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Animaux

Ces oiseaux du quotidien dont la population s’effondre

Le nombre d’oiseaux les plus communs, dont le tarier des prés, le chardonneret élégant ou le martinet noir, est en fort déclin depuis trente ans, selon un nouveau rapport. Les raisons de ce déclin : intensification agricole, pesticides, actions humaines...

Les espèces d’oiseaux, même les plus communes, celles que l’on voit tous les jours, connaissent un fort déclin en France depuis trente ans. Voici le constat du programme de Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc), mené par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et l’Office français de la biodiversité (OFB), dont les résultats ont été publiés lundi 31 mai.

Depuis 1989, plus de 2 000 ornithologues bénévoles ont observé l’évolution du nombre d’oiseaux sur plusieurs territoires donnés. Ils sont retournés aux mêmes endroits, aux mêmes périodes, année après année, notant scrupuleusement tous les volatiles qu’ils apercevaient ou entendaient. Trois décennies plus tard, leur état des lieux est sans appel : sur 123 espèces d’oiseaux les plus communes en France, 43 régressent (soit environ 35 % des espèces étudiées).

« Les oiseaux sont d’excellents indicateurs de l’état de santé des écosystèmes, indique Caroline Moussy, responsable d’enquêtes avifaunes à la LPO et coordinatrice du Stoc. Ces résultats sont très inquiétants pour notre biodiversité commune, même s’ils ne concernent pas des espèces en voie d’extinction, car ils sont le symptôme d’un gros déséquilibre dans notre environnement. » Pour rendre ce bilan plus concret, Reporterre détaille le cas de trois oiseaux communs dont le nombre se réduit d’année en année.

  • Le tarier des prés

Sourcil blanc, poitrail orange, ce petit oiseau était emblématique des milieux agricoles. Mais sa population est en baisse de 60 % depuis vingt ans. « Les tariers des prés [Saxicola rubetra] allaient de pair avec les pâtures extensives, qui leur fournissaient de la nourriture et des endroits où nicher, précise Caroline Moussy. Mais ils ont été affectés par les changements de sols, et par le fait que les pâtures aient été converties en de grandes monocultures. »

Tarier des prés. Flickr/CC BY 2.0/Frank Vassen

« On a l’impression de toujours rabâcher les mêmes choses, soupire-t-elle. Il faut changer cette tendance d’intensification agricole, il faut aller vers de l’agroécologie, aider les éleveurs à garder leur activité, ces prairies extensives, continuer à planter et protéger des haies, etc. » Ces changements de pratique aideraient au redéveloppement de la population des tariers des prés, mais seraient évidemment aussi favorables à toutes les espèces, et pas seulement d’oiseaux.

  • Le chardonneret élégant

Ce petit volatile à la face rouge écarlate et aux ailes bariolées de noir et jaune est davantage observé dans les milieux urbains, il niche dans les arbres ou buissons des parcs et jardins. Il n’échappe pas non plus à un fort déclin : sa population a été réduite de près de 31 % ces vingt dernières années. Pour cet oiseau, les raisons de cette baisse sont moins évidentes. « Le Stoc en lui-même n’a pas vocation à évaluer les causes du déclin, c’est un indicateur d’état des espèces », rappelle Caroline Moussy.

Chardonneret élégant. Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0/Ghislain38

Quelques hypothèses peuvent toutefois être mises en avant. « L’artificialisation des friches privant le chardonneret élégant (Carduelis carduelis) de nourriture pourrait être en cause, le braconnage pourrait aussi contribuer à son déclin », suppose la coordinatrice du programme.

  • Le martinet noir

Cette espèce, qui passe le maximum de son temps en vol, est reconnaissable à ses ailes en forme de faucille et à sa couleur foncée. Au fil du temps, le martinet noir est devenu un oiseau urbain, habitué des milieux bâtis, nichant dans les coins de fenêtres des immeubles, des cavités ou sous les toits des bâtiments. Sa population est en baisse de près de 46 % depuis 2001. Il a pu subir la transformation des bâtiments, la rénovation des façades, et plus globalement l’artificialisation des milieux urbains. « À cela peut s’ajouter un conflit avec l’humain : certaines personnes n’ont parfois pas envie d’avoir un oiseau qui niche sur leur fenêtre et fait des déjections partout », soupçonne Caroline Moussy.

Martinet noir. Capture d’écran YouTube/Jean-François Cornuet

« Le martinet noir [Apus apus] est une espèce insectivore, or le nombre d’insectes décline lui aussi, rappelle-t-elle aussi. On connaît très bien les raisons de cette disparition : l’utilisation en milieu agricole de pesticides, et notamment d’insecticides néonicotinoïdes. » Des études ont montré une corrélation spatiale et temporelle entre la commercialisation massive de l’imidaclopride (la substance néonicotinoïde la plus commercialisée en France depuis 1991 [1]) et le déclin des oiseaux.

Le 21 mai 2021, désemparée face au manque d’action politique, la LPO a décidé d’emprunter la voie de la justice. Elle a assigné devant le tribunal judiciaire de Lyon les principaux producteurs, importateurs et distributeurs d’imidaclopride en France. Le but : réclamer une expertise judiciaire pour déterminer l’étendue des dommages et les mesures de réparation à engager. L’association demande aussi au tribunal de faire cesser immédiatement toute commercialisation de produits contenant cette substance.

« Certaines personnes veulent aider les oiseaux avec des petits gestes individuels, comme créer un refuge dans son jardin, dit Caroline Moussy. C’est bien, chaque petite action aide, mais au niveau de déclin de la biodiversité où nous en sommes, il faut passer à une action beaucoup plus importante. C’est une réelle action politique qu’il nous faut. »

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