Procès Lafarge : « Soutenons massivement les activistes antibéton »
Le 10 décembre 2023, des activistes avaient tenté de «désarmer» la centrale à béton de Lafarge à Incarville, au sud de Rouen. - © Camille Loret / Reporterre
Le 10 décembre 2023, des activistes avaient tenté de «désarmer» la centrale à béton de Lafarge à Incarville, au sud de Rouen. - © Camille Loret / Reporterre
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Neuf personnes, accusées d’avoir participé au désarmement d’une usine à béton il y a un an, seront jugées au tribunal d’Évreux (Normandie) les 19 et 20 décembre. Cette tribune appelle à une mobilisation de soutien exceptionnelle.
Environ soixante-dix activistes avaient envahi, il y a un an, le site Lafarge d’Incarville, près de Rouen. Elles et ils dénonçaient ainsi l’industrie mortifère du béton. Neuf d’entre elles et eux seront jugés fin décembre. Le Comité de soutien aux inculpées de l’affaire Lafarge Val-de-Reuil appelle à une mobilisation massive le jour du procès.
Les 19 et 20 décembre 2024, neuf personnes seront jugées au tribunal d’Évreux dans le cadre d’un procès aux allures politiques. Ce dernier fait suite à l’arrestation par la Sous-direction de l’antiterrorisme (Sdat), le lundi 8 avril 2024, de dix-sept personnes suspectées d’avoir participé au désarmement d’une centrale à béton à Val-de-Reuil, au sud de Rouen, dans le cadre de la campagne d’actions menée contre Lafarge-Holcim et le monde du béton en décembre 2023 par plus de 200 organisations écologistes, paysannes, syndicales, comités locaux des Soulèvements de la Terre et collectifs d’habitantes en lutte contre l’artificialisation des terres.
La campagne d’action décentralisée de l’hiver dernier a mobilisé, à travers tout l’Hexagone, des milliers de personnes d’horizons divers. Du 9 au 12 décembre, en France, mais aussi en Suisse, en Belgique, en Allemagne, rassemblements festifs, collages d’affiches et accrochages de banderoles, manifestations avec ou sans intrusion, cadenassages de sites et désarmements se sont ainsi succédé, se répondant à l’unisson en visant des dizaines de sites de l’industrie mortifère du béton. Au total, 56 actions ont eu lieu dans cinq pays différents, toutes unies par un objectif commun, en mêlant une pluralité de tactiques ingénieuses.
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Le dimanche 12 décembre — un an jour pour jour après le désarmement de la cimenterie de Bouc-Bel-Air [près de Marseille] —, une centaine de militantes se sont ainsi invitées pendant une dizaine de minutes dans la centrale à béton de Val-de-Reuil pour la mettre à l’arrêt par des moyens simples, réappropriables. Comme l’expliquait un communiqué signé par « les pics mars et les tritons crêtés de la forêt de Bord », cette action était aussi menée en défense des centaines d’hectares de terres agricoles et forestières menacées d’être englouties sous le béton et le bitume du projet d’autoroute A133-134.
Complicité de crime contre l’humanité
Le soir même, par la voie d’un article du Parisien, on apprenait que la Sdat (sous-direction antiterroriste) était dépêchée sur place. Alors même que la multinationale Lafarge-Holcim est toujours mise en examen pour complicité de crime contre l’humanité et financement du terrorisme (le procès se tiendra fin 2025), l’État mobilisait une fois de plus les moyens de l’antiterrorisme et les services d’enquête les mieux dotés qui soient pour traquer et arrêter des militantes armées de leur seule détermination.
Il assurait encore une fois son soutien inconditionnel à une entreprise prédatrice et néocoloniale qui cherchait à maximiser les profits de ses actionnaires en traitant avec des terroristes plutôt qu’en se retirant d’une zone dangereuse tombée dans leurs mains.
Le lundi 8 avril, au petit matin, la police antiterroriste déployait l’ensemble de son arsenal de terreur pour arrêter et perquisitionner, de manière extrêmement brutale, dix-sept personnes, qui ne seront libérées qu’au terme d’une garde-à-vue éprouvante de plus de soixante-quatre heures. La débauche des moyens ne l’a pas empêchée, au passage, de se tromper plusieurs fois d’adresse, de défoncer aléatoirement des portes au bélier, traumatisant des familles voisines plongées dans l’incompréhension. Aussitôt, des dizaines d’organisations et comités des Soulèvements de la Terre manifestaient leur indignation et consignaient leur soutien aux interpellées.
L’État veut éradiquer tout engagement social ou environnemental
Nous savons que le ministère de l’Intérieur, avec ses escouades d’hommes en armes et le concours de la machine judiciaire, souhaite envoyer un message qui ne s’adresse pas seulement aux victimes de ces arrestations et aux prévenues. Sous l’inquisition de la Sdat, la participation à de simples Fresques du climat, la possession de livres de cuisine végane et de mangas « suspects », des engagements dans des associations sociales et environnementales, deviennent des éléments « à charge », censés matérialiser une forme de culpabilité a priori.
Il suffit de lire les récits des interrogatoires menés par la police antiterroriste pour comprendre combien, dans la fuite en avant autoritaire en cours, toute forme d’engagement antagoniste à la marche du monde — si minime soit-il —, est sur le point d’être ré-encodé comme une « menace » à éradiquer par tous les moyens... Et il suffit de jeter un œil au « casting » des interpellées pour comprendre combien nous sommes toustes, tendanciellement, pris dans le viseur de logiques antiterroristes et de dispositifs d’exception en passe de devenir la norme de gestion des contestations intérieures des politiques gouvernementales.
Un front populaire opposé à la bétonisation du monde
Ces interpellations et les procès qui s’ensuivent sont une réaction à la montée en puissance d’un front populaire opposé à la bétonisation du monde, l’artificialisation des sols, la destruction des écosystèmes qui menacent humains et non-humains. L’État cherche à créer une sidération telle que plus personne n’oserait s’organiser contre les bétonneurs. C’est une tentative cynique de briser le mouvement, de paralyser d’effroi les cœurs et les esprits des milliers de personnes qui ont participé à cette campagne internationale, mais aussi de celles et ceux qui les soutiennent d’ores et déjà et désireraient les rejoindre.
Face aux contestations grandissantes qui, partout, gagnent du terrain (luttes écologistes, Gilets jaunes, opposition à la réforme des retraites, révoltes pour Nahel, fronde agricole, mouvement de soutien à la Palestine et au Liban, soulèvement kanak), l’État ne répond que par la brutalité, en déployant massivement des moyens exceptionnels de répression et de criminalisation des franges de plus en plus larges des mouvements d’opposition. Mais cette brutalité ne fait que traduire sa fébrilité, sa peur panique de la formidable puissance de surgissement populaire que ces journées de décembre, avec d’autres, ont réussi à incarner pour s’opposer aux ravages écocidaires.
Ces opérations policières répétées ne nous intimideront pas. Nous nous tiendrons ensemble. Nous savons que des solidarités éprouvées peuvent désarmer la machine répressive.
Nous étions des milliers à nous soulever contre l’empire du béton en décembre 2023. Nous appelons à une mobilisation exceptionnelle les 19 et 20 décembre à partir de 8 h 30 devant le tribunal d’Évreux pour continuer à dénoncer les vrais coupables. Soyons présentes massivement, unies contre le béton et la répression.
Organisations :
Attac France
Union Syndicale Solidaires
Extinction Rebellion
Les Soulèvements de la Terre
Terres de luttes
Greenpeace Rouen
Alternatiba Rouen
L’Atelier paysan
Sud Solidaires
Le NPA - L’Anticapitaliste
Groupe de soutien Ornais aux inculpés de l’affaire Lafarge
Le collectif Non à l’A133-134
A bas le Béton
La voie est libre
Personnalités :
Jérome Baschet, historien
Olivier Besancenot, NPA L’Anticapitaliste
Benoît BITEAU, paysan bio, agronome, Député écologiste de Charente-Maritime
Philippe Brun, député de l’Eure
Claire Desmares, Présidente du groupe Les Écologistes à la Région Bretagne
Cyril Dion, auteur
Clémence Guetté, Première Vice-présidente de l’Assemblée nationale, députée LFI
Marie-Laure Guislain, coordinatrice responsable de Droits et Mouvements Sociaux
Andreas Malm, Associate professor of human ecology, Lund University
Guillaume Meurice, humoriste
Ugo Palheta, sociologue, université de Lille
Alessandro Pignocchi, auteur de bandes dessinées
Philippe Poutou porte-parole du NPA L’Anticapitaliste
Christine Poupin porte parole du NPA l’Anticapitaliste
Audrey Vernon, comédienne