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Alternatives

Caravanes, tiny houses... En Bretagne, on teste les hameaux légers

Antoine Marin, adjoint au maire à Trémargat (Côtes-d’Armor), devant son habitat léger.

L’objectif « zéro artificialisation nette », fixé à 2050, va limiter les hectares disponibles à la construction. En Bretagne, des communes lancent des projets d’habitat d’un nouveau genre : les hameaux légers.

Commana (Finistère), reportage

Sous un ciel brumeux, quatre silhouettes s’activent sur un terrain de Commana, une commune rurale de 1 000 habitants, bordée des landes de bruyère si caractéristiques du Massif armoricain. Blandine, Yann, Pierre et Benild montent des serres et aménagent cet ancien camping de 4 000 m² sur lequel ils s’établiront bientôt en yourte, cabane, tiny house, caravane… « Si tout va bien, on sera installé cet été », dit Yann, un trentenaire qui prévoit de reprendre la crêperie communale, qui a baissé le rideau.

Au départ, tous ne se connaissaient pas. Certains se sont rencontrés sur le terrain, à l’occasion d’un week-end organisé par l’association Hameaux légers, qui accompagne la mairie dans la mise en place du projet. D’autres ont rejoint l’histoire plus tardivement, réunis par l’envie de vivre en collectif. Leur aspiration a rencontré celle de la mairie de Commana, qui s’est lancée dans le projet en 2020 : « On cherchait à redynamiser la vie locale en attirant une nouvelle population, raconte Fanny Saint-Georges, adjointe au maire de la commune. C’est à ce moment-là qu’on a rencontré l’association Hameaux légers. On a été emballés. »

Blandine, Yann, Pierre et Benild montent une serre pour le hameau léger de Commana. © Éric Legret / Reporterre

L’association a proposé à l’équipe municipale de mettre un terrain communal à disposition d’un collectif de riverains, afin qu’ils s’y installent en habitat léger gravitant autour d’un bâtiment commun où certains espaces et services (machines à laver, cuisine…) sont mutualisés. « Les habitants sont propriétaires de leur habitat, mais pas du terrain. C’est la mairie qui le détient et le loue sous un bail emphytéotique de longue durée », explique Xavier Gisserot, cofondateur de l’association Hameaux légers, qui vit dans le premier hameau léger breton, installé dans la commune de Saint-André-des-Eaux (Côtes-d’Armor).

« L’habitat léger est une des solutions »

Cette formule a séduit l’équipe municipale de Commana, sensible à l’écologie et dans un contexte où l’objectif zéro artificialisation nette (ZAN) — interdire toute artificialisation nette d’ici à 2050 — va réduire le foncier disponible pour la construction : « Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y a pas de fondations. Si ces habitats légers s’en vont, on retrouvera le terrain quasi intact. Il n’y a pas d’artificialisation du sol, explique Fanny Saint-Georges. Avec la loi ZAN, il va falloir densifier, il ne sera plus possible d’avoir chacun une maison avec un grand terrain. Dans le dernier projet de lotissement classique à Commana, on était à 750 m² pour chaque lot individuel contre 200 m² avec le projet d’habitat léger. Les lots sont petits, mais cette initiative permettra de réaliser qu’il est possible de vivre avec, surtout en mutualisant les espaces. »

La mutualisation est à la base de ces projets. La mise en commun de certains espaces et services diminue les surfaces bétonnées. Un exemple : le parking. « Dans les lotissements classiques, chaque maison a son jardin, son garage, son parking bétonné. Dans le hameau, il y a un parking commun à l’entrée, ça mange moins d’espace », dit Xavier Gisserot. Le hameau léger de Commana, qui est lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt « démonstrateurs de la ville durable : habiter la France de demain », porté par la Banque des territoires dans le cadre du plan France 2030, a inspiré d’autres communes, comme sa voisine, Botmeur.

Entrée du terrain du hameau léger de Commana. © Éric Legret / Reporterre

« On a été à Commana en juin 2023, quand l’association Hameaux légers a organisé un week-end de présentation de prototypes d’habitats légers, raconte Éric Prigent, maire de Botmeur, une commune de 200 âmes, dont 50 % du territoire est en zone humide. Ça nous a permis de nous projeter. On a tous en tête, dans les monts d’Arrée, des gens en habitats légers installés sur des terrains non constructibles. Mais là, c’est structuré. C’est vraiment l’alternative à la construction classique, mais légale, dans les clous. »

Pour les communes bretonnes, ce dispositif donne aussi la possibilité d’encadrer le phénomène grandissant des habitats légers : la plupart illégaux, établis sur des terrains non constructibles. Leurs occupants font souvent ce choix par conviction politique mais aussi par nécessité économique dans un contexte immobilier tendu en Bretagne.

Un habitat léger en centre Bretagne. © Éric Legret / Reporterre

La crise du logement, alors que le foncier va se réduire comme peau de chagrin, est une des raisons qui ont poussé les élus de Plouigneau à regarder du côté de l’habitat léger. Cette commune de 5 000 habitants, proche de Morlaix, a choisi d’implanter un hameau léger sur un terrain proche du centre, où se dresse une imposante bâtisse du début du XXe siècle, qui servira de bâtiment commun.

« Avec la loi ZAN, on ne consommera plus de foncier comme on l’a fait. Ce n’est pas une mauvaise chose, dit Joëlle Huon, la maire de Plouigneau. Je suis agricultrice bio, je pense qu’il faut préserver les terres agricoles pour la production. L’étalement urbain, avec le modèle de la maison individuelle et du jardin, ça date des années 1970. Aujourd’hui, il faut repenser les choses tout en trouvant des solutions pour permettre aux personnes de se loger. L’habitat léger est une des solutions. »

Cette bâtisse du début du XXe siècle servira de bâtiment commun au hameau léger de Plouigneau. © Éric Legret / Reporterre

Des effets réversibles sur les sols

Peu gourmand en foncier et d’un prix accessible, le hameau léger séduit déjà de nombreuses municipalités : « Aujourd’hui, en Bretagne, on accompagne douze communes dans la création d’un hameau, et il y a de plus en plus de demandes », dit Xavier Gisserot. Si cela constitue une alternative intéressante, ce n’est pas la solution miracle aux problématiques posées par la loi ZAN.

« Aujourd’hui, le comptage de l’artificialisation s’appuie sur des données de fichiers fonciers qui ne font pas de distinction entre un habitat ayant des fondations profondes ou une dalle en béton, et un qui n’en a pas », explique Loïc Guilbot, responsable du groupe projets de territoire et aménagement à la direction ouest du Cerema, un établissement public chargé de l’évaluation du projet de l’association Hameaux légers à Commana.

Toutefois, ce dispositif est amené à évoluer : « À partir de 2031, le comptage se fondera sur l’OCS GE [occupation du sol à grande échelle], une base de données gérée par l’IGN [Institut national de l’information géographique et forestière]. Le seuil pour la détection du bâti sera alors à 50 m². Ça peut être positif pour les habitats légers, qui ont souvent des emprises au sol unitaires inférieures à 50 m². Cela ne fera toujours pas entrer en compte l’impact sur les sols », dit Loïc Guilbot. Or, les dommages sur les sols d’un habitat léger sont moindres, et réversibles, contrairement à ceux d’un immeuble en béton.

Une habitante du centre Bretagne devant son habitat léger. © Éric Legret / Reporterre

Certains élus revendiquent la prise en compte des conséquences des habitats sur les sols : « On devrait introduire une gradation, dit Antoine Marin, adjoint au maire à Trémargat (Côtes-d’Armor), une commune du centre de la Bretagne engagée dans un projet de hameau léger. Une maison traditionnelle, avec des fondations en béton, ça n’a pas du tout le même impact sur le sol qu’un habitat sans fondations. »

Le Cerema étudie justement la question : « Aujourd’hui, il y a peu d’études sur l’impact des habitats réversibles sur les sols, dit Loïc Guilbot. Le Cerema observe donc le projet de l’association Hameaux légers à Commana. On a réalisé un état des lieux de la faune, de la flore et du sol avant l’arrivée du hameau, et on va suivre jusqu’en 2026 leur évolution avec l’installation des habitants. »

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