Les journées du patrimoine, c’est aussi dans la nature

14 septembre 2018 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Organisées par le ministère de la Culture, les Journées européennes du patrimoine se déroulent chaque année en septembre. Cette fois-ci, le ministère de la Transition écologique et solidaire s’est associé au ministère de la Culture. Car le patrimoine naturel, méconnu et menacé, mérite lui aussi notre attention et notre curiosité.

Si je vous dis « patrimoine », vous pensez châteaux, vieilles bâtisses, églises… et non pas moineaux ou coccinelles. Et pourtant, la biodiversité fait partie intégrante de notre héritage commun, au même titre que le palais Bourbon ou le château de Versailles.

C’est ce qu’on appelle le « patrimoine naturel ». « Il concerne les différents constituants de la biodiversité, que sont les espèces, les habitats et la diversité génétique, explique Jean-Philipe Siblet, directeur de l’Unité mixte de service « PatriNat » du Muséum national d’histoire naturelle. Derrière ce terme désuet, il y a l’idée de bien commun, de conservation et de transmission, la traduction anglaise étant d’ailleurs “natural heritage”. »

Depuis quarante ans, son équipe, anciennement Service du patrimoine naturel, œuvre à la recherche de cette biodiversité et à la diffusion de connaissances à son sujet. L’outil principal, l’Inventaire national du patrimoine naturel, répertorie 40 millions de données sur les espèces, précisant les lieux, dates d’observation. À ce jour 178.345 plantes, animaux, bactéries, champignons ont été répertoriés, par des chercheurs, des naturalistes professionnels ou amateurs, des citoyens. « C’est une sorte d’herbier du vivant, une immense collection numérique qui permet de savoir quelles espèces sont présentes dans telles zones géographiques, et d’avoir une idée de l’évolution des populations dans le temps », précise M. Siblet.

Les Trois Dents du parc naturel régional du Pilat (Loire et Rhône).

Car ce patrimoine, rappelle le chercheur, est en grand danger : « Ce n’est pas tant la diminution de la biodiversité qui est inquiétante que la vitesse à laquelle elle se produit, alerte-t-il. On n’est plus dans une érosion mais dans une destruction massive. » D’où l’importance d’un tel inventaire : « Il n’est pas envisageable de mener des politiques publiques de conservation pertinentes sans une fine connaissance d’où sont les espèces, de leur niveau de conservation », ajoute le chercheur. Mais malgré l’urgence, point de « Mission Bern » pour sauver les habitats détruits par la bétonisation et les organismes menacés par les pollutions.

« Nature et culture sont intrinsèquement liées » 

« On ne protège bien que ce qu’on connait, répète Michaël Arlandis, de la Ligue de protection des oiseaux. Il faut apporter la connaissance et l’émerveillement pour susciter l’action. » Voir s’envoler des oies cendrées, se ressourcer dans une forêt de feuillus, écouter le brame du cerf. Et quoi de mieux que les Journées européennes du patrimoine, pour sensibiliser chacun et chacune d’entre tous à la richesse du monde vivant ?

Créées en 1984 par le ministre de la Culture — Jack Lang à l’époque — ces journées sont dédiées cette année à « l’art du partage ». Elles laissent aussi la part belle au patrimoine naturel, sous la houlette du ministère de la Transition écologique. L’idée est de mettre en avant les aires protégées qui recouvrent — selon les chiffres du gouvernement — 21 % des terres et 22 % des eaux françaises. Réserves, parcs nationaux, sites Natura 2000.

« C’est l’occasion de faire découvrir ces espaces devenus des refuges pour nombre d’espèces, souligne M. Arlandis. Mais il ne faut pas oublier que le patrimoine naturel fait partie de notre quotidien, il est tout autour de nous, à la campagne comme à la ville. Par exemple, on peut observer des faucons crécerelles dans les tours de la cathédrale de Notre-Dame-de-Paris. »

Les gorges de Rabas, dans la réserve naturelle nationale du Néouvielle (Haute-Pyrénées).

Car la nature se niche bien souvent dans les recoins des vieux monuments. « J’ai regardé un reportage sur les Journées du patrimoine, présentant un château à visiter, raconte l’animateur de la LPO. Tout autour du bâtiment, on voyait une très belle forêt, avec des oiseaux dans le ciel… Quel dommage de ne pas en parler ! » Un avis partagé par Jean-Philippe Siblet : « Séparer le patrimoine culturel du naturel relève d’une distanciation superficielle. Nature et culture sont intrinsèquement liées. Qu’auraient fait les peintres, les architectes, les poètes sans l’inspiration du monde sauvage ? » D’ailleurs, l’Unesco ne fait plus de distinction : tant la Grande Barrière de corail australienne que la Grande Muraille de Chine sont inscrites au patrimoine mondial, comme porteuses d’une « valeur universelle exceptionnelle ».


QUELQUES IDÉES DE SORTIES PROPOSÉES PAR LA LPO

  • Balades-découverte des oiseaux du jardin (38)
    S’il est bien une science qui se rapporte à la thématique du partage retenue pour cette 35e édition, c’est la science participative. Partez en balade à la découverte des oiseaux du Jardin des plantes de Grenoble ; suivie d’une présentation de Naturalist, plateforme de saisie de données naturalistes, qui servira à partager les observations faites lors de la sortie. Balades le samedi 15 septembre de 14 h à 18 h. Prévoir jumelles et smartphone.
  • Ouverture d’un refuge pour la faune sauvage à Montpellier (34)
    
Rendez-vous dans le parc du Mas-Reynes à Montpellier pour une visite des jardins et des aménagements réalisés en faveur de la faune par le collectif des résidents de cet habitat partagé. Visites le samedi 15 septembre de 16 h à 19 h.
  • Nature et vieilles pierres de l’île de Ré
    Découvrez l’abbaye des Châteliers, lieu où culture et nature ne font qu’un. Les vieilles pierres de cette abbaye en ruine constituent en effet un habitat particulier offrant de nombreuses ressources à la faune et la flore qui l’entourent. C’est donc ensemble qu’un animateur nature de la LPO et une animatrice du patrimoine culturel vous accueilleront pour laisser la nature s’exprimer dans nos lieux d’art et d’histoire. Visites le samedi 15 septembre de 10 h 30 à 12 h 30.

Et comme la sensibilisation ne s’arrête pas au lendemain de ces Journées portes ouvertes, de nombreux outils permettent d’appréhender et de comprendre la faune et la flore sauvages : l’application « INPN espèces », qui livrent de précieuses infos sur les espèces présentes dans la zone où l’on se trouve, le [Oizo]lympique de la LPO pour tester ses connaissances sur les chants d’oiseaux, ou encore le dossier des balades du naturaliste, concocté par Reporterre  !



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Lire aussi : L’Agence française pour la biodiversité victime de la sécheresse budgétaire

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos :
. chapô : les berges du lac de Vassivière (Creuse/Haute-Vienne), site protégé par le Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres. Wikipedia (BiacheB/CC BY-SA 3.0)
. Pilat : Wikipedia (Olivier-Pilat/CC BY-SA 4.0)
. Néouvielle : Wikipedia (Ppo frwiki/CC BY-SA 3.0)

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