Dauphins, grenouilles... Les populations d’animaux sauvages se sont effondrées
La baisse moyenne des populations de vertébrés d’eau douce suivies par le WWF s'élève à 85 % - Flickr / CC BY-NC 2.0 / Andrew DuBois
La baisse moyenne des populations de vertébrés d’eau douce suivies par le WWF s'élève à 85 % - Flickr / CC BY-NC 2.0 / Andrew DuBois
Durée de lecture : 5 minutes
Ces 50 dernières années, la taille moyenne des populations d’animaux sauvages suivies par le Fonds mondial pour la nature (WWF) a diminué de 73 %. Voici 3 chiffres du rapport « Planète vivante » pour saisir l’ampleur de la crise.
C’est une « alarmante régression qui nous rapproche aujourd’hui dangereusement de points de bascule écologiques ». Moins de deux semaines avant le début de la COP16 sur le vivant à Cali (Colombie), et alors que les reculs en matière de biodiversité se multiplient — coupes budgétaires pour l’écologie en France, report du règlement sur la déforestation importée en Europe —, le rapport « Planète vivante » du WWF, dévoilé jeudi 10 octobre, sonne comme un cri d’alerte. Tour d’un horizon catastrophique en trois chiffres.
-
Vertébrés sauvages : -73 %
Entre 1970 et 2020, la baisse moyenne des populations de vertébrés sauvages terrestres, marins et d’eau douce suivies par l’ONG a atteint 73 %. Autrement dit, il y a de moins en moins d’animaux. Pour obtenir ce chiffre, le WWF a bâti il y a vingt-cinq ans avec l’appui de la Société zoologique de Londres « l’indice planète vivante » (IPV). Pour l’édition 2024, il reflète l’évolution de près de 35 000 populations de 5 495 espèces. [1]. La taille des populations de vertébrés terrestres a baissé de 69 %, celle des populations de vertébrés marins de 56 %.
« La première cause de ces déclins est le changement d’usage des sols, explique Yann Laurans, directeur des programmes biodiversité au WWF France. Il faut de la place pour nourrir le bétail humain, place qu’on prend sur la forêt. » Viennent ensuite la surexploitation des ressources — forêt, pêche —, le changement climatique, les pollutions et notamment celles liées aux pesticides, les espèces invasives et les maladies.
-
Vertébrés d’eau douce : -85 %
La baisse moyenne des populations de vertébrés d’eau douce s’élève à 85 %. « Traditionnellement, ce sont les populations qui vont le plus mal : amphibiens — grenouilles, tritons, crapauds — et bien sûr poissons. C’est lié à la régression des zones humides à l’échelle mondiale », explique Yann Laurans. La pression des activités humaines sur ces milieux est intense. « En France, 60 % de l’eau douce va à l’agriculture, et jusqu’à 80 % au mois d’août, par exemple pour l’irrigation du maïs fourrage », alerte Véronique Andrieux, directrice du WWF France. L’ONG a publié pour la première fois en mai dernier un rapport « Pour des rivières vivantes », qui documente le déclin des espèces des cours d’eau français.
« En France, 60 % de l’eau douce va à l’agriculture »
À l’échelle mondiale, les poissons d’eau douce migrateurs ont vu leur population chuter de 81 %. Parmi les victimes emblématiques de cette désertion silencieuse, le Saumon chinook du fleuve Sacramento en Californie, aux États-Unis, dont la population s’est réduite de 88 % entre 1970 et 2022. Bloqués par des barrages qui empêchent l’accès à leur lieu de ponte historique, affaiblis par de faibles niveaux d’eau et des températures plus chaudes à cause du changement climatique, ils dépendent désormais pour leur survie de lâchers d’eau froide par des barrages amont.
-
Vertébrés d’Amérique latine et des Caraïbes : -95 %
L’Amérique latine et les Caraïbes constituent la région du monde la plus concernée par l’effondrement de la biodiversité. En cause, la conversion des prairies, des forêts et des zones humides, la surexploitation des espèces et l’introduction d’espèces exotiques. Et aussi, plus qu’ailleurs, le changement climatique. « Il a été démontré, par exemple, que le changement climatique a exacerbé les effets d’un champignon dévastateur affectant certaines espèces d’amphibiens d’Amérique du Sud et, dans des habitats relativement peu perturbés, qu’il pourrait être à l’origine du déclin de certains oiseaux de la forêt amazonienne », lit-on dans le rapport du WWF.
Le réchauffement des températures a également contribué à la réduction des populations de dauphins roses (-65 % entre 1994 et 2016) et de sotalies de l’Amazone — un des plus petits dauphins du monde (-75 %). En 2023, plus de 330 dauphins de rivière sont morts dans deux lacs seulement, pendant une vague de chaleur et de sécheresse extrêmes.
Les vertébrés s’effondrent aussi ailleurs. En Afrique (-76 %), Asie et Pacifique (-60 %), Amérique du Nord (-39 %) et Europe et Asie centrale (-35 %). « Cela ne signifie pas pour autant que la situation est plus grave au sud qu’au nord, précise Yann Laurans. Simplement, dans l’hémisphère nord, la chute de la biodiversité a commencé plus tôt que dans l’hémisphère sud. »
7 000 MILLIARDS DE DOLLARS DÉPENSÉS... CONTRE L’ENVIRONNEMENT
Chaque année, 6 400 milliards d’euros sont alloués à des activités qui alimentent la crise de la nature et du climat, selon le WWF. En comparaison, 200 milliards seulement sont consacrés aux solutions fondées sur la nature, pour protéger et restaurer la biodiversité. « En Europe, les subventions dommageables pour la nature ont été chiffrées entre 34 et 48 milliards d’euros par an, précise Véronique Andrieux. Pour un euro investi dans la biodiversité, entre 5 et 10 euros financent des activités destructrices. »
L’engagement pris par la communauté internationale de financer la protection de la biodiversité dans les pays du Sud à hauteur de 20 milliards de dollars par an n’a pas été respecté : « D’après l’OCDE, nous n’en étions qu’à 15 milliards en 2022 », rapporte la directrice du WWF.
La COP16 sur la biodiversité sera-t-elle l’occasion de rectifier le tir ? L’an dernier, la COP15 avait abouti à l’objectif de protéger 30 % des terres du globe. Mais le « NBC Tracker », outil développé par le WWF pour faire le point sur les engagements nationaux pour la biodiversité présentés en amont de la conférence mondiale, ne laisse guère de place à l’optimisme.
« On voit qu’à peine une vingtaine de pays ont présenté leur stratégie et que leur qualité est défaillante : les cibles ne sont pas chiffrées ni datées, les moyens alloués ne sont pas à la hauteur, certaines pressions humaines ne sont pas du tout intégrées », soupire Véronique Andrieux.