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ReportagePollutions

À Cannes, des stars se mobilisent pour un cinéma plus écolo

Le secteur du cinéma émet 1,7 millions de tonnes de CO2 par an.

À Cannes, certains professionnels du cinéma tentent d’imaginer des tournages moins polluants. Mais malgré les chartes écolos et les décors recyclés, les habitudes et les mentalités sont difficiles à changer.

Cannes (Alpes-Maritimes), reportage

Il faut attendre qu’un hélicoptère finisse de passer au-dessus de la Croisette pour commencer à parler. « Tom Cruise arrive », s’amuse au micro Jérémie Renier. Les pales s’éloignent de la plage : l’acteur belge peut débuter la conférence du collectif CUT (Cinéma uni pour la transition).

Hélicoptères, déplacements, décors d’un jour, hôtels de luxe… Le cinéma est loin d’être une industrie verte. Selon une étude de l’association EcoProd, le secteur émet 1,7 million de tonnes de CO2 par an. En plein festival de Cannes, des acteurs, des producteurs, des réalisateurs, des distributeurs et des agents se rassemblent donc avec « cette envie furieuse de réfléchir sur la question de l’écologie », expose Jérémie Renier. Projet infini et fastidieux.

Gourdes, transports collectifs et cantine végane

Jérémie Renier rentre de tournage. Pour cette « grosse série avec Apple », il a « initié plein de choses » : « On se déplaçait avec une seule bagnole pour plusieurs acteurs, on n’avait pas de car de loge personnelle mais des endroits collectifs, la cantine était en majorité végane », liste-t-il. Des mesures que l’on retrouve dans une charte d’engagement des actrices, des acteurs et des agents créée par le collectif CUT.

« Nous nous rendrons sur les tournages avec notre gourde personnelle », édicte le texte, pour éviter les 210 bouteilles en plastique par personne sur un tournage de trente jours qui équivalent à 27 kg de CO2, d’après les données de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). « Nous privilégierons des loges en dur », pour ne pas fabriquer de mobil home produisant 18 600 kg de CO2 rien que lors de leur phase de fabrication, donc sans compter leurs déplacements ni leur consommation d’énergie, généralement via des groupes électrogènes au fioul.

La charte engage également à prendre le train et à manger moins de viande. « Si on veut faire du cinéma dans vingt ans, il faut en prendre conscience maintenant et faire des choix drastiques sur les productions, poursuit Jérémie Renier. Certains jouent le jeu, d’autres moins. Ça dépend des tournages. »

Les personnes engagées en faveur d’un cinéma plus durable constatent que les mentalités sont difficiles à faire évoluer. Pexels / CC / Lê Minh

Le collectif CUT souffle sa première bougie sous la brise cannoise. L’association enchaîne les conférences, les chartes, les réflexions collectives. « Ça peut être assez fédérateur, reconnaît le chef décorateur William Abello, habitué aux tournages écoresponsables. Il n’y a pas d’invention mais ça rassemble des gens qui ont des capacités à faire des réunions. Avec ces talents, ils sont visibles. Ils ont l’air d’avoir l’oreille du CNC [Centre national du cinéma et de l’image animée]. C’est une bonne chose. »

« Il est difficile de changer les habitudes installées depuis de nombreuses années »

Mais alors quelles évolutions depuis le lancement en mai 2023 ? « Je constate depuis un an que ce mouvement est difficile, analyse l’agente Juanita Fellag. Même dans les agences, l’idée de changer les clauses dans les contrats pour les transports, les avions, les hélicoptères, c’est une crainte d’être mal reçu par l’artiste qu’on représente. Il est difficile de changer les habitudes installées depuis de nombreuses années. »

Selon elle, « c’est à l’acteur principal, qui est le centre de l’attention, de prendre conscience que le mouvement est nécessaire ». « Quand tu as une aura et une visibilité, utilise la à bon escient », exhorte Jérémie Renier.

L’écoresponsabilité au cinéma n’est pas née avec le collectif CUT. On trouve déjà des dressings partagé pour les costumes, des ressourceries pour la scénographie, ou encore des répertoires pour les objets d’occasion. « La pollution existe quand on ne peut pas réutiliser un objet et qu’on le met à la benne, note le chef décorateur William Abello. Ne faisons plus de choses collées et soudées dans la mesure du possible. » Pour réduire l’empreinte d’un film, les décors sont réutilisés, les peintures sont dépolluées, le bois est remplacé par une matière en tissus recyclé.

Changer sa façon d’écrire

« Il faut pousser les décorateurs à avoir un dépouillement, poursuit William Abello qui mise sur la formation. Par exemple, si un personnage braque un pharmacien, j’ai 7 000 étiquettes et produits différents à créer. Ça a un coût en argent et un coût en pollution. Il peut donc braquer une infirmière dans un hôpital, il y a juste quatre ampoules de morphine à fabriquer. C’est la même histoire mais ça enlève de la pollution, de l’impression. Il faut raconter l’histoire en se frustrant le moins possible et en polluant le moins possible. »

Et si tout se jouait dès l’écriture ? « On a besoin de changer. Et cela passe aussi par le rapport aux histoires qu’on raconte, estime l’écrivain et réalisateur Cyril Dion, également présent à la conférence de CUT. Dans les fictions, c’est toujours l’apocalypse qui est montrée dans le futur. Mais on peut réinventer notre relation au futur avec des films qui montrent des gens qui réorganisent la société. C’est très important. »

À ses côtés, l’actrice Laetitia Dosch présente cette année à Cannes Le Procès du chien dans lequel l’avocate qu’elle incarne défend le meilleur ami des humains. Elle a opté pour la comédie. « Si vous dites que vous faites un film sur l’écologie, les gens ne viendront pas. Si vous voulez avoir du succès, il faut trouver un genre comme la comédie ou le thriller, assure Jean-François Camilleri, producteur et distributeur, notamment de La Marche de l’empereur. Si vous voulez avoir un impact, il faut avoir du succès. » Dans le ciel cannois, une mouette crie. Elle a remplacé l’hélicoptère.

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