Les militants du climat se forment pour peser sur les municipales
Le Camp climat, qui dure dix jours, propose des ateliers et discussions destinés aux militants du climat. - © Mathilde Doiezie / Reporterre
Le Camp climat, qui dure dix jours, propose des ateliers et discussions destinés aux militants du climat. - © Mathilde Doiezie / Reporterre
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Plus de 700 personnes se réunissent à Nantes lors du Camp climat d’Alternatiba. L’objectif est de se former et s’engager sur des thématiques écologiques et sociales, dans la perspective des prochaines élections municipales.
Nantes (Loire-Atlantique), reportage
L’espace est vaste et beau, le camping commence à se remplir et des techniciens s’activent sous le chapiteau pour les concerts qui auront lieu dans la soirée. Des panneaux indiquent les différents espaces où se rendre pour des ateliers et formations : « Liens avec les élues : entre dialogue et rapport de force », « Pour une écologie rurale et populaire, comment mobiliser dans les campagnes ? », ou encore « Climat : pourquoi tout n’est pas perdu ? »
Face à l’une des dernières fermes maraîchères de Nantes, Alternatiba et son mouvement de désobéissance civile ANV-COP21 ont posé leurs valises du vendredi 25 juillet au dimanche 3 août sur les terrains de l’Institut thérapeutique éducatif et pédagogique Moissons nouvelles. Un retour dans la cité d’Anne de Bretagne, un an après l’organisation du départ d’un Tour de France à vélo.
Cet été marque la renaissance pour l’association de son Camp climat national. Depuis l’épidémie de Covid-19, ce temps de formations et d’ateliers n’avait eu lieu que lors de déclinaisons locales. « Nous ressentions le besoin de créer plus de liens entre nous », dit Juliette Caroulle, porte-parole d’Alternatiba et coordinatrice générale de ce Camp climat. Un moyen de prendre de la hauteur par rapport à l’échelle locale, où s’impliquent 108 groupes disséminés partout en France et dans quelques pays francophones.
« Donner des moyens d’action pour sortir de l’impuissance »
D’autant que les militants pour le climat ressentent un fort besoin de se serrer les coudes en vue des élections municipales de mars 2026. L’échéance électorale s’est d’ailleurs imposée comme la thématique du rassemblement. « Dans un contexte de progression des idées d’extrême droite, de recul des droits sociaux et des préoccupations climatiques, nous avons encore plus besoin de ne pas lâcher les sujets sur lesquels nous sommes impliqués », complète la coordinatrice générale.
Que peuvent donc faire des militants du climat dans ce contexte ? « Notre rôle à Alternatiba, c’est de donner des moyens d’action pour sortir de l’impuissance », résume Rémi Donaint, autre porte-parole de l’organisation. Sans déroger à la règle d’être apartisan pour autant, ADN de l’association. Alors la programmation est vaste, pour que toute personne curieuse ou déjà engagée se sente à l’aise pour s’investir. Trois stratégies d’action et de formation ont été définies : prendre le pouvoir par les urnes, constituer un contre-pouvoir citoyen efficace et lutter localement par des actions non violentes.
« Propositions très concrètes »
Au cours de la première journée complète d’ouverture, samedi 26 juillet, les rangs étaient clairsemés sur le vaste espace de Moissons nouvelles. 300 personnes sont arrivées au cours de la journée, tandis qu’au moins 700 sont attendues pour le reste de la semaine, avec la présence d’environ 300 à 400 personnes chaque jour.
Elles viendront notamment assister aux tables rondes « Pour une écologie vraiment populaire, comment élargir la mobilisation ? » et « Analyses stratégiques de victoires : comment lutter avec efficacité ? », ainsi qu’à la « simul’action » prévue vendredi 1er août, mettant en scène une action de désobéissance civile contre un salon de l’agriculture fictif.
Parmi elles, il y a Benoît, 37 ans : « J’étais intéressé par cette thématique des municipales, parce que j’ai envie de comprendre les enjeux et à quels niveaux je pourrais tenter d’agir. » Le matin, il a assisté à une formation « où l’on se demandait comment interpeller les élus, par le plaidoyer ou le rapport de force », décrit-il. Puis, dans l’après-midi, il a exploré « l’autre versant » en prenant part à l’atelier « Retour d’expériences de listes citoyennes et participatives », où sont venus témoigner Laëtitia Hamot, maire du village de La Crèche, près de Niort, et Pierre Ouvrard, conseiller municipal à Melle, également dans les Deux-Sèvres.
C’est la première fois que Benoît se déplaçait à un Camp climat, encouragé par son ami Camille, qui le couve du regard : « C’est beau de voir un engagement en train de se construire. » Le programme plaît aux deux trentenaires : « Les propositions sont très concrètes, on n’est pas dans le débat philosophique », dit Benoît. Au beau milieu de l’après-midi, des cris surgissent d’ailleurs dans la cour. Pas de panique, ils émanent de l’atelier d’initiation à l’action non violente et à la désobéissance civile, où les participants simulaient une action contre une banque en se répartissant différents rôles.
Le soir, lors de la plénière d’ouverture, l’heure était à la célébration de l’engagement citoyen. « La société civile est capable de faire bouger les lignes », martèle Juliette Caroulle, mentionnant l’adoption récente de la loi contre les PFAS et le succès de la pétition contre la loi Duplomb. Alors qu’une étude du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) rappelait en février que les élus locaux sont ceux auxquels les Français accordent le plus de confiance, les militants climat, eux, vont tenter d’imposer leur voix pour que leurs thématiques résonnent bien plus fort lors des prochains mandats municipaux.