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ReportageDéchets nucléaires

Nucléaire : des militants font échouer l’achat de terres par Orano

Le terrain des landes est occupé par une nature sauvage, mais avec toujours le site nucléaire d'Orano en toile de fond.

À La Hague, le collectif Piscine Nucléaire Stop a obtenu l’annulation de la vente de deux parcelles à Orano. L’industriel souhaite y installer un nouveau bâtiment pour son site de retraitement des déchets nucléaires.

La Hague (Manche), reportage

Dans la voiture pour se rendre dans les landes de Digulleville, Jeanne, Louise et Malou [1] savourent le moment. Au sein de leur collectif Piscine Nucléaire Stop, les bonnes nouvelles ne sont pas légion ces derniers mois dans leur opposition à l’agrandissement des installations nucléaires de La Hague (Manche). Mais cette fois-ci, le collectif a obtenu l’annulation de la vente de deux parcelles de lande primaire d’une superficie de 16 667 m2 convoitées par Orano, exploitant de l’usine de retraitement des déchets nucléaires voisine.

Cette vente avait été validée par le conseil municipal de La Hague le 17 décembre 2024, mais l’avocat du collectif a décelé un vice de forme qui a permis de la faire annuler : le coût au mètre carré et la superficie de la zone concernée étaient indiqués, mais pas le montant total de la vente. « C’est très étonnant, car le conseil municipal a l’habitude de ce genre d’opérations », observe Jeanne.

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« L’avis des Domaines [2] fixait le mètre carré à 0,35 euro, la proposition de prix de la mairie était à 35 euros le mètre carré, soit 100 fois plus », détaille-t-elle, dénonçant un tarif qui exclut tout autre investisseur qu’Orano dans la région. Une requête en annulation a été déposée le 17 février auprès du tribunal administratif de Caen et la municipalité de La Hague a préféré annuler cette vente, le 3 avril, plutôt que d’aller au tribunal. La maire de la commune, Manuela Mahier (divers gauche), n’a pas répondu à nos questions mais le terrain sera, a priori, remis en vente.

L’annonce du projet de construire trois bassins au lieu d’un a «  multiplié par trois notre motivation  », explique une opposante. © Guy Pichard / Reporterre

Le débat autour de cette zone est né après la venue dans le Cotentin, le 7 mars 2024, de Bruno Le Maire, alors ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, pour annoncer que le site de la Hague allait faire l’objet d’investissements importants.

Trois bassins au lieu d’un

Quelques mois plus tard, EDF officialisait la reprise par Orano du projet de construction de piscines de stockage de combustible nucléaire, la raison d’être du collectif Piscine Nucléaire Stop depuis sa création en 2021. Cette annonce, le 17 octobre 2024, a résonné comme un coup de massue pour les opposants, car le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) révélait la future construction de trois bassins géants, au lieu d’un seul initialement prévu.

« Cela a multiplié par trois notre motivation à s’opposer à ce projet ! », lâche Malou, militante de longue date. C’est dans ce contexte que l’annulation de la vente du terrain des landes à Orano apparaît comme une victoire, bien que pour l’instant symbolique.

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C’est pour faire face à ces investissements qu’Orano avait besoin de nouveaux terrains et lorgnait sur ces parcelles de lande. Écosystème préservé et typique de cette partie du Cotentin, les landes primaires sont balayées par les vents et il y pousse majoritairement des genêts et des bruyères, à défaut d’arbres. « Ce terrain, c’est un chemin de promenade », plaide Malou. Vendredi 11 avril, le soleil est au beau fixe lors de notre venue et un chevreuil s’enfuit même à quelques mètres du groupe, gêné par les discutions. Pour les opposants, hors de question de voir cette nature bétonnée.

Les terrains convoités par Orano sont aujourd’hui un lieu de promenade. © Guy Pichard / Reporterre

Contacté par Reporterre, le service de presse d’Orano a fait savoir que la zone était destinée à « la construction d’un nouveau bâtiment non nucléaire d’ingénierie » et que « le site Orano La Hague dispose des capacités foncières suffisantes pour accueillir les futurs ateliers nucléaires ». Selon nos informations, le terrain était destiné au magasin central de l’usine de retraitement, donc à entreposer du matériel.

Ce n’est pas rien de remettre une grande entreprise à sa place. Orano peut faire croire tout ce qu’il veut, il y a là-bas une bataille du foncier », analyse Guillaume Hédouin, conseiller régional écologiste de Normandie. Revigoré par cette victoire, le collectif a annoncé dans la foulée vouloir se porter acquéreur du terrain et donne rendez-vous cet été pour son festival Haro : Territoires & déchets nucléaires, du 18 au 20 juillet à Vauville, toujours dans la commune de La Hague.

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