelées pour deux personnes est à 379 points d’impact en version bolognaise, mais à 181 points dans sa version sans viande (chèvre épinards).
Un système « encore loin d’être satisfaisant »
Pour l’association Que choisir ensemble (ex-UFC-Que choisir), l’un des gros défauts de cette évaluation officielle est son manque de lisibilité : « Un système de notes colorées comme celui du Nutri-score est beaucoup plus simple à comprendre pour le consommateur », estime Olivier Andrault, chargé de mission.
Il alerte sur une autre difficulté : l’indice est calculé à l’unité de vente, sans prise en compte du poids. Autrement dit, une grande pizza affiche davantage de points qu’une petite. Logique du point de vue de l’impact sur la planète, mais compliqué pour orienter ses choix quand on fait ses courses. Ainsi chez E.Leclerc, la boîte de gâteaux fourrée au chocolat bio affiche un score presque trois fois plus bas que la version conventionnelle (76 points d’impact contre 211) : est-ce parce qu’elle est bio ou qu’elle pèse 50 g de moins ?
En principe, le logo doit aussi indiquer, en plus petit, un score ramené au kilo. Le visuel plus complet figure sur le site de l’Ademe, sur le communiqué de presse de E.Leclerc… mais bizarrement pas sur le site destiné aux clients ! L’enseigne argue de « contraintes techniques temporaires » d’affichage, qui seront résolues « prochainement ».
Le calcul du « coût environnemental » s’appuie sur l’analyse du cycle de vie du produit (ACV). Il prend en compte autant la production agricole que la transformation et la distribution du produit sur une quinzaine d’aspects : émissions de gaz à effet de serre, effets sur la biodiversité, usages de l’eau… Au départ, la méthode présentait le défaut de favoriser l’agriculture intensive — les produits bio étaient moins bien notés en raison de leur rendement à l’hectare plus faible. Des correctifs ont été ajoutés dans la dernière version des règles de calcul. « Mais le système est encore loin d’être satisfaisant », estime Olivier Andrault.
En annonçant cet affichage, E.Leclerc brûle un peu les étapes — et la politesse à ses concurrents : les dernières modalités de calcul n’ont pas encore été validées par le gouvernement, ainsi que l’a confirmé le ministère de la Transition écologique à Reporterre. Il est vrai que le chantier, en route depuis des années, donne parfois l’impression de s’enliser.
Des notations concurrentes
Signe de la difficulté d’aboutir à un consensus, d’autres enseignes affichent des notations environnementales différentes. Depuis quelques jours, Intermarché indique, là aussi en ligne, un impact carbone pour ses marques propres alimentaires. Le distributeur préfère s’en tenir à cette information plus limitée — ne considérant que le volet climatique — dans l’attente de la validation définitive du score environnemental par les pouvoirs publics.
D’autres enseignes comme Picard Surgelés ont choisi le Planet-score, affichage concurrent du « coût environnemental » officiel. Ce score, géré par une société privée, bénéficie aussi du soutien d’associations comme Que choisir ensemble.
Le système de calcul prend mieux en compte les atouts environnementaux de la production bio, selon Olivier Andrault : « Il permet aussi une meilleure différenciation des notes au sein d’une même catégorie de produits. » Et il se présente sous forme de notes colorées de A à E, comme le Nutri-score.
Mais le Planet-score est l’objet de critiques, lui aussi. Principaux griefs : le manque de transparence de ses modalités de calcul et de la société qui le porte, et des notes trop favorables attribuées à certains produits avec de la viande rouge malgré les conséquences indiscutées des produits carnés sur la planète. L’entreprise a réfuté les critiques dans de longs droits de réponse, et publié une étude indiquant que sur les milliers de produits issus de l’élevage évalués, 76% sont mal notés (classe D ou E).
Ces polémiques ont néanmoins conduit Biocoop à décider un « désengagement progressif » du Planet-score, révèle un porte-parole de l’enseigne à Reporterre. Le distributeur bio en était pourtant l’un de ses plus fervents défenseurs, au point que le score est aujourd’hui imprimé sur les emballages de certains de ses produits. Pour autant, Biocoop ne se rallie pas au projet gouvernemental, jugé trop simpliste et pas assez compréhensible. Le casse-tête de la notation environnementale des aliments est loin d’être résolu.