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Culture

Lutte et beauté du vivant : trois œuvres qui redonnent espoir

Reporterre republie son livre d’alternatives ! Découvrez aussi, dans cette sélection culturelle d’automne, deux documentaires qui montrent la beauté du vivant et ceux qui luttent pour le préserver.

En 2014, la collection de livres Seuil/Reporterre était inaugurée par un Tour de France des alternatives, qui éclairait un phénomène nouveau : partout en France, des expériences et des modes de vie alternatifs au système dominant se mettaient en place. Fruits de la conscience écologique croissante de la société, ils se traduisaient par la volonté d’agir au niveau local, dans la vie quotidienne ou dans des formes différentes d’organisation.

Onze ans plus tard, l’horizon semble s’assombrir de toutes parts : les espèces non humaines, les forêts, les glaciers, les océans se meurent, tandis que les politiques au pouvoir remettent aux calendes grecques la décarbonation de l’économie, suppriment des agences de l’environnement, essorent les services publics, rendent la population esclave d’une dette mirobolante… Ce conservatisme cynique est insensé, effrayant, plombant.

Des alternatives partout en France

Mais si nous tournons le regard à nouveau vers la société civile, nous reprenons espoir. Malgré les difficultés croissantes (la baisse des subventions aux associations notamment), elle continue à enrichir son humus avec des alternatives ingénieuses dans les domaines de la construction, de l’habitat, de l’agriculture, de la santé, des transports, de la convivialité communautaire…

Peu relayée dans les grands médias, si ce n’est à titre anecdotique (dans des émissions comme « Les initiatives de nos régions »), cette créativité est pourtant capitale : elle « féconde des possibilités politiques de reconstruction à l’écart de la logique du capital », selon les mots du philosophe Franck Fischbach dans son passionnant Sens du social (éd. Lux/Humanités).

C’est pourquoi, à Reporterre, nous avons choisi de republier, en poche, notre Tour de France des alternatives de 2024 : Ils inventent un monde écologique. En une quinzaine de reportages et d’enquêtes, notre jeune rédaction vous y propose de rencontrer des « gens ordinaires qui prouvent que la transformation sociale n’est pas le privilège des puissants ». Ces femmes, ces hommes dits simples vous donneront peut-être confiance dans la possibilité de construire d’autres formes de vie qui, un jour, périmeront l’ancien monde. Aussi naturellement que le jour succède à la nuit. C. M.

Ils inventent un monde écologique, réédition poche aux éditions Points Seuil/Reporterre, novembre 2025, 96 p., 6,90 euros.

Le bonheur des résistances partagées

Le goût du collectif, l’amour de la nature et des autres, vous les trouverez à haute dose dans Soulèvements, le dernier film du réalisateur Thomas Lacoste. Seize femmes et hommes (jeunes en majorité) du mouvement des Soulèvements de la Terre y racontent, face caméra, pourquoi il leur semble essentiel d’empêcher l’accaparement des terres et de l’eau, la destruction des paysages, surtout pour le profit exclusif d’un tourisme 5 étoiles (comme c’est le cas par exemple à La Clusaz, en Haute-Savoie) et pourquoi il est essentiel de créer des collectifs accueillants, nourrissants, réparateurs face à la violence policière.

Souvent poignants, leurs témoignages nous interrogent par ricochet sur nos propres choix de vie. Ainsi cette jeune femme universitaire devenue paysanne qui ne peut s’empêcher de « chialer » à l’évocation de la fin du monde agricole. Ou ce père, « de centre droit avant d’aller à Notre-Dame-des-Landes avec sa fille », qui s’excuse la larme à l’œil de laisser une terre si abîmée aux jeunes. Ou cet autre encore qui défend la désobéissance civile parce que, dit-il, « j’ai vécu dans ma chair la destruction des paysages agricoles et des rivières dans les années 1970, et j’ai tout tout essayé pour freiner la destruction de la nature, jusqu’à me faire élire maire. Mais rien n’y fait »

Tandis que ce substrat humain remonte à la surface de l’écran, que les images de foules en marche réouvrent l’horizon, on se surprend à reprendre force dans le mot « ensemble ». Soulèvements nous parle de nous, et de notre époque de rupture comme rarement. Sans apprêt, sans effets sonores ou visuels gratuits, simplement en rappelant le bonheur des résistances partagées, et en peignant la beauté d’un monde où paysages, bêtes, flore, humains coexistent dans une relative bienveillance. C. M.

Soulèvements, un film de Thomas Lacoste, 2025, 1 h 45 min, en salles dès le 11 février 2026, mais déjà diffusé dans certaines salles.

La beauté du vivant... et la rage de le défendre

Qu’est-ce qui donne l’envie de s’engager, de lutter ? Qu’est-ce qui ravive les braises du « feu sacré » ? Dans son film Le Vivant qui se défend, le vidéaste Vincent Verzat raconte sa propre expérience : celle d’un jeune homme qui a filmé les luttes écologistes pendant dix ans et qui est gagné un jour par le désespoir : à quoi cela rime-t-il de se battre en permanence pour quelque chose que l’on ne connaît finalement pas… ou si peu ?, se demande-t-il.

Il ressent alors le besoin de se relier à la nature et de partir à la rencontre des êtres non humains. Accompagné de naturalistes et de pisteurs, il commence à filmer les animaux sauvages, castor, blaireau, chevreuil…, s’immerge dans leur habitat et se reconnecte émotionnellement avec eux, affinant son regard sur leurs modes de vie. À cette occasion, il réalise à quel point leur habitat, les forêts, est menacé par une industrialisation intensive, comme le raconte en voix off, avec sensibilité, notre journaliste Gaspard d’Allens, par ailleurs auteur de Main basse sur nos forêts (éd. Seuil/Reporterre) et Des forêts en bataille (éd. Du Seuil).

Cette expérience empathique bouleverse Vincent Verzat, et lui redonne la rage de lutter. Pendant l’heure et demie que dure le film, il fait brillamment dialoguer les images de ses observations naturalistes avec celles d’actions militantes contre des projets écocidaires. On en ressort avec l’envie d’aller se promener en forêt… et en manifestation ! S. G.

Le Vivant qui se défend,, film-documentaire de Vincent Verzat et Gaspard d’Allens, septembre 2025, 90 minutes, en accès libre sur YouTube et au cinéma (trouvez votre séance sur la carte).

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