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Animaux

Les hippopotames de Pablo Escobar restaurent un monde perdu

Lorsque le baron de la drogue Pablo Escobar a été abattu en 1993, il a laissé derrière lui son empire de la cocaïne… et un zoo rempli d’animaux sauvages. Ses lions, ses girafes et ses autres animaux exotiques ont été déplacés de son luxueux domaine, l’Hacienda Nápoles, à l’est de Medellín, vers de nouveaux horizons. Mais ses hippopotames, laissés à l’abandon, ont prospéré et proliféré dans les petits lacs du nord de la Colombie, ce qui en fait le plus grand animal envahissant du monde. Il y aurait aujourd’hui entre 80 et 100 spécimens.

Dans une étude publiée lundi 23 mars dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, des scientifiques affirment que, contrairement à l’idée reçue selon laquelle les grands mammifères herbivores envahissants ont des effets strictement négatifs sur leur nouvel environnement, les hippopotames d’Escobar montrent comment des espèces introduites peuvent restaurer un monde perdu.

Une équipe de biologistes de la conservation a en effet comparé les caractéristiques de grandes espèces herbivores envahissantes, comme l’hippopotame colombien, avec leurs homologues éteints depuis le Pléistocène tardif comme les mammouths, les paresseux géants et les wombats géants. Ils ont ainsi découvert que certaines espèces envahissantes des temps modernes recomposent des équilibres écosystémiques jamais observés depuis que l’humain a provoqué l’extinction généralisée de la mégafaune, ces 100.000 dernières années.

Certaines espèces herbivores introduites correspondent presque parfaitement, sur le plan écologique, aux espèces éteintes du Pléistocène, comme les chevaux sauvages modernes, connus sous le nom de mustangs, et les chevaux pré-domestiques éteints en Amérique du Nord.

« Les hippopotames sauvages d’Amérique du Sud ont un régime alimentaire et une taille similaires à ceux des lamas géants éteints, tandis qu’un type bizarre de mammifère éteint, le notoungulata, partage avec les hippopotames une grande taille et des habitats semi-aquatiques », explique au Guardian le co-auteur de l’étude, John Rowan, biologiste et évolutionniste à l’Université Massachusetts Amherst.

En comparant les caractéristiques écologiques des espèces herbivores d’avant les extinctions du Pléistocène à nos jours, telles que la taille, le régime alimentaire et l’habitat, les chercheurs ont pu quantifier dans quelle mesure les espèces introduites étaient plus ou moins similaires à leurs prédécesseurs éteints.

L’analyse a révélé qu’en introduisant des espèces de grands herbivores dans le monde entier, l’humain avait restauré des caractéristiques écologiques perdues de nombreux écosystèmes, contrebalançant ainsi un héritage d’extinctions et rendant le monde plus semblable à celui d’avant les extinctions du Pléistocène tardif.

  • Source : The Guardian
  • Photo : L’hippopotame Vanessa, rejetée par le troupeau et recueillie par le zoo du parc de l’hacienda Nápoles Wikipedia.

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