Média indépendant, en accès libre pour tous, sans publicité, financé par les dons de ses lecteurs

En brefSocial

Patagonia, une entreprise pas si vertueuse

La marque éthique Patagonia fait fabriquer ses vêtements dans les mêmes usines que des marques de fast fashion.

Depuis des années, la marque de vêtements de sport Patagonia se présente comme une entreprise vertueuse, grande défenseuse de l’environnement et appliquant un modèle écoresponsable. Elle a été l’une des premières à vouloir améliorer la composition de ses vêtements. En septembre 2022, son fondateur Yvon Chouinard décidait même de léguer son entreprise afin que les bénéfices soient dédiés à la lutte contre le changement climatique.

Pourtant, l’envers du décor est moins reluisant, selon une enquête publiée le 10 juin par le collectif de journalistes Follow the money EU (FTM) qui regroupe des journalistes indépendants hollandais. Une partie des vêtements Patagonia serait fabriquée dans une usine du Sri Lanka qui produit aussi des vêtements pour Primark, Zara ou d’autres marques emblématiques de la fast fashion (mode jetable), révèle le collectif.
« Jusque-là, on n’a pas vraiment vu de différences entre travailler pour Patagonia et travailler pour Primark ou Decathlon », a dit un manager.

De la drogue pour tenir la cadence

FTM s’est entretenu avec des travailleuses et travailleurs, et des dirigeants syndicaux qui ont déclaré que la charge de travail dans les usines était élevée et que les travailleuses étaient harcelées par les cadres. D’après des conversations avec un syndicat, Stand Up Movement Lanka, certains employés auraient même consommé de la drogue pour atteindre les objectifs de production.

Patagonia a pour objectif de verser un « salaire de subsistance » à toutes les personnes travaillant sur ses vêtements d’ici à 2025. À l’heure actuelle, ce n’est le cas que dans 40 % des usines, affirment les journalistes hollandais. « Un fournisseur de Patagonia récemment agréé au Sri Lanka ne verse à ses employés qu’un quart du salaire de subsistance. Patagonia affirme qu’elle n’a aucune autorité sur le montant des salaires des travailleurs du textile, car elle n’est en aucun cas l’employeur de ces travailleurs », détaille FTM. De plus, dans une usine au Vietnam qui travaille avec Patagonia, « des employées ont dit aux enquêteurs qu’elles n’étaient pas autorisées à être enceintes durant les six premiers mois de leur embauche », lit-on dans l’article. D’autres témoignent devoir indiquer la date de leurs règles.

« Des heures supplémentaires excessives omniprésentes dans le monde »

Interrogé par FTM, Patagonia a répondu : « Les heures supplémentaires excessives sont omniprésentes dans le monde, c’est pourquoi elles font l’objet d’audits réguliers. Si nous constatons qu’un problème peut être résolu, nous travaillons avec nos usines partenaires pour mettre en œuvre des solutions durables. Cela peut prendre plusieurs années, mais nous estimons que c’est la meilleure solution pour les travailleurs et l’usine. »

L’entreprise a expliqué qu’elle tentait de combler l’écart entre les salaires et les conditions de vie par le biais de primes associées à son programme avec Fair Trade USA. Des millions de dollars en primes de commerce équitable auraient été versés au Sri Lanka. Dans le monde, plus de 75 000 employés dans dix pays en auraient profité.

Alors que les alertes sur le front de l’environnement continuent en ce mois de septembre, nous avons un petit service à vous demander. Nous espérons que les derniers mois de 2023 comporteront de nombreuses avancées pour l’écologie. Quoi qu’il arrive, les journalistes de Reporterre seront là pour vous apporter des informations claires et indépendantes.

Les temps sont difficiles, et nous savons que tout le monde n’a pas la possibilité de payer pour de l’information. Mais nous sommes financés exclusivement par les dons de nos lectrices et lecteurs : nous dépendons de la générosité de celles et ceux qui peuvent se le permettre. Ce soutien vital signifie que des millions de personnes peuvent continuer à s’informer sur le péril environnemental, quelle que soit leur capacité à payer pour cela. Allez-vous nous soutenir cette année ?

Contrairement à beaucoup d’autres, Reporterre n’a pas de propriétaire milliardaire ni d’actionnaires : le média est à but non lucratif. De plus, nous ne diffusons aucune publicité. Ainsi, aucun intérêt financier ne peut influencer notre travail. Être libres de toute ingérence commerciale ou politique nous permet d’enquêter de façon indépendante. Personne ne modifie ce que nous publions, ou ne détourne notre attention de ce qui est le plus important.

Avec votre soutien, nous continuerons à rendre les articles de Reporterre ouverts et gratuits, pour que tout le monde puisse les lire. Ainsi, davantage de personnes peuvent prendre conscience de l’urgence environnementale qui pèse sur la population, et agir. Ensemble, nous pouvons exiger mieux des puissants, et lutter pour la démocratie.

Quel que soit le montant que vous donnez, votre soutien est essentiel pour nous permettre de continuer notre mission d’information pour les années à venir. Si vous le pouvez, choisissez un soutien mensuel, à partir de seulement 1€. Cela prend moins de deux minutes, et vous aurez chaque mois un impact fort en faveur d’un journalisme indépendant dédié à l’écologie. Merci.

Soutenir Reporterre

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d'une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner
Fermer Précedent Suivant

legende