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Forêts

Un ver microscopique perturbe un chantier de ligne à haute tension

Prélèvement dans la zone où les analyses ont été positives au nématode du pin, à Seignosse, par la Draaf.

Le nématode du pin, détecté pour la première fois en France, dans les Landes, a perturbé un chantier contesté de ligne à haute tension. Les opposants demandent son « arrêt total » pour éviter une propagation dans la forêt.

Le nématode du pin, un ver microscopique aux effets dévastateurs sur les conifères, a été détecté pour la première fois en France sur la commune de Seignosse, dans les Landes.

Ce petit ravageur originaire d’Amérique du Nord a déjà sévi au Portugal, où il avait été repéré pour la première fois en 1999, et a depuis entraîné l’abattage de 4 millions d’arbres dans le pays. Depuis 2008, il est également présent en Espagne, pays dans lequel il s’est répandu à la suite des grands incendies de 2017.

En France, les acteurs de la filière forêt craignaient son arrivée. Un premier foyer, détecté lors d’analyses menées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), a été confirmé le 4 novembre par le ministère de l’Agriculture. Il concerne pour le moment quelques arbres de la commune de Seignosse, dans le sud du département des Landes.

Un chantier perturbé

Le lendemain, le 5 novembre, la préfecture du département a publié un arrêté interdisant les travaux forestiers et tout transport de bois ou d’écorce dans un rayon de 20 km autour des arbres infestés. L’objectif visé est de circonscrire le foyer, voire de l’éradiquer. Ainsi, ce petit parasite a eu pour effet d’enrayer partiellement un chantier particulièrement contesté par les associations écologistes locales : le projet de ligne à très haute tension entre la France et l’Espagne.

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Si l’arrivée du nématode du pin n’a pas arrêté l’ensemble du chantier, il a néanmoins contraint le réseau de transport d’électricité (RTE, qui mène le chantier) à stopper les travaux d’abattage des arbres qui étaient en cours sur les communes de Soorts-Hossegor, Seignosse et Capbreton. L’entreprise l’a confirmé à Reporterre en précisant que « cela n’affecte pas la poursuite des autres travaux en cours ».

Ces travaux d’abattage étaient sur la fin, comme l’a constaté Corinne, l’une des membres du collectif Stop THT 40, qui lutte contre le projet : « On est allé voir et les arbres étaient tous fraîchement coupés. »

Un nématode du pin. © Anses/Plateforme ESV

Pour elle et le collectif dont elle fait partie, l’arrêté limitant l’arrêt des travaux au seul déboisement est insuffisant. « Les gros engins qui vont et viennent entre différents lieux de travaux déplacent de la terre, des racines et potentiellement du bois. On demande l’arrêt total et une évaluation scientifique. »

Un scénario écarté par RTE, qui poursuit la construction des chambres de jonction — là où l’on relie les câbles électriques — et l’installation des gaines de protection sur le tracé où passeront les futurs câbles, en réalisant notamment des terrassements en lisière de forêt. De son côté, la direction régionale de l’agriculture et de la forêt (Draaf) assure que ce type de travaux n’a pas d’incidence sur une potentielle contamination, affirmant que seul le transport de bois représenterait un risque dans la zone.

La monoculture accentue la vulnérabilité des forêts

Autre enjeu écologique, le nématode apparaît dans l’un des départements français avec le plus de pins maritimes. Or, dans son arrêté, la préfecture le rappelle : ces résineux sont vulnérables face aux attaques du ver. Elle appelle ainsi à « une vigilance particulière sur les pins qui sont les espèces les plus sensibles à la maladie ».

Le massif forestier des Landes est caractérisé par une monoculture de conifères, principalement du pin maritime, qui s’étend sur des milliers de km². Selon les données communiquées par la préfecture, le rayon de 20 km autour du foyer englobe 36 000 hectares de résineux, « très majoritairement des pins ».

Dans une méta-analyse portant sur plus de 600 études scientifiques, des chercheurs de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), Hervé Jactel et Bastien Castagneyrol, ont mis en évidence que « les forêts mélangées sont généralement plus résistantes aux insectes ravageurs, avec en moyenne 20 % de dégâts en moins que dans les forêts pures ». Si le nématode venait à se répandre dans des forêts en monoculture, la solution serait d’abattre massivement les arbres.

Ce scénario serait un « massacre », soupire Corinne, qui craint que les travaux en cours n’accélèrent le processus et pour qui RTE « joue la montre comme toujours ». Marie Darzacq, présidente du collectif Stop THT 40, en lutte contre ce projet, déplore qu’aucun obstacle ne semble être en mesure d’arrêter le chantier : ni les pollutions constatées par les opposants, ni le manque d’études d’impact environnemental versées au dossier. Elle ne croit pas non plus que le parasite suffira à arrêter les machines, car, rappelle-t-elle : « Aucun tribunal n’a jamais pu statuer sur le fond, RTE a lancé les travaux sans attendre l’avis de la justice. »

Les associations environnementales et les riverains ont fait appel devant le Conseil d’État pour qu’un tracé alternatif soit envisagé par RTE, afin d’épargner les forêts landaises et les fonds sous-marins du golfe de Gascogne.

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