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ReportageLuttes

Des chants pour lutter contre la LGV Lyon-Turin

Des activistes portant des masques chantent en cœur et dansent lors d’une « déambulation » contre le projet de ligne de train Lyon-Turin dans le village de Détrier, le 23 août 2024.

Environ 350 personnes appartenant à des chorales se sont réunies à Détrier, en Savoie, pour protester en chanson contre le Lyon-Turin. Un moyen « d’apporter de la joie dans les luttes », expliquent les choristes.

Détrier (Savoie), reportage

« Dans le fond de la carrière / des choristes révoltées se sont mis à chanter / un peu cachées »... Les voix s’élèvent doucement et le chant se diffuse dans les rangs du cortège qui déambule dans le village de Détrier, en Savoie, en cette fin août ensoleillée. Environ 350 personnes se sont rassemblées le 23 août dans ce village pour protester contre le projet de la ligne à grande vitesse (LGV) Lyon-Turin… par le chant. Car ce cortège n’est pas comme les autres : il est composé de chorales militantes, venues de toute la France. Lille, Besançon, Sud-Ouest… Certaines personnes sont venues de loin pour protester contre le projet de liaison ferroviaire transalpine Lyon-Turin.

Dans les mains des choristes, des recueils réunissant des chansons historiques, militantes, féministes ou révolutionnaires : « La Lega », chanson italienne chantée par les ouvrières repiqueuses de riz de la région de Padoue et symbole des révoltes agricoles ; « Penn Sardin », chant de révolte des sardinières de Douarnenez, en Bretagne ; ou encore « L’Estaca », chanson composée par Lluis Llach pour protester contre l’oppression franquiste en Catalogne, devenue un chant pour la liberté.

Chants, masques... La lutte peut aussi être joyeuse et fédératrice, montrent les militants. © Maxime Gruss / Reporterre

« L’idée, c’est de rapporter un peu de joie et de créativité dans les luttes », résume Anouk, une Grenobloise de 25 ans membre de l’organisation du cortège. Les chants révolutionnaires alternent avec des chansons composées spécifiquement pour la lutte contre le Lyon-Turin. L’une d’entre elles rappelle l’un des principaux arguments contre le projet : il existe déjà une ligne ferroviaire entre Lyon et Turin, desservant la vallée de la Maurienne et qui serait largement sous-utilisée. « La ligne existe / Pour 1 milliard d’argent public / Elle a été toute rénovée / Alors il faut l’utiliser », scandent les militantes et militants.

Près de 350 personnes se sont rassemblées, dont beaucoup avec un masque. © Maxime Gruss / Reporterre

« Montrer le plus bel aspect de cette lutte »

La manifestation des 17 et 18 juin 2023 contre le chantier de la ligne ferroviaire Lyon-Turin, qui avait rassemblé entre 3 000 et 5 000 personnes venues de toute la France et d’Italie, est encore dans tous les esprits. « On nous a présenté comme des écoterroristes, des dangereux », dit Anthony Guilloud avec amertume. Ce jeune pépiniériste, installé sur la commune de Détrier depuis quelques années, est expulsable dans le cadre du chantier du Lyon-Turin. Il a rapidement rejoint la lutte contre le projet, et ce jour-là, il accueille le cortège chanté dans sa pépinière.

La «  déambulation  » des activistes. © Maxime Gruss / Reporterre

Les militantes et militants espèrent donc faire passer leur message en chanson, pour montrer que la lutte peut aussi être joyeuse et fédératrice. « On veut montrer le plus bel aspect de cette lutte, et informer les habitants, qui ne réalisent pas forcément l’ampleur de ce qui se passe en Maurienne », dit Anthony Guilloud. « La chorale, ça prône plein de valeurs : l’intégration, le collectif… Et le chant a un côté rassembleur, tout le monde est le bienvenu », s’enthousiasme de son côté Lutin [*], 28 ans, venu d’une chorale militante de Chambéry.

De nombreux opposants ont porté un masque. © Maxime Gruss / Reporterre

Pourtant, malgré leur démarche pacifiste et artistique, le cortège a eu du mal à trouver une terre d’accueil. Selon les organisateurs, plusieurs communes de Savoie ont refusé de les accueillir, les élus locaux ayant tout simplement refusé ou renoncé après avoir subi des pressions.

« Cela pose vraiment question, on ne devrait pas avoir à se cacher et à rester dans l’entre-soi ! » s’indigne Carine Gros, habitante de Maurienne et opposante historique du projet, qui raconte qu’il est « de plus en plus difficile, localement, de dire qu’on est contre le projet Lyon-Turin ». Alain Sibué, maire de Détrier depuis 2014 et opposé au Lyon-Turin, abonde : « Tous les élus locaux sont pour. Nous sommes vraiment le village de Gaulois dans la vallée… »


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