Contre le GCO, ils et elles poursuivent la grève de la faim

Durée de lecture : 5 minutes

13 novembre 2018 / Jean-François Gérard (Reporterre et Rue89 Strasbourg)

Une « fausse » grève de la faim ? C’est à cette rumeur que les opposants au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, ont voulu répondre. Ils restent six à mener cette dure grève de la faim. Non-alimentées depuis 22 jours, deux dames ont perdu près de 15 % de leur poids.

  • Strasbourg (Bas-Rhin), reportage

Lundi 12 novembre, il restait six grévistes de la faim opposés au « grand contournement ouest » (GCO) de Strasbourg sur les dix qui avaient entrepris un jeûne de protestation 22 jours plus tôt. Alors que les travaux ont débuté, ils demandent un moratoire et une médiation sur le projet d’autoroute payante de 24 kilomètres, le temps d’examiner les alternatives du collectif GCO Non merci. Ils en appellent au président Emmanuel Macron.

À quelques mètres de l’hôtel du préfet de Strasbourg, cinq des grévistes se sont déshabillés pour montrer les effets sur leurs corps de l’absence de repas. Cinq et pas six ? Pierre Rosenszweig, 69 ans, était en train de rejoindre ses homologues en traversant à pied la place. Les regards étaient portés sur les grévistes maigrichons et dénudés. Et en se retournant, journalistes, militants et spectateurs ont découvert les uns après les autres qu’il était au sol, visiblement à bout de force. Très vite, les policiers postés derrière les barrières sont venus lui porter secours. Il a été emmené à l’hôpital de Hautepierre par les pompiers. Il est tombé et se serait fait mal au dos, rapporte une militante à ses côtés quelques secondes avant sa chute.

Pierre Rosenszweig, affaibli, s’est écroulé par terre.

Quant aux quatre qui ont arrêté leur grève, trois l’ont fait pour reprendre leur activité professionnelle, dont Marc Hoffsess, qui a travaillé dans les cabinets des dirigeants strasbourgeois jusqu’à 2014 et a écrit une lettre au président de la République. Le plus âgé d’entre eux, Jean-Jacques Pion (79 ans) s’est arrêté en suivant les conseils de son médecin.

Si les grévistes ont choisi de s’effeuiller, c’est surtout pour répondre à des « rumeurs », selon lesquelles ils rentreraient dîner chez eux. Les pouvoirs publics ont en effet un regard sur leurs activités puisque des agents des services de renseignements ont effectué des visites à l’Église protestante où ils sont basés et se reposent.

C’est par exemple le cas de Christine Ludes, retraitée : « Je rentre le soir à 21h et je commence ma deuxième vie. Je m’occupe de ma mère, handicapée. Le matin, je fais encore des courses. »

Les opposants ont en particulier nommé le secrétaire général de la préfecture, Yves Seguy, en évoquant une cérémonie pour fêter la Légion d’honneur de la maire de Holtzheim, Pia Imbs, durant laquelle il aurait propagé cette rumeur. Contacté, l’intéressé dément : « J’y étais invité, mais je n’y ai pas pris la parole. Il n’y a jamais eu de prise de parole publique pour mettre en doute cette grève. La seule question à ce moment, c’est à quelle condition ces personnes peuvent sortir de la grève autrement que par un moratoire, puisque le gouvernement s’y est opposé. »

D’autres conversations informelles ont été rapportées aux opposants, sans pouvoir les circonstancier avec précisions.

Aurélie Kuhn et Michel Dupont : en grève de la faim contre le GCO.

Mais l’essentiel n’est pas là. Outre leurs corps dénudés, les grévistes ont présenté une attestation médicale signée par six médecins, qui relève que Rachel Kuhn a perdu 14,5 % de son poids (8 kilos), tandis que Christine Ludes a perdu 11 kilos (14,2 % de son poids).

« Ils sont très affaiblis et fatigués. Malgré tout, ils commencent leur quatrième semaine de jeûne avec motivation. Les derniers tests sanguins sont inquiétants pour une des femmes grévistes. Elle présente un taux de potassium dans le sang trop bas. Cela peut engendrer des problèmes cardiaques.Le plus grand risque pour les grévistes, c’est l’arrêt cardiaque, surtout pour les quelques personnes âgées de plus de 60 ans. »

Aurélie Kuhn, 35 ans, est la plus jeune des grévistes de la faim : « C’est un sentiment bizarre que d’avoir du mal à descendre les escaliers, ou de devoir s’asseoir dans la salle de bain pour se brosser les dents. La médecin m’a dit que je ne dois pas descendre sous la barre des 72 kilos. Et je suis déjà à 70… Mais cette problématique [du GCO] est tellement énorme que je ne peux pas m’arrêter là. »

Quant à Christine Lude, elle s’attendait à une grève longue, mais pas à se déshabiller un jour : “C’est la première fois que je suis en bikini. Emmanuel Macron sait qu’il y a cette grève, il a été interpellé par [la députée LREM] Martine Wonner ou des militants dans la rue. Personne n’a pu faire barrage. »

Lors de la venue d’Emmanuel Macron à Strasbourg, le 4 novembre dernier, seule une conseillère « territoire » a reçu des membres du collectif. Les grévistes ont décliné l’invitation, estimant que ce n’est pas l’interlocuteur qu’ils avaient demandé, appuyés par 200 élus locaux. Ils n’ont pas eu de retour depuis.

Ce lundi 12 novembre, la préfecture a indiqué sur Twitter que le préfet souhaite rencontrer les grévistes.

En voyant ce tweet, Maurice Wintz, vice-président d’Alsace Nature, se dit étonné que le préfet dise « réitérer » sa proposition puisque « on n’avait jamais eu de première proposition ». Gréviste pendant deux semaines, il a repris son alimentation pour poursuivre ses enseignements en sociologie de l’Environnement à l’université, après avoir perdu 12 kilos (15 % de son poids). Yves Séguy indique de son côté avoir pris contact avec la pasteur de l’église et reste disposé à recevoir ou rencontrer les intéressés avec son supérieur.

Sur le terrain, la mobilisation continue

Plusieurs déboisements ont été empêchés, notamment du côté de Vendenheim au nord, où quelques dizaines de citoyens s’opposent à tour de rôle à des déboisements. En l’absence de gardes mobiles, cela suffit à bloquer les machines. Lundi 12 novembre, c’est la coupe d’un alignement d’arbres entre Pfulgrisheim et Pfettisheim qui a été empêché. L’arrêté autorisant ces coupes avait été suspendu par le tribunal administratif, car signé à tort par le préfet. Mais le conseil départemental a rédigé un texte qui autorise à nouveau ces coupes et l’a publié samedi.

Du côté de la justice, le tribunal administratif de Strasbourg étudiera « sur le fond » le recours concernant les travaux préparatoires, en grande partie effectués. Il n’avait pas suspendu ces derniers en avril 2017.



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Lire aussi : GCO : 200 élus appellent Emmanuel Macron à rencontrer les grévistes de la faim

Source et vidéo : Jean-François Gérard pour Reporterre et Rue 89 Strasbourg

Photos : © Guillaume Krempp/Reporterre et Rue 89 Strasbourg
. chapô : de gauche à droite : Rachel Kuhn, Aurélie Kuhn, Michel Dupont et Christine Ludes, lundi 12 novembre, à Strasbourg.

Reportage réalisé en partenariat avec Rue 89 Strasbourg.

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