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Les lecteurs de Reporterre ont tiré le portrait de militants écolos

Durée de lecture : 12 minutes

25 juin 2019 / Des lecteurs et lectrices de Reporterre

Samedi 15 juin, Reporterre fêtait ses 30 ans. Pour l’occasion, l’équipe de journalistes a organisé des ateliers avec les lecteurs. Voici les portraits et interviews qu’ils ont réalisés : un regard vivant sur Oxfam, Zéro Waste, Résistance à l’agression publicitaire, Sea Shepherd, Enercoop... et même Reporterre, qui milite pour le bon journalisme !

Jean-Christophe Martin : traiter les causes plutôt que d’essayer de réparer les dégâts

Jean-Christophe Martin, à droite, avec ses collègues bénévoles d’Oxfam Paris.

Au cœur du Ground Control, pour les 30 ans de l’écologie, nous avons rencontré Jean-Christophe Martin à un des stands des associations présentes. Il est ingénieur et fait partie de Oxfam Paris depuis deux ans.

« Les petits pas, ça ne suffit pas ! » estime le militant de 49 ans, qui en avait assez des inégalités. En 2016, il a décidé de tenter l’aventure de l’Oxfam Trail Walker : 100 kilomètres de marche, pendant 30 heures, pour récolter 1.500 euros. Pour lui, ça a été le déclic. Un an plus tard, il a choisi de s’investir dans l’organisation Oxfam Paris, pour lutter contre la pauvreté et les inégalités, et y apporter des solutions. Jean-Christophe a connu Oxfam grâce au forum de Davos, portant sur les inégalités sociales.

« Oxfam France fait du plaidoyer dans les organismes institutionnels, l’État, et les banques, entre autres, pour faire passer ses idées. Par exemple, Oxfam les a fait valoir pour la loi concernant le développement et la solidarité internationale », explique-t-il.

Jean-Christophe, sensible à l’écologie et au développement durable, nous explique que les populations les plus pauvres sont les plus exposées aux conséquences du dérèglement climatique. Ce qui l’intéresse le plus dans son engagement au sein d’Oxfam, c’est de traiter les causes plutôt que d’essayer de réparer les dégâts.

Il passe environ quinze à vingt heures par semaine au sein de l’organisation, où il jongle entre réunions, conférences, débats et sensibilisations dans divers lieux culturels et notamment dans les festivals : « Si on n’arrive pas à inventer une autre histoire, on n’arrivera pas à continuer à tous vivre sur cette planète. »

  • Portrait réalisé par Léa Tintillier et Mélaine Gosson

Mohamed, le choix d’Enercoop

Mohamed, employé et sociétaire d’Enercoop.

Mohamed, 30 ans, est né à Alger. Il s’est politisé en 2011 lors du Printemps arabe initié en Tunisie. À l’époque, étudiant l’énergie en France, il s’est spécialisé dans le renouvelable. À la fin de ses études, il a préféré travailler pour Enercoop plutôt que pour les sociétés plus grandes du secteur.

Enercoop est une coopérative d’énergie renouvelable qui fournit de l’électricité aux particuliers et aux professionnels. Elle a été créée en 2005, sous le statut de société coopérative d’intérêt collectif (Scic). Ce sont les parties prenantes, c’est-à-dire les citoyens, les employés, et les producteurs d’électricité , qui prennent les décisions. Ils élisent le conseil d’administration (membres bénévoles), qui mandate à son tour le directeur général.

Mohamed est à la fois employé et co-propriétaire de la coopérative. La coopérative compte aujourd’hui environ 40.000 adhérents. Chacun représente une voix, quel que soit le nombre de parts sociales qu’il possède. La coopérative se fournit directement auprès de producteurs d’énergies renouvelables. L’objectif est la promotion de la transition énergétique. Les bénéfices de la coopérative, jusqu’à présent, sont réinvestis dans la croissance de la société. Elle compte actuellement 80.000 clients sur les 35 millions de compteurs existant en France.

Mohamed souhaite que son entreprise continue à grossir tout en restant humaine, proche de ses clients et de ses producteurs.

  • Portrait réalisé par Bruno Rigail

Heidi Vrisson, de l’enseignement à l’engagement associatif

Heidi Vrisson, bénévole chez Zero Waste.

C’est une jeune Parisienne sympathique et engagée, vêtue d’un tee-shirt bleu de l’association Zero Waste, une association qui milite pour le zéro déchet. Heidi Vrisson effectuait une pause au soleil quand nous l’avons abordée. « Je suis enseignante en SVT [sciences de la vie et de la Terre] mais en pleine reconversion vers le monde associatif », nous explique-t-elle.

Très souriante, elle nous a livré une partie de son histoire personnelle : « J’ai été sensibilisée à l’environnement par mon métier, puis j’ai été attirée en passant devant un local de l’association dans mon quartier. » Elle a poussé la porte : c’était le départ de son aventure associative. « J’avais horreur de sortir les poubelles et ça a contribué à mon choix », nous a-t-elle avoué en rigolant. C’était en février. Depuis, son engagement n’a cessé de se renforcer.

Aujourd’hui, Heidi souhaite travailler dans l’associatif et construit son projet, c’est ainsi qu’elle en est venue à animer des ateliers de Zero Waste. D’un côté, elle sensibilise aux comportements permettant de diminuer la quantité de déchets et, de l’autre, avec « rien de neuf », elle lance un défi visant a n’acheter que l’essentiel et si possible rien de nouveau durant un an. L’objectif est de recruter 100.000 adhérents à ce défi.

  • Portrait réalisé par Élise et Philippe Heim

Jean-Pascal Péan, résister et agir contre la publicité

Jean-Pascal Péan, bénévole de l’association Résistance à l’agression publicitaire.

Timide au premier abord, Jean-Pascal Péan se révèle très vite intarissable dès qu’on lui parle de son sujet fétiche : la lutte contre la publicité. Jean-Pascal est un conducteur de taxi d’une cinquantaine d’années. Il a découvert en 1995 la lutte contre la publicité en écoutant à la radio, lors d’une de ses journées de travail, les propos d’Yvan Gradis, figure de la lutte antipub. Cette écoute a été une révélation pour Jean-Pascal, qui a soudainement réalisé « qu’on n’est pas tout seul à penser la même chose ». Depuis ce jour, Jean-Pascal consacre avec énergie une grande partie de sa vie à l’association Résistance à l’agression publicitaire (RAP). Celle-ci dénonce les conséquences négatives du système publicitaire, telles que la surconsommation et le gaspillage.

À ses débuts dans l’association, Jean-Pascal participait à des actions dans les cinémas. Les membres de l’association se donnaient rendez-vous lors d’une séance et, au début du film, lors des séquences publicitaires, ils se levaient, dos à l’écran, en signe de protestation. Aujourd’hui, Jean-Pascal se dévoue davantage à la sensibilisation du public lors de festivals d’écologie. Avec entrain, il présente aux curieux.ses des outils de résistance et d’action contre la publicité. Il aime parler de ses faits d’armes : de la motion antipub qu’il a réussi à imposer au sein du collège de ses enfants en 2015, à la distribution de tracts auprès des élus du Conseil de Paris, en juin 2019, sur la nuisance des panneaux vidéos publicitaires dans l’espace public.

Enfin, Jean-Pascal insiste sur l’aspect légal de chacune des actions menées. D’une part, à titre personnel, il ne souhaite pas être embarqué dans des procédures judiciaires (comme la garde à vue). D’autre part, l’association souhaite être irréprochable face aux grands groupes publicitaires et aux élus. « L’important, c’est la crédibilité », insiste-t-il.

  • Portrait réalisé par Laure Besson et Jonathan Delcambre

Sara, le désir de l’engagement collectif

Sara, bénévole à Alternatiba.

Sara, 33 ans, professeure de maths au collège, donne également des cours à la maison d’arrêt des femmes à Versailles et est une membre active de l’association Alternatiba.

Fille d’une écolo de la première heure dans les années 1970, elle s’engage en faveur de l’écologie à l’âge de 18 ans. Ses nombreuses lectures sur le sujet l’ont conduite au livre de Béa Johnson Zéro déchet, une véritable révélation et un déclic dans sa conversion écologique.

De là sont nées ses envies de s’engager de manière plus active, par, dans un premier temps, une modification de ses habitudes quotidiennes et de son style de vie, qu’elle qualifie de « minimaliste ».

À la suite de cette démarche individuelle, le désir d’engagement collectif de Sara se fait sentir. C’est donc naturellement qu’elle contacte Alternatiba, association d’activistes écolos habituée des actions de désobéissance civile. C’est par exemple cette association qui a récemment organisé les décrochages des portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies. Dans ce cadre, Sara a souhaité participer à l’animation du stand d’Alternatiba pour Les 30 ans de l’écologie.

Aujourd’hui, Sara se dit pessimiste quant à l’avenir de la planète et pense que l’on va tout droit vers un effondrement auquel il faut se préparer inéluctablement. Elle vit donc en colocation avec six amis, elle est abonnée à Enercoop, fournisseur d’énergies renouvelables, dans une volonté de se soustraire à la dépendance au nucléaire, et s’oriente vers le zéro déchet. Ses colocataires et elle ont par exemple mesuré leurs déchets cette année à 1kg/mois/personne quand, aujourd’hui, la moyenne nationale est de 30 kg.

Malgré son pessimisme, Sara poursuit son combat et la diffusion de ses idées au plus grand nombre.

  • Portrait réalisé par Emmanuel Cazenave et Sophie Latouche

Hervé : « Aller au contact implique que les bénévoles risquent leur vie lors des actions »

Hervé, Parisien de 50 ans engagé bénévole depuis quatre ans dans l’ONG Sea Shepherd, ne souhaitait pas être photographié de face.

Héloïse Caraty — Comment en êtes-vous arrivé, ici aujourd’hui, à tenir un stand de Sea Shepherd ?

Hervé — Lorsque j’avais 8 ans, j’ai vu Paul Watson [président et fondateur de l’organisation] à la télévision. Il intervenait avec Brigitte Bardot à propos de la chasse aux bébés phoques. Comme la question de la préservation de la vie marine me touchait, j’ai continué à chercher des informations et à me sensibiliser sur ces sujets. Un jour, par le biais des réseaux sociaux, je suis retombé sur le site de Sea Shepherd et j’ai directement décidé de m’engager.



Quel rôle avez-vous au sein de l’organisation ?

Je suis bénévole et agis dans le cadre de stands d’information et de vente de produits dérivés. Cette vente permet tout simplement de financer les campagnes à terre et en mer, notamment la flotte de 14 bateaux qui sont actuellement en action. J’ai également participé à des actions de nettoyage de plages, mais je ne suis jamais parti en mission.



Quelles sont ces missions ? Et quelles méthodes Sea Shepherd emploie-t-il pour défendre la biodiversité marine ?

Sea Shepherd mène de nombreuses campagnes en mer en France, au Congo, en Italie, au Mexique, etc. Lors des missions, les bénévoles vont au contact des braconniers ou des pêcheurs qui ne respectent pas les réglementations. Donc, au-delà de l’aspect de sensibilisation lors de stands, et sur les réseaux sociaux, les campagnes se déroulent sur le terrain, à terre (comme à Mayotte pour la protection des tortues) ou en mer (comme dans le golfe de Gascogne en France) et à l’international. Le fait d’aller au contact implique que les bénévoles risquent leur vie lors des actions.



L’ONG vit grâce aux bénévoles et aux dons, est-ce suffisant ?

Il y a tellement de pain sur la planche pour la défense de la vie marine qu’on ne peut dire que c’est suffisant ! Sea Shepherd a pris de l’ampleur : lors de la fondation de l’ONG, il n’y avait qu’un seul bateau et aujourd’hui il y en a 14, des groupes locaux se créent partout, ce qui permet de toucher plus de gens, les sensibiliser et surtout d’agir dans plus de régions du monde. Notre impact médiatique grandit, par exemple, pendant la campagne dans le golfe de Gascogne, des médias nationaux et internationaux se sont intéressés à notre action. Nous avons le soutien de plus en plus de gens, ce qui montre que nos campagnes sont légitimes.

  • Propos recueillis par Héloïse Caraty

Marie Astier, « militante du bon journalisme »

Marie Astier, journaliste à Reporterre.

C’est au lycée que Marie découvre l’univers de la presse et en apprend son fonctionnement grâce à une professeure de français passionnée. Elle, qui s’intéressait déjà aux questions sociales, a désormais un objectif dont elle ne démordra pas. C’est décidé… elle sera journaliste. Aujourd’hui, Marie travaille pour Reporterre et participe ce samedi 15 juin aux 30 ans de l’écologie, au Ground Control. À l’initiative d’un atelier d’initiation au journalisme et entre deux sollicitations, elle raconte son parcours.

Marie a commencé ses études par une licence d’histoire et de sciences politiques suivie de quelques mois à l’étranger dans le cadre du programme Erasmus. « C’est important d’être sensible à ce qui se passe en dehors de sa sphère habituelle et de ne pas être déconnectée de la réalité », dit-elle. C’est encore dans le but de sortir de la sphère parisienne qu’elle a intégré l’École supérieure de journalisme de Lille. Elle y a choisi la radio comme spécialité. À la sortie, son premier poste l’a emmenée à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Six mois pendant lesquels elle était responsable de l’actualité de la ville, pour une radio locale. De retour à Paris, elle est entrée à Radio classique, où elle réalisait une chronique quotidienne portant sur l’environnement. À ce même moment, elle a découvert Reporterre. C’est un peu plus tard qu’elle a rejoint l’équipe.

Sur son tee-shirt blanc, on peut lire « pour une presse libre comme l’air ». Elle m’explique l’importance du journalisme indépendant, son rôle dans le maintien de la démocratie. On ressent surtout chez Marie une envie de partager et de bien faire. « À l’heure où s’est installée une certaine défiance envers les journalistes, parler de son métier, de ses techniques et de son éthique est important », dit-elle. Elle se définit d’ailleurs comme une « militante du journalisme, du bon journalisme, celui qui consiste à exercer un contre-pouvoir et à rendre compte aux gens », poursuit-elle.

Son collègue Alexandre-Reza Kokabi évoque la rigueur de Marie dans le suivi des affaires et se souvient particulièrement de celle de Jérôme Laronze, cet éleveur mort sous les balles d’un gendarme. Il en retient la persévérance de Marie à vouloir informer les lecteurs de la détresse du monde paysan. Pour lui, aucun doute : « Marie est une personne entière, elle ne fait pas les choses à moitié ».

  • Portrait réalisé par Leila Drici

Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

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Lire aussi : VIDÉO et PODCAST - Les « 30 ans de l’écologie » pour celles et ceux qui n’y étaient pas

Source : Les lectrices et lecteurs de Reporterre qui ont participé aux ateliers avec la rédaction du journal.

Photos : Les autrices et auteurs des portraits, sauf
. chapô : © Éric Coquelin/Reporterre

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