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Reportage — Étalement urbain

En Loire-Atlantique, Amazon devient un sujet des élections régionales

Matthieu Orphelin, tête de liste des régionales au Pays de la Loire, soutenu par Éric Piolle, maire écologiste de Grenoble, et Ugo Bernalicis, député LFI, ont fait escale à Montbert.

En Loire-Atlantique, les opposants à l’installation d’un entrepôt Amazon ne décolèrent pas. Une nouvelle mobilisation s’est tenue samedi 29 mai, avec la présence de nombreux politiciens en campagne. La perspective d’une Zad est également évoquée par certains militants.

Montbert (Loire-Atlantique), reportage

Les opposants au géant Amazon se sont réunis, ce samedi 29 mai, à Montbert, au sud de Nantes, où la multinationale prévoit de construire un entrepôt de 185 000 m². Fin novembre, 3 000 personnes avaient déjà manifesté ici. Cette fois, c’est autour d’une braderie et au rythme de la batucada que se sont retrouvés les militants, vite rejoints par les candidats en campagne, à trois semaines du premier tour des élections régionales. Car la lutte contre Amazon est hautement politique. Économie, social, emploi, démocratie directe, environnement… C’est tout un système qui est remis en question.

Le candidat écologiste et député du Maine-et-Loire, Matthieu Orphelin, a été le premier à arriver sur le site du Butay, accompagné d’Éric Piolle, le maire écologiste de Grenoble, et d’Ugo Bernalicis, député de la France insoumise (LFI). « J’ai toujours été là, a déclaré Matthieu Orphelin. Cela fait vingt-cinq ans que je me bats pour l’écologie. J’ai porté ce combat à l’Assemblée [nationale] comme je le porte sur le terrain. » Seule ombre au tableau pour cet ingénieur, ancien de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), ses deux années au sein de la majorité qui font grincer quelques dents. Ugo Bernalicis est venu à son secours : « Il peut porter des sujets plus facilement depuis qu’il n’est plus à LREM. »

© Marion Lopez/Reporterre

Dominique Deniaud, agriculteur qui s’était fermement opposé au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, était également de la partie. Il conduit en Loire-Atlantique la liste du socialiste Guillaume Garot aux Régionales. « Je suis né tout près d’ici, j’ai été présent sur l’ensemble des mobilisations », a-t-il dit, nuançant son refus du projet Amazon. Ce n’est pas parce qu’on se questionne qu’on est dans une opposition aveugle. » Il a pointé « un problème démocratique » à Montbert : « Le permis de construire a été reçu par le maire sans qu’il en informe les habitants, comme s’il s’agissait d’un abri de jardin. » D’autre part, comme tous ceux présents ici, M. Deniaud a dénoncé les pratiques d’évasion fiscale du géant du numérique.

La batucada de Rezé a rythmé la foire de Montbert. © Marion Lopez/Reporterre

« La lutte contre Amazon ne fait que commencer »

Côté des organisateurs, on le répétait : la lutte contre Amazon ne s’attache à aucun parti. Pour autant, on ne refuse pas la main tendue des personnalités politiques qui souhaitent porter leur combat. « Leur présence permet de faire parler de nous. Ceux qui viennent ici entendent notre discours et ils le portent », raconte Jacky, l’un des quatorze administrateurs de La Tête dans le sable, un collectif qui se bat contre l’extension de deux carrières de sable à Saint-Colomban, non loin de Montbert. D’autres se contentent de balayer : « Ce sont des bureaucrates, ils viennent faire leur com’. »

© Marion Lopez/Reporterre

Ce qui a frappé le plus à Montbert a été la convergence des luttes. Parmi les stands, on retrouvait des syndicalistes, notamment la CGT et Solidaires, ainsi que des représentants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes, des collectifs citoyens locaux, comme Stop Amazon — l’organisateur, ou de grandes associations telles que Attac. Si la mobilisation sur le mode du vide-grenier a réussi à mobiliser près de 700 personnes, Pascal Frémont de Solidaires 44 estime qu’« il faudrait reprendre une forme militante plus engagée » qui mobilise davantage. Il déplore la présence des gendarmes tout autour du site et les contrôles d’identité, mais surtout les déviations mises en place pour éviter le site, malgré une déclaration de manifestation en préfecture, contrairement à la tradition locale qui consiste à ne jamais s’annoncer. « Puisqu’on nous empêche de venir, il n’y aura plus de déclaration de manifestation », a-t-il lâché au micro, suscitant des applaudissements.

Recours juridiques, interpellations des élus et mobilisations, « la lutte contre Amazon ne fait que commencer », a rappelé le collectif Amazon ni ici, ni ailleurs (Anina). Et dans la foule, le spectre d’une Zad planait : « Pour l’instant, on essaye de les repousser par des moyens classiques, mais on ira plus loin s’il le faut. »

Notre reportage en images :


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