Croire, malgré elle, à la justice

Durée de lecture : 2 minutes

22 octobre 2018 / Hervé Kempf (Reporterre)



Reporterre soutient la procédure judiciaire engagée avec d’autres par une de ses journalistes contre les violences policières.

Ce qu’on appelle communément « la justice » — il s’agit en fait de l’institution judiciaire — est une loterie. Trop souvent, des causes évidentes donnent lieu à des jugements manifestement injustes, tandis que nombre de procédures d’instruction subissent un enterrement décourageant. On pense ici aux nombreux cas d’homicides causés par les violences policières, à commencer par le cas d’Adama Traoré — où tout serait clos sans l’action déterminée du collectif de soutien à ne pas lâcher l’affaire — ou celui de Rémi Fraisse, qui s’est conclu par un non-lieu. Sur des dossiers moins dramatiques, on observe souvent des jugements aberrants, comme dans le GCO, où le tribunal administratif, tout en reconnaissant « un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée », a quand même donné l’autorisation de poursuivre les travaux. Comme à Bure, aussi, où les opposants subissent un harcèlement policier, mais aussi judiciaire, jusqu’au point où le tribunal juge une personne sans la prévenir. On pourrait poursuivre ainsi une longue énumération.

En élargissant le propos, il faut constater que des pivots de la machine juridique, tel que le Conseil d’État, prennent systématiquement le parti des bétonneurs, au nom d’une conception surannée de l’intérêt général. Ou plus encore, souligner que dans la dérive oligarchique des démocraties occidentales que nous éprouvons depuis une vingtaine d’années, les magistrats, qui appartiennent aux classes dirigeantes, et dont l’indépendance est en France très limitée, sont spontanément enclins à défendre d’abord le parti de l’autorité.

Il n’en faut pas moins encore et encore rappeler les exigences de justice, revendiquer l’exactitude des faits, demander la reconnaissance des responsabilités. Espérer que la machine judiciaire se remette droit, et fasse le travail de vérité qui est dans son principe idéal. Œuvrer pour éviter qu’il ne reste pas aux citoyennes et citoyens le seul recours à la résistance violente. C’est pourquoi Reporterre, qui informe avec effroi depuis des années sur les violences policières, soutient la démarche entreprise par une de ses journalistes, Marie Astier. Celle-ci, victime lors d’un reportage à Notre-Dame-des-Landes d’une grenade GLI-F4, a décidé avec d’autres de lancer une procédure judiciaire, dont la première étape est la demande d’une expertise. L’enjeu : obliger l’État à la transparence dans son emploi d’armes très dangereuses contre des manifestants, et établir sa responsabilité.





Lire aussi : Des victimes de la grenade GLI-F4 - dont une journaliste de Reporterre - lancent une procédure judiciaire

Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo : Palais de justice de Paris en 2016 (© Hervé Kempf/Reporterre)

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