Hulot est un homme d’une rare naïveté, pour rester poli

24 mai 2017 / Fabrice Nicolino



Nicolas Hulot a passé une vingtaine d’années auprès de Chirac, Sarkozy, puis Hollande sans que rien ait fondamentalement changé à la « destruction organisée des écosystèmes », rappelle l’auteur de cette tribune. Pour qui le nouveau ministre du gouvernement Philippe n’aura aucune marge de manœuvre.

Journaliste engagé pour l’écologie, Fabrice Nicolino est chroniqueur à La Croix et à Charlie Hebdo, où il a été blessé dans l’attentat du 7 janvier 2015. Il s’exprime aussi sur son blog, Planète sans visa, et a publié Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture. Cette tribune est publiée simultanément dans le numéro de Charlie Hebdo du mercredi 24 mai.

Fabrice Nicolino.

La nomination de Hulot à « la Transition écologique » n’est hélas pas une blague à la Charlie. Mais avant de continuer, précisons pour cause de déontologie prurigineuse que je connais ce garçon, que je l’ai défendu il y au moins vingt ans face à divers molosses, et que j’ai de l’estime pour lui et sans doute un peu d’affection. Mais là, il ne se contente pas de déconner, il abuse, il attige.

Le gouvernement Philippe est pourri jusqu’à la gueule de lobbyistes forcenés, qui du nucléaire, qui des exportations d’armes, qui du business « français ». Macron lui-même est à fond pour le traité Ceta entre l’Europe et le Canada, et favorable sur le principe au Tafta. Rappelons aux oublieux que le commerce mondial, que défend Macron corps et âme, est le moteur à réaction du dérèglement climatique. Car il faut pour entretenir la mécanique produire des milliards de milliards de colifichets, qui émettent bien sûr des gaz.

La cause est dans la structure d’un système global 

Hulot ne fera rien qui ne se puisse faire dans un gouvernement pareil, mais en excellent communicant qu’il est, le fera savoir d’une manière telle qu’elle désarmera la frange de l’opinion la plus crédule. Voyons rapidement. Pour sûr, il a dealé sur Notre-Dame-des-Landes, et tant qu’il sera ministre, il n’y aura pas d’aéroport. Probablement aura-t-il gain de cause sur d’autres sujets symboliques, reproduisant des scènes du passé 1.000 fois vues. Par exemple Mitterrand renonçant en 1981 à l’extension du camp militaire du Larzac et à la construction de la centrale nucléaire de Plogoff. Par exemple Jospin, après accord avec les Verts de Voynet et Cochet, laissant tomber le canal Rhin-Rhône et le monstrueux surgénérateur Superphénix. Ce que cela a changé à la destruction organisée des écosystèmes ? Rien du tout.

Hulot va vite tomber sur des os qu’il ne pourra digérer. Dans le vaste domaine unissant l’agriculture industrielle et l’agroalimentaire, il se heurtera sans surprise au plus puissant des lobbies français, avec d’un côté le couple maudit Avril (ex-Sofiprotéol)-FNSEA, et de l’autre l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), cette dernière prétendant défendre 500.000 emplois non délocalisables. Hulot ne pourra évidemment rien faire contre l’empoisonnement universel par la chimie de synthèse, et sera donc contraint de clamer victoire s’il obtient au moins l’interdiction d’un perturbateur endocrinien sur 500. Car la cause est dans la structure d’un système global, pas dans la psychologie de tel ou tel personnage.

On verra déjà plus clair à propos du misérable projet de mine d’or en plein cœur de la forêt guyanaise, entre les mains d’une société russe. Macron, qui n’a pas oublié son tropisme probusiness, est déjà allé sur place, où l’opposition est grande, pour défendre le projet, qui serait selon lui celui d’une « mine responsable ». Hulot mangera-t-il là son premier chapeau ? Et que fera-t-il face aux bagnoles truquées et aux dizaines de milliers de morts de la pollution industrielle ? Aurait-il déjà oublié le Macron de l’été 2016, vantant les incomparables mérites du diesel, ce tueur de masse ? Douteux.

Le comique de répétition a ses limites, place à la tristesse 

Ajoutons encore par cruauté que Hulot ne s’est jamais mouillé pour le loup ou l’ours en France, dont la survie tient à un fil. Qu’il n’a jamais, alors que c’était à sa portée, défendu l’idée d’une rupture globale avec le système agricole. Que sa Fondation, ceci expliquant en partie cela, a comme partenaire le groupe Avril cité plus haut, cœur de réacteur de l’agro-industrie. Que sa Fondation, bis repetita, a pour partenaire Vinci, le groupe de BTP derrière Notre-Dame-des-Landes. Bref.

Pourquoi tout cela ? J’ai bien une explication, mais elle est psychologique, et je la garde. Hulot est un homme d’une rare naïveté, pour rester poli. Il a été l’ami et le confident de Chirac — des dizaines d’heures de tête-à-tête —, sans résultat. Il a marché dans la si lourde combine du Grenelle de l’Environnement de Sarkozy, en 2007. Il a été l’Envoyé spécial pour le climat de Hollande, s’enorgueillissant du dérisoire Accord de Paris, signé en clôture de la funeste COP21. Le comique de répétition a ses limites, place à la tristesse. Tout bien considéré, il ne dépare pas dans le gouvernement d’un lobbyiste — Édouard Philippe — du nucléaire.




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Lire aussi : Bonne chance, Nicolas Hulot

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Dessin : © Red !/Reporterre

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