François de Rugy démissionne après six jours de tempête

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17 juillet 2019 / Hervé Kempf et Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

Mardi 16 juillet, François de Rugy a présenté sa démission au Premier ministre. Le ministre de la Transition écologique s’estime victime d’un « lynchage médiatique » et a déposé plainte en diffamation contre Mediapart. Il a été remplacé, dans la soirée, par la ministre des Transports Élisabeth Borne. Voici le résumé de l’affaire, et des quelques jours qui ont bousculé le gouvernement.

  • Mardi 16 juillet 2019, au matin, François de Rugy présente sa démission au Premier ministre, Édouard Philippe, qui l’a acceptée. Le ministre de la Transition écologique s’estime victime d’un « lynchage médiatique » et dépose plainte en diffamation contre Mediapart. « Depuis le début de la semaine dernière, Mediapart m’attaque sur la base de photos volées, de ragots, d’approximations, d’éléments extérieurs à ma fonction, écrit François de Rugy sur le réseau social Facebook. Les attaques et le lynchage médiatique dont ma famille fait l’objet me conduisent aujourd’hui à prendre le recul nécessaire — ce que chacun comprendra. (…) Je suis trop attaché à l’écologie à laquelle j’ai consacré tout mon engagement militant, pour accepter que notre action écologique soit affaiblie par des mises en cause personnelles incessantes. » Le ministre de la Transition écologique se dit fier « des actions entreprises avec le soutien de la majorité parlementaire pour mettre en œuvre des transformations importantes pour le climat, l’énergie, l’eau, la lutte contre le gaspillage et la biodiversité ».
    Mediapart s’apprêtait à publier une nouvelle enquête sur l’utilisation de ses frais professionnels en tant que député. « Il a ainsi pris les devants et quitté le gouvernement », a commenté le média indépendant sur son site. Lundi soir, les journalistes de Mediapart lui avaient adressé des questions, « notamment sur la façon dont il a utilisé ses frais de mandat pour payer ses cotisations d’élu à son parti EELV, ont-ils précisé dans un article. (...) Le ministre de la Transition écologique nous a expliqué qu’il nous répondrait à 13 h, puis à 14 h, avant d’annoncer sa démission à 14 h 40. » François de Rugy devait présenter mardi, au Sénat, le projet de loi énergie et climat.
    Dès mardi soir, la ministre des Transports Elisabeth Borne a été nommée ministre de la Transition écologique et solidaire tout en gardant ses responsabilités initiales.
  • Dimanche 14 juillet, Le Journal du dimanche publie une interview de François de Rugy réalisée la veille. Il estime qu’« il y a tout un tas de gens qui se vengent » à son propos et affirme : « Je n’ai rien fait qui soit en dehors des clous. En France, le modèle n’est pas la barre chocolatée de la ministre suédoise. » En 1995, une ministre du gouvernement suédois avait dû démissionner après qu’on eut appris qu’elle avait acheté diverses courses, dont une barre chocolatée, avec sa carte de crédit de fonction.
  • Jeudi 11 juillet, alors que les révélations de Mediapart suscitent de nombreuses réactions négatives de l’opposition mais aussi de députés d’En marche, d’autres articles mettent en cause des travaux de rénovation de l’appartement du ministre de la Transition écologique dans le ministère, et le fait que la directrice de cabinet du ministre, Nicole Klein (et ex-préfète de Loire-Atlantique au moment de l’intervention militaire contre la Zad en avril 2018) avait conservé un logement HLMElle est limogée dans la foulée. M. de Rugy justifie par ailleurs les travaux de rénovation de son appartement. Un autre article de Mediapart met par ailleurs en cause la location d’un appartement par M. de Rugy à Orvault, près de Nantes, accusation à laquelle répondait le ministre. En fin d’après-midi du jeudi, M. de Rugy s’entretient avec le Premier ministre. À l’issue de cet entretien, le ministre reste en poste, le service de communication de Matignon indiquant : « Si la moindre ambiguïté persistait à la suite du travail de vérification, (François de Rugy) s’engage à rembourser chaque euro contesté. »
  • Mercredi 10 juillet, Mediapart publie une enquête, intitulée « La vie de château sur fonds publics des époux de Rugy », dans laquelle le site d’informations montre que, lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale, entre juin 2017 et septembre 2018, François de Rugy a tenu au moins « une dizaine de dîners » privés. Ceux-ci étaient « de somptueuses agapes », recourant aux meilleurs crus de la cave de l’Assemblée et à des mets de luxe, tels des homards - tout ce luxe étant payé par les fonds publics de l’institution et non par les époux de Rugy. À la fin de la matinée, le ministre de la Transition écologique s’explique à l’issue du Conseil des ministres (vidéo à partir de 29’33’’). Il y explique notamment que, durant sa présidence de l’Assemblée nationale, il avait agi pour diminuer des avantages des députés et des présidents de l’Assemblée nationale, et fait diminuer les frais de réception de 13 %. Il présente les dîners litigieux comme des « dîners de travail informels ».
  • Le climat a été préparé quelques jours auparavant, par une polémique sur le « château ». Le 26 juin, en pleine canicule, François Ruffin se moque des ministres qui prennent leur voiture avec chauffeur pour quelques centaines de mètres, alors que François de Rugy tient des grands discours sur les gestes écologistes à faire. François de Rugy répond le 28 juin en accusant M. Ruffin de « démagogie ».
    M. Ruffin réplique le même jour, dans une vidéo, en parlant du « château » : « Avec son côté aristocratique, le château descend pour vous expliquer comment on va faire de l’écologie dans le pays. » Le match de boxe continue quand M. de Rugy traite dimanche 30 juin le député de fasciste : « Vous savez à qui [M. Ruffin] me fait penser ? À un fasciste ! Les fascistes, ils se comportent comme ça, ils discréditent les gens qui ne pensent pas comme eux, au lieu de débattre, au lieu d’accepter la contradiction. M. Ruffin, il n’accepte pas la contradiction, il transpire la haine de l’autre. »

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Première publication le 13 juillet 2019, actualisations le 14 juillet et le 16 juillet

Source : Reporterre

Photo : François de Rugy en janvier 2019 à l’hôtel de Roquelaure, à Paris. © Mathieu Génon/Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

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