Je fais un don
OBJECTIF :
120 000 €
60054
COLLECTÉS
50 %

La feuille de route de Nicolas Hulot pour 2018

23 janvier 2018 / Hervé Kempf et Émilie Massemin (Reporterre)

La transition énergétique sera au coeur du travail du ministre de la Transition écologique en 2018, a annoncé un Nicolas Hulot serein. Qui a apporté quelques précisions sur Notre-Dame-des-Landes et Cigeo, annonçant aussi un « Sommet des peuples racines » à la fin de l’année.

C’est un ministre de la Transition écologique et solidaire en retard de quarante-cinq minutes, mais l’air néanmoins satisfait, qui a présenté ses vœux à la presse lundi 22 janvier au ministère. « L’année va être longue. Je ne pense pas que j’aurai beaucoup de temps pour m’occuper des animaux dont certains ont pensé que je faisais l’élevage – les couleuvres que je suis censé avaler », a ironisé Nicolas Hulot, avant de poursuivre : « J’ai souvent entendu deux petites musiques que je n’ai pas réussi à contrer : premièrement, j’avalerais des couleuvres ; deuxièmement, je déposerais une demande de démission tous les quatre matins sur le bureau du Premier ministre. J’ai parfois des déconvenues, qui ne sont pas forcément des déconvenues d’ailleurs, mais c’est parce qu’il faut du temps pour faire de la pédagogie sur la transition écologique pour transformer la peur en désir. »

Le ministre a ensuite décliné sa feuille de route pour 2018, dont voici les principaux éléments, contenus dans son discours ou en répondant aux questions des journalistes.

  • Programmation pluriannuelle de l’énergie

Le chantier essentiel du ministère en 2018 est l’élaboration de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Ce document doit mettre en œuvre les objectifs de la loi de transition énergétique (LTE) de 2015 [1] pour la période 2018-2023 et 2024-2028. « L’objectif est de réaliser tous les objectifs inscrits dans la loi, et tous sont conditionnés les uns aux autres, a insisté M. Hulot. Pour l’objectif de réduire la consommation énergétique [de 50 % d’ici 2050 par rapport à 2012], les signaux sont favorables ; pour le développement des énergies renouvelables et leur changement d’échelle [l’objectif inscrit dans la loi est que les énergies renouvelables représentent 32 % du mix énergétique d’ici 2030], nous y travaillons avec ma directrice de cabinet Michèle Pappalardo, et cela nous prend plus de temps parce qu’il reste énormément de verrous à lever. Pour ce qui est de réduire la part du nucléaire à 50 % du mix énergétique [d’ici 2025], l’objectif est maintenu mais nous ne pouvons pas le faire au doigt mouillé. Parce que si l’on ferme des réacteurs sans avoir réussi à développer les énergies renouvelables et après avoir fermé les centrales à charbon, le risque existe de difficultés d’approvisionnement. »

Sur l’épineuse question d’une sortie progressive du nucléaire, le ministre a assuré que le gouvernement « sera très précis sur les réacteurs qu’il faudra fermer et nous le ferons sur un certain nombre de critères économiques, sociaux et de sûreté, mais pas sur des critères symboliques » et que les personnes qui travaillent dans les centrales concernées se verront proposer des « contrats de transition écologique ». M. Hulot n’a donné aucune information sur le nombre de réacteurs qui devraient être fermés ni à quelle échéance. Mais le 8 novembre dernier, il s’était appuyé sur quatre scénarios de transition énergétique présentés la veille par Réseau de transport d’électricité (RTE) pour annoncer qu’il serait « difficile de tenir le calendrier » de la LTE ou que cela « se fera au détriment de nos engagements climatiques (…) et de la fermeture des centrales à charbon ». En effet, selon RTE, la seule manière de tenir l’engagement inscrit dans la LTE — réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990 — est de repousser l’objectif de réduction de la part du nucléaire à 2030 au lieu de 2025.

En revanche, selon le ministre, son administration n’a pas écarté les scénarios de RTE d’une sortie rapide du nucléaire pour ne présenter que ceux qui maintenaient un maximum de réacteurs en fonctionnement, comme l’avaient indiqué à Reporterre plusieurs sources concordantes. « On a enlevé les deux scénarios extrêmes et on a gardé les deux médians, et ces deux scénarios sont des bases, ils ne sont pas pris pour argent comptant », a-t-il affirmé. Les deux scénarios médians de RTE, baptisés Ampère et Hertz, prévoient respectivement la fermeture de seize et vingt-cinq réacteurs. Ce couac dans la communication devra être réglé, par le choix clair des scénarios retenus.

Cette PPE sera enrichie d’un plan de libération des énergies renouvelables concernant l’éolien terrestre, le photovoltaïque et la méthanisation, qui devrait être rendu public au mois de mars. « La LTE fixe un objectif de 32 % d’énergies renouvelables et nous n’en sommes qu’à 16 %. Nous avons lancé des appels d’offres pour l’énergie photovoltaïque, la plus socialement acceptable et économiquement rentable. Nous avons voulu aller vite en simplifiant les procédures, ce qui ne veut pas dire abaisser les normes », a précisé M. Hulot, qui déplore qu’en France, « il se passe douze ans entre l’appel d’offres et l’installation d’une éolienne offshore et sept à huit pour une éolienne terrestre, contre trois ans en Allemagne ».

Autre projet dans les cartons du ministère, la création d’un accélérateur de la transition écologique « constitué de plusieurs briques : énergies renouvelables, économie circulaire, filière hydrogène, financements et fiscalité », a énuméré le ministre. L’économie circulaire, sujet auquel se consacre actuellement la secrétaire d’Etat Brune Poirson, doit faire l’objet d’une feuille de route à part qui doit être présentée en mars. L’ensemble de l’accélérateur a pour vocation de nourrir la PPE mais aussi la stratégie nationale bas carbone, dont une nouvelle mouture doit être rendue publique d’ici la fin de l’année, a précisé M. Hulot.

Nicolas Hulot lors de ses vœux au ministère de la Transition écologique et solidaire, lundi 22 janvier 2018.
  • Alimentation : « séance supplémentaire d’ici le Salon de l’agriculture »

M. Hulot avait été frustré par la prise en main des États généraux de l’alimentation par le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert. Il a reconnu que « ça frotte un peu », mais que les deux ministres avaient dîné ensemble récemment et avaient convenu d’une « séance supplémentaire d’ici le Salon de l’agriculture ».

  • Recyclage intégral des plastiques

Dans le cadre des travaux sur l’économie circulaire, un objectif posé est d’aboutir au recyclage intégral des déchets en plastique.

  • Notre-Dame-des-Landes : « destinée agricole du site »

« S’il y a un enseignement à tirer de Notre-Dame-des-Landes et d’autres drames – comme celui de Sivens et d’autres projets conflictuels – c’est que trop souvent les séances de concertation qui les précèdent sont en réalité seulement des séances d’information. Souvent, les interpellations citoyennes et les avis d’experts, pourtant pleins de bon sens, ne sont pas pris en compte », a estimé M. Hulot. Le ministre est revenu sur les auditions qui ont précédé la décision d’abandonner le projet d’aéroport, en disant que « pour Notre-Dame-des-Landes, il y avait tant de bonne foi des deux côtés qu’il nous est arrivé, au Premier ministre et à moi-même, de douter ».

En petit comité, M. Hulot a ensuite indiqué que « plusieurs choses étaient sur la table » pour l’avenir du site « mais que rien n’a été défini. La seule chose qui a été actée par le gouvernement est la destinée agricole du site. (…) Vous avez vu que Stéphane Travert [le ministre de l’Agriculture] a dit qu’il aimerait que ces terres soient dévolues au bio ». Des discussions sont en cours avec la chambre d’agriculture, des syndicats et « un certain nombre d’acteurs », orchestrées par « un représentant de l’Etat qui vient d’arriver à la préfecture de Loire-Atlantique donc qui est un peu neutre dans le dossier ». Lui-même s’est dit en retrait des discussions : « J’ai vu le plan de José Bové et de Matthieu Orphelin [pour mettre en place sur la Zad un dispositif juridique comparable au Larzac] mais je ne peux pas tout décider. »

  • Cigéo : « Si l’on m’offre des alternatives, je suis preneur »

Concernant le projet d’enfouissement des déchets radioactifs à 500 mètres sous terre à Bure, dans la Muse, « ce n’est pas en 2018 qu’on va mettre au fond et rendre ça irréversible, il y a encore du temps », a rassuré le ministre. Avant de déclarer : « Si l’on m’offre des alternatives, je suis preneur. Je me serais bien passé des déchets nucléaires. Mais maintenant que je suis ministre et que j’en ai la charge, je veux bien les mettre au fond des océans ou les envoyer dans l’espace, mais je ne crois pas que ce soit très raisonnable. Mais avant de prendre des décisions, je veux vérifier un certain nombre de choses. D’ailleurs, l’Autorité de sûreté nucléaire (…) a montré que certaines inquiétudes étaient fondées. »

  • EPR nouvelle génération

Appelé à réagir à la déclaration du PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy, qui avait affirmé dans une interview au Figaro qu’un futur modèle « optimisé » de l’EPR « devra d’abord être commandé et construit sur notre territoire avant d’être exporté », M. Hulot a indiqué que « pour l’instant ce n’était ni la priorité, ni dans les tuyaux. Pour l’instant, la priorité, c’est de développer les énergies renouvelables ».

  • Plan climat

Un « premier point d’étape collectif » sur ce plan aura lieu le 7 juillet prochain, a annoncé le ministre.

  • Sommet des peuples racines

Un « sommet des peuples racines » - ou peuples premiers - sera organisé en partenariat avec l’Unesco fin 2018 ou début 2019 à Paris, a déclaré M. Hulot.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.


[1Les objectifs de la LTE sont :
- Réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990 ;
- Réduction de 50 % de la consommation énergétique en 2050 par rapport à 2012 ;
- Augmentation de la part des énergies renouvelables à 32 % du mix énergétique d’ici 2030 ;
- Baisse de la part du nucléaire à 50 % du mix énergétique d’ici 2025.


Lire aussi : Nicolas Hulot : « Un ministre n’est pas un électron libre »

Source : Hervé Kempf et Émilie Massemin pour Reporterre

Photos : © ministère de la Transition écologique et solidaire
. chapô : Nicolas Hulot lors de ses vœux au ministère de la Transition écologique et solidaire, lundi 22 janvier 2018.

THEMATIQUE    Politique
18 juin 2018
VIDEO - Les manifestants de Bar-le-Duc contre les déchets nucléaires rejettent le débat public
Reportage
18 juin 2018
L’État laisse les grandes surfaces tuer les centres-villes
Info
4 juin 2018
Comment les riches détruisent la planète ! Le 13 juin, Hervé Kempf et deux clowns des Chiche Capon
La vie de Reporterre


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Sur les mêmes thèmes       Politique





Du même auteur       Hervé Kempf et Émilie Massemin (Reporterre)