Et si demain, l’agriculture ressemblait à ça ? Imaginez le pire avec Dystopia

Durée de lecture : 3 minutes

18 avril 2015 / Lucas Mascarello (Reporterre)

Avec Dystopia, Alexa Brunet (photographe) et Patrick Herman (paysan en agriculture biologique et journaliste indépendant) proposent de découvrir, au travers d’une enquête illustrée de trente photographies, les dégâts de l’agriculture intensive sur la nature, les animaux et les hommes.

Patrick Herman et Alexa Brunet se sont rencontrés en 2011, pour un précédent travail sur le gaz de schiste : Nouvelles de Gazhistan. C’est à ce moment que sont nés le mode de traitement photographique et l’envie d’enquêter sur l’industrie agricole. « Patrick connaît très bien cette question et moi, je suis engagée sur des projets écolos. Il y a beaucoup de problèmes qui se posent en ce moment. Ça fait un peu peur... », confie Alexa Brunet.

D’un côté, Patrick Herman fournit des informations et de l’autre, la photographe propose avec malice des clichés scénarisés. Les images poussent la logique du secteur agro-alimentaire à l’extrême… jusqu’à l’absurde. Pour réaliser ses photos, elle a fait appel à des figurants bénévoles trouvés grâce à un réseau d’amis : « Les gens ont participé par préoccupation et par militantisme. C’était une expérience jubilatoire, on a tout fait avec des bouts de ficelle ».

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Le traitement fiction/documentaire permet aux auteurs de lister une quinzaine de thématiques. Au détour des pages, j’observe entre autres, la disparition des terres agricoles, l’industrialisation des cultures, l’épuisement des ressources et la soumission aux marchés.

Ici, un groupe de jeunes gens s’émerveillent devant quelques coquelicots sauvages protégés sous une cloche… comme un trésor. Et là, des tomates phosphorescentes se détachent dans la noirceur de la nuit. Plus loin, un robot circule dans un verger. Son bras mécanique se déploie pour déposer du pollen sur les arbres en fleurs. Son nom : le « pollinisator ».

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Même si Alexa Brunet joue sur un registre symbolique, la photographe a le sentiment de se faire rattraper par la réalité : « En Chine, les arbres sont pollinisés à l’aide de pinceaux, car il n’y a plus suffisamment d’abeilles. Il y a même un bureau qui travaille sur des mini-drones pollinisateurs ».

En ouvrant Dystopia, je l’avoue, je fus amusé par la pertinence et l’astuce des photos. Mais le livre agit comme un boomerang et l’enquête de Patrick Herman gomme rapidement les sourires. Un deuxième niveau de lecture s’ajoute… grave et lucide. Une dystopie, c’est une contre-utopie, un récit fictif dépeignant un univers déshumanisé et terrifiant. Mais dans le modèle agro-industriel, le récit n’est pas si fictif que ça.

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Alexa Brunet et Patrick Herman présenteront Dystopia à l’Equitable café de Marseille le 24 avril 2015 à partir de 19h.

Les auteurs seront également en rencontre les 15 et 16 mai 2015 dans le cadre du festival Chapitre Nature dans la Brenne.

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- Dystopia, éd. Le Bec en l’air, photographies d’Alexa Brunet et textes de Patrick Herman, préface de Gilles Clément, 28 €, 80 p., 30 photographies.



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Source : Lucas Mascarello pour Reporterre

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