« Refaire ce qui était là du temps des anciens » : ces pépinières replantent des haies à foison
Sarah et Fanny participent à un chantier de plantation de haies. - © Jéromine Derigny / Reporterre
Sarah et Fanny participent à un chantier de plantation de haies. - © Jéromine Derigny / Reporterre
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C’est jour de chantier dans la pépinière de Planteurs, dans l’Yonne. La structure s’est lancée dans une vaste campagne, joyeuse et pédagogique, de replantation de haies. Elles sont cruciales pour l’agriculture et la biodiversité.
Mise à jour 8/04/26 : La pépinière a été contrainte d’engager une procédure de cessation d’activité début avril 2026. Née lors de la création du « Pacte en faveur de la haie », elle subit les conséquences de l’arrêt brutal des subventions aux plantations et de la réduction du Pacte à sa portion congrue.
Villecien (Yonne), reportage
La serre au plastique translucide se confond avec le ciel dans un de ces paysages de l’Yonne où l’hiver semble avoir effacé toute couleur vive. Sous le plastique, pourtant, ça bruisse doucement. Cornouillers, érables champêtres, fusains, prunelliers… Une petite famille d’arbrisseaux attend de retrouver le plein air, racines en terre et houppe tendue vers le ciel. Ces arbres ne le savent pas mais ils font partie d’un projet politique : la replantation de haies à grande échelle pour stopper l’hémorragie en cours depuis quatre décennies dans nos campagnes.
Nous sommes sur la pépinière icaunaise de Planteurs, un programme associatif qui structure un réseau de pépinières d’arbres champêtres sur les territoires. À ce jour, Planteurs compte trois établissements en France (en Gironde, dans l’Oise et l’Yonne) tous menés par un pépiniériste, labellisé « Végétal local », et un coordinateur territorial censé débusquer les chantiers et organiser le jour où les bébés arbres rejoignent leur poste.
Des chantiers de plantation pédagogiques
L’équipe locale de Planteurs va cueillir des subventions, rencontrer communes et collectivités territoriales, citoyens, propriétaires terriens, agriculteurs… pour ensuite coordonner des chantiers de plantation pédagogiques et joyeux. Ceux-ci sont d’ailleurs validés par le Centre national de propriété forestière (CNPF). « Il est important de travailler avec les acteurs locaux, ceux qui vivent dans le territoire, et de s’appuyer sur les structures existantes comme les lycées agricoles, l’association Des enfants et des arbres… » explique le coordinateur, Josué Bulot.
Ce matin blême de février, le chantier de plantation se concentre sur un beau bout de champ. Antoine Pinta, agriculteur à Villecien, veut délimiter sa parcelle de céréales de 27 hectares en son milieu. Une bande de 4 mètres sera « sanctuarisée » pour la biodiversité, les rapaces, les rongeurs, les oiseaux, bien sûr. « Toute cette vie, ce sont des auxiliaires de culture pour nous, dit l’agriculteur venu avec son fils. C’est ça qui me motive, remettre de la vie dans les champs… »
Pour cette plantation de 400 spécimens, l’équipe de Planteurs a « débauché » Alain, Ziad, Ketsia, Sarah ou Thomas… Des jeunes pas trop amoureux de l’école, tous issus de l’École de la transition écologique (Etre) de l’Yonne, et venus découvrir la substance d’un métier en contact avec la nature. La plantation prend des airs de colo quand il s’agit de s’installer dans la remorque pleine de bottes de foin. Et Antoine Pinta de soupirer : « C’est un peu ridicule à dire mais tout ce que l’on fait aujourd’hui, ce n’est “que” refaire ce qui était déjà là du temps des anciens. »
« Toute cette vie devient des auxiliaires de culture »
Car l’histoire des haies en France persiste à rimer avec arrachage, destruction depuis des décennies. « Depuis les années 1950, 70 % des haies ont disparu en France, soit 3,5 fois la distance Terre-Lune », détaille Uther devant une assemblée médusée. « Chaque année, on plante environ 3 000 km de haie et on en perd 23 000 ! explique Colin Debarbieux, qui dirige la structure Planteurs à l’échelle nationale. On a touché le fond mais on continue à creuser ! »
Résistance des agriculteurs
Planteurs est labellisé végétal local, car l’ensemble des futurs arbres proviennent du coin. « On part de la collecte de la graine dans des haies ou en forêt, puis on les fait germer et on les bichonne jusqu’à la plantation », explique le pépiniériste en chef Uther Rolland. Et ainsi, on évite les aberrations passées : plantations de mono-espèces spécifiques, importation de plants en provenance de Pologne… Voilà pourquoi une filière de pépinières associatives est née.
Les petites communes voisines se tournent d’ailleurs vers Planteurs. Comme Béon, modeste village estampillé « territoires engagés pour la nature ». Son maire jusqu’en mars, Didier Moreau (il ne se représentait pas), a souhaité reconstituer 70 mètres de haies, derrière le champ communal. Environ 140 plants de cornouillers, d’églantiers, de fusains, d’érables champêtres… ont été plantés par les enfants de l’école en janvier 2026.
À l’origine, l’élu voyait (beaucoup) plus grand. « Je souhaitais carrément remodeler le paysage à coups de haies. L’objectif était de récupérer 10 hectares de terres, petit bout par petit bout. » C’était sans compter la résistance des agriculteurs, propriétaires de parcelles en bord de route, qui refusent obstinément que l’on rogne leurs champs ou que l’on plante de futurs bosquets qui, selon eux, vont attirer « limaces et pigeons » et empêcher le passage du sacro-saint « pulvé ».
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À la campagne, une simple haie peut déclencher de vraies prises de bec. « Il faut changer les mentalités dès le plus jeune âge », affirme l’ancienne conseillère municipale chargée de la biodiversité, Alizée Maîtrejean. D’autant que le bébé arbre n’est qu’un élément de la pédagogie. « On a montré toute la circularité des végétaux, avec le réemploi du broyat fait sur place… C’est important de faire comprendre ce cycle. »
L’État n’a pas tenu ses promesses budgétaires
Ce type d’initiatives est en grande fragilité économique car au fil des ans et des bouleversements politiques, les promesses de financement se dissipent. En effet, le gouvernement avait fixé en 2023, via le Pacte en faveur de la haie, un objectif clair de +50 000 km de haies pour 2030, et s’engageait à financer cette trajectoire à hauteur de 110 millions d’euros par an, pour au moins trois ans. Las, à peine 79 millions ont été engagés en 2024 puis 45 millions promis dans le projet de loi de finances 2025, selon le Réseau haies France (RHF), qui regroupe pépiniéristes, agriculteurs, associations, chambres d’agriculture et collectivités.
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Si des appels à projets régionaux sont maintenus dans les régions les plus motivées, le dernier budget voté n’accorde que 7 millions d’euros pour la plantation stricto sensu.
L’association Planteurs a bénéficié d’une subvention d’environ 180 000 euros, distribuée par l’Office français de la biodiversité (OFB) en septembre 2024. « Cela nous a permis de lancer la première pépinière et d’identifier d’autres lieux pour en accueillir d’autres », explique Colin Debarbieux. Subventions et mécénat représentent 95 % des ressources de Planteurs, qui dispose d’un budget d’environ 350 000 euros, glanés via des conventions de mécénat avec des partenaires historiques (Clarins, Bouygues…).
Planteurs compte aussi sur les dons de particuliers (environ 5 %). En 2025, les pépinières de Planteurs ont chacune fourni environ 4 000 arbres « En dépit de la baisse des financements, l’objectif est toujours de produire jusqu’à 10 000 arbres par pépinière et par an », affirme Colin Debarbieux.
Notre reportage en photos :