Un solvant toxique dans nos assiettes : controverse sur l’alerte à l’hexane
L'hexane, un neurotoxique avéré, a été retrouvé dans de l'huile d'olive, mais pas de manière généralisée. - Pexels/CC/RDNE Stock project
L'hexane, un neurotoxique avéré, a été retrouvé dans de l'huile d'olive, mais pas de manière généralisée. - Pexels/CC/RDNE Stock project
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De l’hexane, un neurotoxique avéré, a été retrouvé dans des aliments, mais pas de manière généralisée, selon l’UFC-Que choisir. Elle pointe l’action, en sous-main, d’un industriel ayant intérêt à dénoncer cette substance.
L’alerte a été grandement relayée dans les médias en 2025. Notre alimentation serait largement contaminée par l’hexane, un solvant dérivé du pétrole utilisé dans l’industrie pour l’extraction de l’huile. Tour à tour, une étude publiée par Radio France, un livre du journaliste d’investigation Guillaume Coudray et un rapport de Greenpeace ont dénoncé les risques liés à cette substance à effet neurotoxique, et sa présence dans l’huile, le beurre, le lait et la viande.
Faut-il s’inquiéter ? L’association de consommateurs UFC-Que choisir n’en est pas convaincue. Peu suspecte de complaisance vis-à-vis des pratiques de l’industrie agroalimentaire, elle publie une contre-enquête fouillée dans son magazine de janvier. Elle y pointe des conflits d’intérêts ayant pu gonfler l’alerte et questionne la crédibilité de certaines analyses. Le titre en couverture du magazine va jusqu’à mentionner « une manipulation ».
Une contamination présente, mais pas généralisée
L’UFC-Que choisir a mené ses propres tests. À rebours des autres études, elle n’a trouvé de traces d’hexane que dans 2 produits sur 72 analysés. Qui a tort ? Qui a raison ? Sans nier les difficultés propres à ce type d’analyses (méthodologie, choix du laboratoire, limites de détection…), Elsa Abdoun, autrice de l’enquête, résume : « Nous ne disons pas qu’il n’y pas d’hexane dans l’alimentation, mais les données publiées pour conclure à une contamination très large ne semblent ni fiables ni cohérentes. »
L’enquête s’étonne par exemple que les études concurrentes aient largement détecté de l’hexane dans de l’huile d’olive, dont la production ne nécessite pas ce type de solvant. L’UFC-Que choisir penche soit pour des contaminations accidentelles, par exemple pendant l’emballage, soit pour des erreurs d’analyse.
Ses doutes sont renforcés par le rôle d’une société commerciale dans l’ampleur prise par l’alerte. Selon l’enquête, certaines des études sur l’hexane ont reçu le soutien direct ou indirect d’EcoXtract, une entreprise développant un solvant concurrent, et de la société qui avait développé le projet avant elle, Pennakem Europa. Cette dernière serait aussi derrière la demande de réévaluation officielle de la sécurité de l’hexane — procédure lancée fin 2024 par l’Autorité européenne de sécurité des aliments.
Un neurotoxique avéré
Derrière l’alerte sanitaire, un banal affrontement commercial ? « Que des acteurs privés se saisissent d’un sujet pour proposer des alternatives n’a rien de surprenant. Cela ne délégitime pas l’alerte pour autant », commente Sandy Olivar Calvo, chargée de campagne agriculture à Greenpeace, qui précise ne pas soutenir l’utilisation de solvants concurrents. Elle estime que « l’émergence de l’hexane dans le débat public » est surtout due « au travail coordonné des lanceurs d’alerte », dont Greenpeace.
Dans son livre, Guillaume Coudray retrace les premières alertes sur les effets toxiques de l’hexane, qui remontent à plus de quinze ans. « Il serait absurde de faire croire que les connaissances sur l’hexane ont commencé à faire surface depuis seulement 2020 à l’initiative exclusive d’un ou deux acteurs industriels ou académiques », commente-t-il auprès de Reporterre. Greenpeace comme Guillaume Coudray soulignent ne pas avoir accès aux détails méthodologiques des analyses de Que choisir.
Si l’enquête du magazine consumériste remet en cause l’ampleur de la contamination de nos aliments, elle ne blanchit pas l’hexane, bien au contraire : « C’est un neurotoxique avéré dont l’évaluation des risques par les autorités européennes est obsolète, souligne Elsa Abdoun. Le vrai scandale est qu’il ait fallu des intérêts économiques pour faire avancer le sujet. »
Pour elle, ce coup de projecteur sur l’hexane doit être l’occasion de s’intéresser aux centaines « d’autres molécules utilisées comme auxiliaires technologiques par l’industrie agroalimentaire, et dont certaines sont au moins aussi problématiques ».