123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

Europe

Élections européennes : qui sont les bons (et les mauvais) élèves de l’écologie ?

L'évaluation s’appuie sur les votes individuels des eurodéputés, lors des examens de trente textes de lois européens.

Le Réseau Action Climat distribue les bons et mauvais points. Le 9 avril, la fédération d’associations environnementales a publié un « décryptage » des votes des eurodéputés français durant ce mandat.

À deux mois des élections européennes, qui se tiendront en France le 9 juin, une coalition de cinq ONG [1] a étudié les groupes politiques qui ont soutenu les lois du Pacte vert, relatives à l’écologie, au climat et à la biodiversité, et ceux qui ont tenté d’en saper les ambitions ces dernières années. Elles rendront leurs résultats complets le 15 avril. En avant-première, le Réseau Action Climat (RAC) a dévoilé le 9 avril un premier bilan des votes des eurodéputés français.

« Il y a des partis qui ont été moteur dans [l’adoption de ce] Pacte vert », observe Anne Bringault, directrice des programmes au RAC. Elle cite sans surprise les Écologistes français, qui appartiennent au groupe des Verts/Alliance libre européenne. Le Parti socialiste et Place publique (groupe Alliance progressiste des socialistes et démocrates) se voient aussi attribuer une bonne note, tout comme la France insoumise (groupe de la Gauche au Parlement européen).

Anne Bringault évoque aussi des partis « girouettes, qui ont parfois voté dans la bonne direction, parfois dans une direction inverse » : les partis de la majorité présidentielle (Renaissance, Horizons, MoDem, qui appartiennent au groupe Renew Europe).

Enfin, Les Républicains (groupe Parti populaire européen), le Rassemblement national (groupe Identité et démocratie) et Reconquête (groupe Conservateurs et réformistes européens) sont qualifiés de partis « bloqueurs ».

Notes de 0 à 100

Cette évaluation s’appuie sur les votes individuels des eurodéputés, lors des examens de trente textes de lois européens. Prenons l’exemple de celui, adopté en mars 2023, visant à mettre fin à la vente des voitures neuves à moteur diesel et essence d’ici à 2035. Le RAC attribue la note médiocre de 0 sur 100 aux Républicains, à Reconquête et au Rassemblement national ; tandis qu’il encense Les Écologistes, le Parti socialiste et Place publique avec la note maximale.

« La pression des industriels et plusieurs amendements déposés par le Parti populaire européen et Renew Europe auraient pu conduire à son affaiblissement, notamment la proposition d’un objectif de 90 % de réduction des émissions du secteur automobile en 2035, ou la proposition de créditer les biocarburants et les carburants de synthèse dans la comptabilisation des objectifs de réduction des émissions de CO2 », indique le rapport du RAC.

Les Écologistes français sont en tête du classement réalisé par Réseau Action Climat. © Mathieu Génon / Reporterre

Autre exemple : en septembre 2022, le Parlement européen a voté pour la révision de la directive sur les énergies renouvelables, appelant l’Union européenne à adopter un objectif de 45 % de déploiement des énergies renouvelables d’ici à 2030.

« Sur ce texte, développe le RAC, les eurodéputés sont évalués positivement s’ils ont voté : pour la mise en place d’objectifs nationaux contraignants de réduction d’émissions de gaz à effet de serre au niveau national, et d’un objectif de 50 % d’énergies renouvelables ; pour la suppression progressive de l’aide aux biocarburants d’origine végétale ; pour l’élimination immédiate de la palme et du soja ; et contre l’amendement qui visait à augmenter de manière détournée le volume de bois récolté directement en forêt pouvant prétendre au statut d’énergies renouvelables. » Résultat : la meilleure note est attribuée seulement aux eurodéputés affiliés aux Écologistes et à La France insoumise.

Mauvais résultats pour les droites

Globalement, les partis de gauche obtiennent de bons résultats. C’est plus contrasté pour les autres. « Les partis affiliés à la majorité présidentielle ont soutenu plusieurs avancées majeures concernant le climat et l’environnement », écrit le RAC dans son rapport, citant le cas de la directive sur l’efficacité énergétique – qui vise des économies de 11,7 % d’ici 2030 par rapport aux prévisions de 2020.

Mais ces partis ont, en même temps, bloqué l’ambition européenne sur le renforcement de la directive sur la qualité de l’air, ou encore la réforme de la politique agricole commune pour viser 30 % de réduction des émissions du secteur.

« Si les députés Les Républicains ont soutenu la directive sur l’efficacité énergétique (…), la très grande majorité de leurs votes sur les questions climatiques et environnementales vont à l’encontre des recommandations des organisations », résume le RAC. Pire, les eurodéputés du Rassemblement national et de Reconquête ont « systématiquement voté contre toutes les mesures portées par les associations environnementales ».

Enjeux du prochain mandat

Le RAC l’affirme : le résultat des élections européennes du mois de juin aura une influence majeure sur l’accélération – ou le recul – du Pacte vert européen. Outre ces futures lois, les nouveaux députés européens voteront pour une nouvelle personne à la tête de la Commission européenne, qui sera chargée de négocier les objectifs – cruciaux – de baisse des émissions de gaz à effet de serre.

Lire aussi : Pacte vert européen : « On ne peut pas se permettre de faire une pause »

« Ils devront aussi auditionner et approuver les futurs commissaires européens, notamment ceux en charge du climat, de l’énergie, de l’environnement, des océans et de la santé », ajoute le RAC.

En clair, loin d’être anecdotique, « cette élection déterminera l’avenir des politiques environnementales européennes et françaises, 80 % de nos législations environnementales nationales étant issues du droit communautaire », résume la fédération d’associations. Rien que ça.

Parmi les « défis » du prochain mandat, le RAC insiste sur la neutralité carbone dès 2040, le renforcement de l’indépendance énergétique de l’Europe, une réforme en profondeur de la politique agricole commune, ou encore l’accès à des transports moins polluants pour tous les citoyens. Autant de dossiers que l’organisme continuera de suivre et d’évaluer, durant cette nouvelle mandature.

legende