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Autoroutes

Le ministre Clément Beaune ne lâche rien sur les autoroutes

L'opposition aux autoroutes va se poursuivre, ont annoncé les ONG. Ici, une manifestation contre l'A69 à Soual (Tarn), le 23 octobre 2022

Reçues par le ministre des Transports, les ONG espéraient l’abandon de projets autoroutiers, comme l’A69. À la place, Clément Beaune leur a réaffirmé son goût pour l’électrique et la compensation carbone.

« On est consternés ! » Geneviève Laferrère, de France Nature Environnement, ne mâche pas ses mots à la sortie du rendez-vous avec le ministre délégué aux Transports, le 12 octobre à Paris. Objectif de cette réunion avec les porte-parole d’ONG : dévoiler les contours de la politique de l’État concernant les projets autoroutiers, et ce sous le prisme des nouvelles priorités environnementales. Fin septembre, Clément Beaune avait promis au micro de France Inter l’annonce prochaine de « décisions fortes » sur le sujet.

Quelques jours après la fin de la grève de la soif des militants opposés à la très contestée A69, le sujet a été à peine abordé. « Ce fut un beau débat philosophique, dit Geneviève Laferrère. Et bien sûr, sans la moindre annonce d’abandon précis de certains projets. »

Le seul nom lâché par le ministre est celui de l’autoroute entre Poitiers et Limoges : « Un peu facile lorsqu’on sait que le Conseil d’orientation des infrastructures a déjà mis un gros feu rouge sur le dossier », précise Énora Chopard, porte-parole de la coalition La Déroute des routes. Clément Beaune en personne avait d’ailleurs déjà désavoué celui-ci... au mois de mai.

Voitures électriques et compensation carbone

Nombre de projets contestés ont été élaborés il y a de ça plusieurs décennies, à l’image du contournement de Rouen dans les tiroirs depuis quarante ans. Autrement dit, les enjeux de lutte contre l’artificialisation des sols et de réduction des émissions de gaz à effet de serre leur échappent. « On n’est plus là pour négocier au cas par cas, insiste Énora Chopard. Il faut arrêter les destructions tout de suite. »

Dans ses propos liminaires, Clément Beaune a défendu l’électrification routière, les compensations carbone et les solutions techniques. « Toujours le même maquillage, visant à fermer les yeux sur les impératifs socioécologiques », se désole Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre. Le ministre s’est félicité de la baisse du volume de construction de nouvelles autoroutes. Celui-ci s’élevait à 160 km annuels entre 1997 et 2009, puis à 50 km entre 2010 et 2021. « Rien de surprenant, poursuit le président des Amis de la Terre. Presque tout a déjà été construit, il ne leur reste qu’à grignoter les miettes. »

« Une mascarade pour tenter d’apaiser la colère »

Aux chiffres exposés par le ministère, les organisations lui en opposent d’autres… moins reluisants. En deux décennies, entre 1998 et 2018, le nombre de kilomètres de voies ferrées a chuté de 13 % en France. Dans le même laps de temps, celui des routes a bondi de 11,2 %. Aujourd’hui, cinquante-cinq projets routiers, dont sept autoroutes, sont contestés par la coalition, qui dénonce le perpétuel sacrifice de la biodiversité au profit du bitume.

Loin d’arriver les mains dans les poches, les organisations invitées ont fixé et tenu une même ligne rouge : celle d’un moratoire sur tous les projets routiers menaçant les espaces naturels et les terres agricoles, ou rien. Un accord similaire a d’ailleurs déjà été décidé, en 2021, au Pays de Galles. Le ministère a clairement refusé de soutenir une telle idée, préférant plancher à l’élaboration d’ici fin octobre d’une « revue » des projets à discuter. « Celle-ci ne changera rien, prévient Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace. C’est une réflexion de fond, systémique, qu’il faut avoir. »

Silence sur l’A69

Prévu de longue date, ce rendez-vous tombait à pic. L’avant-veille, trois militants opposés à l’A69 entre Toulouse et Castres étaient encore en grève de la soif. L’un d’eux, Thomas Brail, avait d’ailleurs perdu connaissance avant d’être transporté à l’hôpital. « Je milite depuis bientôt vingt ans sur la question climatique, et jamais je n’avais été confronté à une telle émotion, dit Khaled Gaiji. Il peut y avoir un mort dans cette affaire. » Clément Beaune a toutefois refusé d’aborder cette actualité bouillante.

Il y a quelques jours, La Voie est libre avait pourtant été conviée à participer à l’entrevue. « Et pour tout dire, on peine à comprendre à quoi bon, puisque le gouvernement a clairement fermé la porte à un abandon du projet », s’étonne Gilles, porte-parole du collectif.

À ses yeux, cette invitation relève davantage d’une manœuvre politique visant à redorer le blason du ministère au lendemain d’une séquence intense. « La suspension des abattages d’arbres, annoncée par la préfecture d’Occitanie, est un leurre, assure Gilles. L’État nous donne des miettes, mais les travaux se poursuivent à plein régime. Ce n’est qu’une mascarade pour tenter d’apaiser la vague de colère, à l’approche du 21 octobre. » À cette date, les opposants organisent en effet une mobilisation, baptisée Ramdam sur le macadam, afin de bloquer le chantier de l’autoroute.

Toujours à la demande du ministre délégué aux Transports, une autre réunion doit se tenir à la sous-préfecture du Tarn, à Castres, le 13 octobre à mi-journée. Si les collectifs d’opposition au projet espéraient y être conviés, pour l’heure, il n’en est rien : « Ni La Voie est libre ni le Groupe national de surveillance des arbres (GNSA) n’ont reçu d’invitation », se désole Gilles.

Avec Les Soulèvements de la Terre, Extinction Rebellion, La Déroute des routes, les collectifs ont donc décidé d’organiser un contre-événement, à la même heure, à La Bourrelié (Saint-Germain-des-Prés), sous les pins parasols menacés d’abattage.

« Désormais, on appelle à intensifier la mobilisation citoyenne, dit Énora Chopard. Contre l’A69 bien sûr, mais aussi contre la RN88 en Haute-Loire, les contournements de Rouen et de Montpellier ou encore l’A412 à Machilly-Thonon. » La suite d’une saison automnale pleine de protestations.

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