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Nature

EN VIDÉO — Les mangroves, précieuses forêts des mers

Les mangroves sont des écosystèmes riches et complexes, fruits d’une longue adaptation, qui abritent de nombreuses espèces animales et végétales. De plus, elles possèdent des capacités fantastiques d’absorption du CO2, en faisant un atout précieux pour lutter contre le changement climatique, explique le réalisateur de ce documentaire. Qui met en garde : les activités humaines menacent l’équilibre de ces forêts uniques.

  • Présentation du documentaire par le réalisateur :

Les forêts à mangroves couvrent plus de 150.000 km2 des zones côtières et des estuaires intertropicaux à l’échelle mondiale. Les scientifiques ont identifié plus de 80 espèces de palétuviers, principaux et emblématiques arbres de cet écosystème qui cohabitent avec d’autres formes végétales : arbustes, plantes à fleurs, algues, etc. Mais à l’interface entre terre et mer, la mangrove est aussi occupée par une faune terrestre et marine abondante : poissons, oiseaux, crabes mais également serpents, singes, etc. selon les régions.

Soumis à l’alternance des marées, les palétuviers se sont adaptés de plusieurs manières. D’abord, en développant des racines aériennes qui peuvent ainsi permettent aux palétuviers de respirer en dehors des sédiments appauvris en oxygène. Les feuilles, elles, se protègent du sel marin en l’empêchant de pénétrer ou en l’expulsant. Enfin, pour éviter l’immersion, les graines de la plupart des palétuviers restent accrochées à l’arbre sous forme de propagules avant de se détacher pour se planter à côté ou flotter pour s’amarrer plus loin.

Les sols de la mangrove sont saturés en eau, ce qui ralentit la décomposition de la matière organique par les microbes et conduit à une accumulation de carbone sur des centaines d’années. Ainsi, la mangrove capture du gaz carbonique de l’atmosphère et contribue à limiter le réchauffement climatique.

La mangrove joue un rôle clé dans le maintien de la richesse marine côtière et estuarienne. À la grande joie des pêcheurs : poissons, crevettes, bivalves… nombreux sont les organismes marins qui migrent vers la mangrove et ses eaux adjacentes pour une partie de leur cycle de vie (larves, juvéniles…) ou une partie de la journée pour se nourrir, se reproduire et grandir. Mais la mangrove possède aussi d’autres facultés : diminution de l’érosion du littoral par absorption de l’énergie des vagues, épuration des eaux usées, etc.

L’exploitation par les populations des zones côtières des ressources biologiques de la mangrove et de sa capacité à épurer naturellement les eaux usées sont des pratiques anciennes que l’on pouvait qualifier de durable tant que la pression démographique était limitée. Ce n’est plus le cas, puisque de tous les écosystèmes impactés par l’accroissement rapide de la population humaine sur terre, la mangrove est l’une des plus négativement affectées avec une perte de plus d’un tiers de sa surface mondiale ces 40 dernières années. L’urbanisation croissante des zones côtières, en particulier dans le sud-est asiatique et en Afrique est un facteur important de disparition et de dégradation des mangroves. L’exploitation forestière et l’agriculture (conversion en rizières ou autres) participent aussi à la déforestation. Toutefois, la menace la plus lourde reste l’aquaculture qui est responsable de plus de la moitié des pertes de forêts à mangroves dans le monde, majoritairement à cause des élevages de crevettes. Cette industrie continue à se développer à un rythme qui ne ralentit pas et se propage sur toutes les zones à mangroves du monde. Contre ce fléau, des mesures de protection sont alors prises avec des efficacités inégales selon les pays. Il reste donc beaucoup à faire pour que la mangrove perdure comme un écosystème fonctionnel partout où elle existe.


  • Rudy Bueno est réalisateur et étudiant en écologie en M2 au Muséum national d’histoire naturelle. Ce documentaire a été réalisé dans le cadre du programme Impeccable (Impact de l’eutrophisation sur la capacité des mangroves à stocker le carbone bleu : comprendre et prévenir) du laboratoire Borea. Texte de Tarik Meziane (Directeur du laboratoire Borea) et Rudy Bueno.

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