Covid-19 : les autorités privilégient les grandes surfaces au détriment de la vente directe

Durée de lecture : 5 minutes

18 mars 2020



À l’heure de l’épidémie du Covid-19, les circuits courts et les marchés en plein air sont-ils logés à la même enseigne que les grandes surfaces ? Beaucoup de petits producteurs et d’agriculteurs en doutent et ont fait part au gouvernement de leur inquiétude : à la suite des mesures coercitives prises par les autorités, de nombreux marchés ont été interdits par des préfectures ou par les mairies. Le cadre des Amap ou des points de vente à la ferme n’est pas non plus clairement établi. Une situation qui pourrait privilégier les grands acteurs de l’agroalimentaire, comme Carrefour ou Leclerc, au détriment de la vente directe, alertent plusieurs producteurs.

Déjà, il y a deux semaines, avant le confinement, la Confédération paysanne du Morbihan s’interrogeait, dans un communiqué sur « la rationalité d’interdire les marchés de plein vent, espaces par définition non confinés, tout en laissant ouverts les supermarchés, où les concentrations de populations peuvent être bien supérieures. En quoi est-il plus dangereux d’aller s’approvisionner sur les marchés, auprès des producteurs locaux, que dans les supermarchés ? Quelles raisons justifient une telle différence de traitement ? »

Le syndicat soulignait « le manque à gagner pour les producteurs », notamment en agriculture biologique, dont l’écoulement se fait plus régulièrement par la vente directe. Contacté par Reporterre, le porte-parole de la Confédération paysanne, Nicolas Girod, ne comprend pas pourquoi les mesures sanitaires prises pour les grandes surfaces ne pourraient pas être mises en place pour les circuits courts. « J’ai le sentiment que les autorités ont oublié la vente directe. Dans l’urgence ils se sont préoccupés d’abord des modes de vente conventionnels », dit-il.

La Confédération paysanne de l’Isère a vu plusieurs marchés se fermer, relate-t-elle dans un courriel à Reporterre. « Échirolles, Mens, Grenoble : que faire quand nos animaux sont en pleine lactation et qu’on ne produit que du yaourt ? que faire quand nos légumes sont mûrs et donc récoltables ? » se demandent les paysans.

Selon Nicolas Girod, « la crise sanitaire doit pourtant nous faire prendre conscience de la nécessité de relocaliser notre alimentation. Il nous faut être capables, sur des territoires donnés, de produire, de transformer et de nous nourrir. Il faut s’en donner les moyens pendant la crise et après ».

Dans un communiqué, le syndicat agricole pense même que la vente directe pourrait faire partie de la solution face à la contamination du virus. Car actuellement, « nos systèmes alimentaires font appel de plus en plus à des intermédiaires et à du transport longue distance. Notre dépendance à des territoires lointains est grande, elle expose les travailleurs et travailleuses de cette chaîne à la contamination par ce virus. »

À l’inverse, les circuits courts ont, d’après eux, « l’avantage de la proximité et de la résilience en cas de crise. Ils évitent la concentration des points de vente et permettent aux producteurs et productrices locaux de continuer à vivre de leur métier. Nous avons mutuellement besoin l’un de l’autre, producteurs, productrices et mangeurs, mangeuses. Paysans et paysannes, nous sommes prêts à contribuer aux solidarités collectives qui doivent se mettre en œuvre pour nourrir, notamment les plus fragiles et précarisés d’entre nous. Nous sommes à disposition pour envisager toutes les chaînes de solidarité locales en ces moments difficiles. En échange, les pouvoirs publics doivent soutenir et protéger les paysans et paysannes, et autres acteurs de la chaîne alimentaire.C’est pourquoi nous vous encourageons à maintenir vos approvisionnements sur nos fermes tout en respectant les mesures de sécurité ».

  • Source : Reporterre
  • Photo : le marché paysan de Boulogne-sur-Mer, en septembre 2010. Flickr (Jean-Luc Bailleul/CC BY 2.0)

Puisque vous êtes ici…
… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.
Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute, ici. Merci.





Lire aussi : L’État laisse les grandes surfaces tuer les centres-villes


21 octobre 2020
Monsanto définitivement reconnu coupable des dommages causés à l’agriculteur Paul François
Lire sur reporterre.net
21 octobre 2020
L’entreprise Nokia va déployer la 4G sur la Lune
Lire sur reporterre.net
21 octobre 2020
Le gouvernement suspend l’utilisation des masques Dim
Lire sur reporterre.net
21 octobre 2020
Avec l’uranium appauvri, le volume des déchets radioactifs français grossit encore, estime l’ASN
Lire sur reporterre.net
21 octobre 2020
La pollution de l’air coûte 943 euros par an et par Français
Lire sur reporterre.net
20 octobre 2020
Agriculture, urbanisation : le déclin de la biodiversité se poursuit en Europe
Lire sur reporterre.net
20 octobre 2020
Ardèche : la préfète limite l’affluence dans les marchés, mais pas dans les grandes surfaces
Lire sur reporterre.net
20 octobre 2020
L’Anses va expertiser les masques à la zéolithe d’argent et de cuivre
Lire sur reporterre.net
19 octobre 2020
A Montpellier, une Maison des résistances contre un projet routier
Lire sur reporterre.net
16 octobre 2020
"Nous refusons le couvre-feu", écrivent des « cerveaux non disponibles »
Lire sur reporterre.net
16 octobre 2020
Les professionnels de plus en plus exposés aux rayons ionisants en France
Lire sur reporterre.net
16 octobre 2020
Les sans-papiers en marche vers l’Élysée
Lire sur reporterre.net
15 octobre 2020
Les gendarmes ont expulsé la Zad du Village du Peuple, près de Saint-Nazaire
Lire sur reporterre.net
14 octobre 2020
Première action du collectif La Ronce contre les lobbies du sucre
Lire sur reporterre.net
14 octobre 2020
L’expansion du commerce en ligne pourrait détruire plus d’un million d’emplois aux États-Unis
Lire sur reporterre.net


DOSSIER    Alimentation Covid-19

THEMATIQUE    Agriculture
21 octobre 2020
Contre les Center Parcs « qui veulent remplacer la nature », les opposants se regroupent
Reportage
17 octobre 2020
On traite les pauvres comme on traite la nature : mal
Tribune
21 octobre 2020
Au prétexte du Covid, toujours plus de jetable et de gâchis à l’hôpital
Enquête


Dans les mêmes dossiers       Alimentation Covid-19



Sur les mêmes thèmes       Agriculture