À Bure, les travaux accélèrent ? Battons-nous contre la poubelle nucléaire

Durée de lecture : 10 minutes

24 septembre 2019 / Une centaine d’organisations, d’associations, et de personnalités publiques

Les auteurs de cette tribune, signée par une centaine de soutiens, appellent à un rassemblement le 28 septembre, à Nancy, contre Cigéo, le site d’enfouissement de déchets nucléaires. « Alors que les travaux vont s’accélérer, c’est maintenant ou jamais », arguent-ils.


Depuis 25 ans, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) souhaite enfouir les déchets radioactifs les plus dangereux dans le sous-sol de Bure, dans la Meuse, au sein de l’installation Cigéo.

Celui-ci va bientôt entrer dans une nouvelle phase. Alors que les travaux vont s’accélérer, c’est maintenant ou jamais qu’il faut nous unir pour y faire barrage !
Le dépôt de la demande d’autorisation de création (DAC) devrait avoir lieu en 2020. L’instruction du projet devrait durer entre deux et trois ans. La construction du centre pourrait donc être autorisée rapidement par un simple décret du gouvernement. La bataille contre la poubelle nucléaire ne pourra pas se gagner uniquement en entravant son cheminement administratif mais en remportant le rapport de force.

À l’heure où le nucléaire collectionne déboires techniques, facture salée et désamour grandissant de la population, le projet Cigéo continue à être présenté comme la « solution » à l’accumulation de déchets radioactifs ingérables. Pourtant, entre impasse technique, échec de démontrabilité scientifique et impossible réversibilité, les risques du projet Cigéo sont énormes. L’Andra ne sait pas y apporter de réponse : ils sont insolubles et inhérents au stockage en profondeur. C’est bien ce qu’avouait dans un langage diplomate l’Autorité de sûreté nucléaire dans son avis sur le dossier d’options de sûreté de Cigéo en 2017.

Cigéo est une aberration technique, financière et n’est pas une solution au problème des déchets radioactifs

Le projet s’annonce également comme un gouffre financier. En grande difficulté, les producteurs de déchets souhaitaient provisionner le moins possible pour leur gestion : par complaisance envers eux, le coût de Cigeo, initialement évalué à 34,5 milliards d’euros par l’Andra elle-même, a été fixé arbitrairement à 25 milliards. Même la Cour des comptes, dans un rapport sorti en juillet 2019, a battu en brèche ce calcul à la baisse. La facture va gonfler, c’est évident. Lorsque les faibles provisions constituées par les producteurs de déchets auront été dévorées par les premiers travaux, demandera-t-on aux contribuables de payer le reste ?

Après deux ans d’inaction, l’offensive de l’Andra pourrait reprendre. Des travaux dits « préparatoires », car ils doivent être réalisés avant la construction du centre, débuteront sur le territoire sans doute dès l’automne 2019. Il s’agit de travaux de grande ampleur pour permettre l’adduction en eau, l’alimentation en énergie de Cigéo, ou encore de la réalisation d’importants travaux ferroviaires et routiers. Une fois ces travaux très coûteux réalisés, la construction de Cigéo apparaîtrait alors comme inévitable.

Cigéo est une aberration technique, financière et en plus ne constitue pas une solution au problème des déchets radioactifs. Or, celles et ceux qui le disent font face depuis deux ans à une répression implacable, d’une ampleur inédite pour une lutte territoriale. Les autorités publiques ont militarisé toute la zone, criminalisé et judiciarisé la lutte pour tenter de paralyser l’opposition au projet. Une instruction pour association de malfaiteurs a été ouverte et empêche dix personnes impliquées de rentrer en relation les unes avec les autres via la mise en place de contrôles judiciaires hautement liberticides. Cet harcèlement vient d’être dénoncé par la Ligue des droits de l’Homme et la Fédération internationale des droits de l’Homme — les rapports peuvent être consultés ici.

Le nucléaire est une filière à bout de souffle, une énergie du passé

On a toutes et tous de bonnes raisons de dire non : 

  • Se mobiliser contre Cigéo, c’est dire non à la fuite en avant que constitue la poursuite de la production de déchets radioactifs ingérables. C’est dire non à une « fausse solution » et à un projet imposé aux impacts sociaux et écologiques démesurés. C’est dire non au rouleau compresseur des autorités qui, après avoir écarté unilatéralement toutes les autres options, présentent ce projet dangereux comme incontournable.
  • Enfin, se mobiliser contre Cigéo, c’est mettre en échec la filière nucléaire qui a besoin d’un exutoire à ses déchets pour pouvoir se relancer. Or, le nucléaire est une filière à bout de souffle, une énergie du passé. Les activités d’extraction de l’uranium se font dans des conditions sociales et écologiques désastreuses depuis des décennies. La transformation de l’uranium ainsi que les activités liées à la production d’énergie nucléaire comme la construction, la maintenance, ou le démantèlement des installations ne sont pas neutres en CO2 en plus d’engendrer d’autres types de pollutions.

On est très loin de l’énergie propre, pas chère et non carbonée vendue par le lobby nucléaire

Avec les risques d’irradiation auxquels ces activités exposent, on est ainsi très loin de l’énergie propre, pas chère et non carbonée à laquelle le lobby nucléaire voudrait nous faire croire ! Les activités nucléaires sont par ailleurs extrêmement vulnérables aux variations de température et notamment aux fortes chaleurs qui empirent leurs effets. Et contrairement à ce que veut nous faire croire le lobby, le nucléaire ne sauvera pas le climat ! Pour sauver le climat, le nucléaire c’est trop tard, trop cher, et trop risqué ! Le nucléaire et Cigéo ne constituent donc en aucun cas une réponse à l’urgence climatique.
 
Samedi 28 septembre, nous serons ensemble à Nancy pour un temps d’envergure nationale. Construisons un front commun et solidaire pour mettre en échec le rouleau compresseur du projet Cigéo.

Nous vous donnons donc rendez-vous à 14 heures sur le Cours Leopold, à Nancy pour le temps fort du week-end, qui promet d’être revendicatif... et un peu décalé !

Pour plus d’infos, le site de Vent de Bure est ici.
L’événement Facebook est ici.

Nous, organisations, associations, personnalités publiques, appelons à converger massivement à Nancy le week-end des 28 et 29 septembre pour la mobilisation Vent de Bure contre le projet Cigéo.

Organisations nationales signataires :

- Agir pour l’Environnement
- ASSO-Solidaires
- Attac France
- Europe Écologie Les Verts
- France Nature Environnement
- Greenpeace France
- La France Insoumise
- Parti Communiste des Ouvriers de France
- RadiAction
- Réseau Sortir du nucléaire
- Réseau Syndical International de Solidarités et de Luttes / International Labour
- Network of Solidarity and Struggles
- SUD Culture Solidaires
- Union Communiste Libertaire
- Union syndicales solidaires
- ZEA earth

Organisations locales signataires :

- Actival
- Association A.P.P.E.L.S.
- Attac-Agen (47)
- Attac-Hauts-Cantons
- Attac-Jura (39)
- Attac-Vosges
- Bure stop 55
- Cacendr - Collectif d’action contre l’enfouissement des déchets radioactifs
- CAPEN 71, fédération départementale des associations environnementales de Saône & Loire (17 associations locales), membre de FNE Bourgogne Franche Comté
- Cedra - Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs
- Collectif CHANG (Halte au nucléaire - Gard)
- Comité de soutien Bure-Lilleradiée
- Comité de soutien Bure-Longwy
- Comité de soutien Bure-Mulhouse
- Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin (CSFR)
- Confédération Paysanne Grand-Est
- Confédération Paysanne des Vosges (88)
- Destocamine
- Droit au Soleil pour chaque habitat
- Eodra - Elu-es opposé-es à l’enfouissement des déchets radioactifs
- Ensemble ! 54
- Fédération des syndicats SUD Education
- France Nature Environnement (FNE) Bourgogne Franche Comté
- France Nature Environnement (FNE) Grand-Est
- Génération.s Grand Nancy
- Gudmont Dit Non
- GSE (Grésivaudan sud ecologie)
- L’eau qui mord
- Ligue des Droits de l’Homme (LDH) section Nancy
- Meuse Nature Environnement
- Mouvement Utopia
- NPA 38 (Nouveau Parti Anticapitaliste Isère)
- SNUPFEN-solidaires (Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l’espace naturel) Lorraine
- Solidaires 54
- Solidaires Moselle
- Sortir du nucléaire Berry-Giennois- Puisaye <sdn-berry.puisaye@orange.fr>
- Sortir du nucléaire Isère (SDN 38)
- Sortir du nucléaire Paris
- Sortir du nucléaire Sarthe (SDN 72)
- Sud Education Alsace
- THUR ECOLOGIE & TRANSPORTS
- UCL Nancy (groupe Union Communiste Libertaire de Nancy)

Personnalités publiques :

- Manon Aubry, députée européenne
- Clémentine Autain, députée LFI de la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis
- Julien Bayou, porte-parole national d’EELV
- Ugo Bernalicis, député LFI de la 2e circonscription du Nord
- Manuel Bompard, député européen
- Jo Briant, Centre d’Information Inter-Peuples
- Jean-Marie Brom, Directeur de Recherches CNRS, Responsable du secteur "Energies" de la France Insoumise
- Cyril Brulé, Architecte, Vice-Président du Parc Naturel Régional du Morvan
- Leila Chaibi, députée européenne
- Eric Coquerel, député LFI de la 1re circonscription de la Seine-Saint-Denis
- Alexis Corbière, député LFI de la 7e circonscription de la Seine-Saint-Denis
- David Cormand, secrétaire national d’EELV, député européen
- Danakil, groupe de musique
- Raphaël Darley, porte parole de l’Association pour la Restauration et la Protection de l’Environnement Naturel du Tonnerrois (ARPENT)
- Michel Dubromel, président de France Nature Environnement
- Caroline Fiat, députée LFI de la 6e circonscription de Meurthe-et-Moselle
- Cécile Germain-Ecuer et Mickaël Kugler, Co-secrétaires régionaux d’Europe Ecologie - Les Verts Alsace
- Kolin Kobayashi, Journaliste indépendant
- Bastien Lachaud, député LFI de la 6e circonscription de Seine-Saint-Denis
- Michel Larive, député LFI de la 2e circonscription d’Ariège
- Emmanuel Maurel, député européen
- Jean-Luc Mélenchon, député LFI de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône
- Danièle Obono, députée LFI de la 17ᵉ circonscription de Paris
- Les Ogres de Barback, groupe de musique
- Younous Omarjee, député européen
- Mathilde Panot, députée LFI de la 10e circonscription du Val-de-Marne
- Anne-Sophie Pelletier, députée européenne
- Isabelle Péguin, membre du Collectif Halte aux nucléaires Gard
- Loic Prud’homme, député LFI dans la 3ᵉ circonscription de la Gironde
- Adrien Quatennens, député LFI de la 1re circonscription du Nord
- Jean-Hugues Ratenon, député LFI de la 5e circonscription de la Réunion
- Sandra Regol, porte-parole d’EELV
- Muriel Ressiguier, députée LFI de la 2e circonscription de l’Hérault
- Yannick Rousselet, chargé de campagne climat/énergie à Greenpeace
- Sabine Rubin, députée LFI de la 9e circonscription de Seine-Saint-Denis
- François Ruffin, député LFI de la 1re circonscription de la Somme
- Arnaud Schwartz, membre du Comité économique et social européen)
- Bénédicte Taurine, députée LFI de la 1re circonscription d’Ariège
- Toshiko Tsuji, association Yosomono net France
- Florence Vallin-Balas, Maire de Cognin en Savoie



Lire aussi : Le surcoût caché des déchets nucléaires : 18 milliards d’euros

Source : Courriel à Reporterre

Photos : Page Facebook Bure à cuire

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

DOSSIER    Déchets nucléaires Nucléaire

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