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Santé

Déforestation, tourisme... Ces facteurs environnementaux qui boostent l’hantavirus

Des personnes vêtues de combinaisons de protection se dirigent vers le bateau de croisière MV Hondius, touché par l'épidémie de hantavirus, amarré dans le port de Granadilla de Abona, sur l'île de Ténérife (Canaries en Espagne), le 11 mai 2026.

Les maladies causées par les hantavirus dépendent des activités humaines, notamment celles au contact de la faune sauvage. Plus la déforestation est grande, plus le risque de transmission est important.

L’hantavirus Andes, qui a causé la mort de trois passagers du bateau de croisière MV Hondius, réveille l’inquiétude d’une nouvelle pandémie. À l’instar des coronavirus, les hantavirus sont en effet responsables de zoonoses, ces maladies transmises par les animaux aux humains.

L’Organisation mondiale de la santé, qui indique régulièrement que la majorité des épidémies sont zoonotiques, se veut rassurante. Ce coup de projecteur sur les hantavirus rappelle néanmoins que les risques de zoonoses dépendent avant tout des activités humaines.

Le virus des Andes est le seul hantavirus pour lequel la transmission entre humains a été documentée, ce qui en fait un candidat sérieux au risque pandémique. Mais il en existe d’autres, responsables de nombreuses zoonoses à travers la planète. « Des centaines de milliers de personnes sont contaminées par des hantavirus chaque année dans le monde et une centaine en France », explique Guillaume Castel, du Centre de biologie pour la gestion des populations à l’Inrae. La France héberge en effet l’hantavirus de Puumala. Il est beaucoup moins fatal que ses cousins américains, avec un risque de mortalité de 0,4 % contre 30 à 40 % en Amérique latine.

Perte de la biodiversité

L’animal à l’origine des transmissions du virus Andes est tout trouvé. Car pour chaque hantavirus, il existe une espèce de rongeur qui sera le principal réservoir du virus. « Chaque hantavirus est associé à une espèce en particulier. Le rat pygmée de rizière à longue queue pour le virus des Andes, dans la pointe sud de l’Amérique latine, le campagnol roussâtre pour l’hantavirus de Puumala dans l’est de la France », précise Guillaume Castel.

L’écologie de l’animal et les pratiques humaines vont ensuite déterminer le risque pour les populations d’être exposées au virus. Ainsi, le rat pygmée de rizière est une espèce dite opportuniste, autrement dit capable de s’adapter à de nouveaux environnements, et qui vit très bien auprès des humains, indique Audrey Arnal, chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), spécialiste de l’écologie des maladies infectieuses. La déforestation, avec l’avancée de l’urbanisation ou de l’agriculture, ne le fait pas disparaître, au contraire. Le rongeur saura profiter des déchets ou des récoltes.

La déforestation est ainsi responsable de la perte de biodiversité, à cause de la destruction des habitats de nombreuses espèces, mais aussi de la sélection des espèces dites opportunistes, comme le confirme une étude de 2010 sur l’écologie des hantavirus en Amérique. Or, la biodiversité joue un rôle central dans les dynamiques de transmission, souligne Audrey Arnal. Et ce, grâce à un effet dilution aujourd’hui bien démontré : la présence de nombreuses espèces limite les contacts entre les animaux au sein de l’espèce hôte et donc la probabilité que le virus se diffuse.

Tourisme de nature

La preuve des effets de la déforestation sur l’augmentation de la circulation du virus a même été faite. « Les rongeurs testés positifs à un hantavirus sont plus nombreux dans les zones déforestées », confirme Audrey Arnal. La chercheuse a contribué à une publication à paraître qui montre que plus la déforestation est grande, plus le risque de transmission est important.

« Toutes les activités humaines qui facilitent le contact avec les rongeurs vont aussi favoriser la propagation du virus », souligne la chercheuse. En particulier les activités en forêt, notamment le tourisme de nature. Les amateurs, en venant au contact des animaux sauvages, s’exposent directement. Un scénario qui pourrait bien expliquer la source de la contamination des passagers à bord du MV Hondius, qui avaient fait du tourisme de nature en Argentine et au Chili. Le patient zéro, un Néerlandais de 70 ans, aurait été contaminé lors d’une excursion ornithologique pour observer un oiseau rare dans une décharge près d’Ushuaïa, en Argentine.

« Pour réduire nos risques d’exposition, il faut réfléchir à nos pratiques auprès de la faune sauvage »

En France, les personnes contaminées sont celles qui passent du temps dans les forêts des Vosges et du Jura, en général des travailleurs forestiers, des chasseurs et des promeneurs, raconte Guillaume Castel, puisque le campagnol roussâtre est un animal forestier. Les cas de contamination sont circonscrits dans le quart nord-est de la France, aire géographique assez stable où circule principalement l’hantavirus de Puumala.

« Pour réduire nos risques d’exposition, il faut réfléchir à nos pratiques auprès de la faune sauvage », estime Audrey Arnal. Une raison de plus pour les humains de mieux apprendre à cohabiter avec le reste du règne animal.

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