Élevage intensif : le gigantisme existe aussi en France, montre L214
Grâce à la loi Duplomb, les seuils à partir desquels les exploitations sont soumises à autorisation sont passés de 40 000 à 85 000 poulets de chair et de 40 000 à 60 000 poules pondeuses (illustration). - Jean-Baptiste Strobel / Biosphoto / Biosphoto via AFP
Grâce à la loi Duplomb, les seuils à partir desquels les exploitations sont soumises à autorisation sont passés de 40 000 à 85 000 poulets de chair et de 40 000 à 60 000 poules pondeuses (illustration). - Jean-Baptiste Strobel / Biosphoto / Biosphoto via AFP
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Poules, cochons, bovins, dorades... En France, 50 % des animaux d’élevage sont détenus par 1 % des exploitations, dénonce l’association L214 dans un nouveau rapport qui pourfend l’élevage intensif.
« L’élevage intensif en France, ça n’existe pas », déclarait Arnaud Rousseau le 22 juillet dernier sur le plateau de BFMTV. Le président de la FNSEA invitait même le public à aller voir les exploitations pour s’en rendre compte.
Justement, c’est ce qu’a fait l’association L214. Après avoir épluché les données des directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt et utilisé des drones pour survoler les exploitations, l’association de défense des animaux a publié une enquête pour montrer l’ampleur du phénomène, mercredi 12 novembre.
130 000 000 animaux enfermés dans 2 000 exploitations
Selon l’association, les 2 000 plus grandes exploitations du pays concentrent 130 millions d’animaux et 50 % des animaux d’élevage sont détenus par 1 % des exploitations. Avec 3 075 exploitations industrielles, la France est même le deuxième pays abritant le plus d’élevages intensifs en Europe.
Ces élevages intensifs sont présents sur l’ensemble du territoire métropolitain. Si toutes les régions sont concernées, certaines sont plus touchées que d’autres. Les élevages intensifs sont particulièrement nombreux en Bretagne. Dans le détail, les 202 plus grands élevages bretons détiennent plus de 31 millions de bêtes.
Ainsi, c’est dans les Côtes-d’Armor, près de Saint-Brieuc, que se trouve le plus grand poulailler de France, d’après l’enquête de L214. 110 000 poulets sont enfermés dans un bâtiment long de 120 mètres. La plus grosse exploitation porcine de France est, elle, localisée dans le Finistère, à côté de Morlaix : 20 975 cochons y sont reclus.
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Au-delà de la souffrance subie par les animaux, entassés les uns contre les autres ou dans des cages, soumis à des mutilations, à une croissance accélérée et sans jamais voir la lumière du jour, L214 souligne dans son enquête le coût environnemental de ces mégafermes.
Par exemple, l’éleveur aux presque 21 000 cochons près de Morlaix a été condamné à une amende en 2021 pour avoir pollué la rivière d’à côté en y déversant entre 100 000 et 300 000 litres de lisier. Des centaines de poissons et de truites y avaient été retrouvés morts.
2 900 habitants pour 80 000 cochons
Toujours dans le Finistère, la commune de Plouvorn, 2 900 habitants, compte 80 000 cochons répartis dans 19 exploitations. D’après une enquête de nos confrères de Splann, la commune est la plus émettrice d’ammoniac en Bretagne, un gaz issu des effluents d’élevage qui contribue à la formation de particules fines dans l’air. À cause des taux trop élevés de nitrate causés par l’épandage des lisiers, le point de captage de l’eau de la commune est fermé depuis 2007.
Bien qu’il n’existe pas de définition officielle des élevages intensifs, « nous considérons que ce sont des grandes exploitations dans lesquelles les animaux sont en situation de promiscuité et ne sortent pas à l’extérieur », explique Sébastien Arsac, directeur des enquêtes chez L214. On les reconnaît d’ailleurs facilement : des immenses hangars où les cochons, vaches, poulets, lapins et moutons sont invisibles du grand public, confinés à l’intérieur.
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Après la Bretagne, c’est dans la région voisine des Pays de la Loire que l’on recense le plus d’animaux enfermés : plus de 52 millions. Le plus gros élevage de poulets de chair se situe ainsi en Mayenne, où 2 millions de ces gallinacés sont élevés chaque année pour être mangés.
La région se distingue également par la présence, à 20 kilomètres du Mans, de la ferme d’innovations et de recherches de Sourches, un centre privé pour le développement de l’élevage intensif. Sur des images filmées par L214 en 2019, on y voit des vaches équipées de hublots sur le flanc, leur estomac est perforé d’un trou de 15 cm de diamètre. « Ces recherches, explique L214, sont destinées à booster toujours plus la productivité des animaux via leur alimentation. »
Les poissons aussi
Pour les poules pondeuses, l’un des plus gros élevages est lui dans les Deux-Sèvres avec 2 millions de volatiles. L’intérieur du site, qui appartient au groupe Pampr’œuf, avait été filmé par l’association de défenses des animaux en 2021. On y voyait des bêtes écrasées à coup de pied et jetées violemment par terre.
Les poissons sont aussi victimes de ces mégafermes. Ainsi, à Antibes, l’entreprise Azur fish élève 3 millions de bars et dorades chaque année. Même s’ils sont dans des parcs en mer, ils sont tout autant les uns sur les autres que dans une cage : L214 y dénombre 40 à 50 poissons par mètre carré. Autre exemple dans le Jura, où une ferme aquacole élève 600 000 truites par an.
« Ces exploitations ont la bénédiction du gouvernement pour grossir, grâce à la loi Duplomb »
Ces milliers d’animaux ne sont toujours pas suffisants pour l’agro-industrie. La preuve dans l’Indre, où un élevage de cochons est en projet d’extension pour passer de 2 300 à 7 000 bêtes afin d’en envoyer 15 600 à l’abattoir chaque année.
Même chose dans l’Oise où l’entreprise La ferme du Pré a l’intention d’augmenter son nombre de poules pondeuses de 900 000 à 1,2 million. Ou encore la Ferme de l’Autant, dans le Tarn, où l’objectif est de passer de 185 000 poules pondeuses à 215 000.
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Pourquoi s’en priver ? « Ces exploitations ont la bénédiction du gouvernement pour grossir, grâce à la loi Duplomb », rappelle Sébastien Arsac. Celle-ci facilite la création et l’agrandissement des élevages intensifs en assouplissant les seuils des installations agricoles classées pour la protection de l’environnement, ces immenses fermes usines.
Les seuils à partir desquels les exploitations sont soumises à autorisation sont passés de 40 000 à 85 000 poulets de chair, de 40 000 à 60 000 pour les poules pondeuses, de 2 000 à 3 000 pour les porcs de production (directement élevés pour leur viande) et de 750 à 900 pour les truies reproductrices. En outre, « le texte limite les possibilités de recours pour s’opposer à ce type de projets », ajoute Sébastien Arsac.
Mettre la pression pour exiger un moratoire
Si ce système mortifère semble avoir de beaux jours devant lui, ce n’est pas une fatalité selon L214. Pour en sortir, l’association de défense des animaux appelle à réduire de 50 % le nombre d’animaux tués pour la consommation alimentaire française d’ici à 2030, dans le cadre de sa campagne « Le sauvetage du siècle ».
« On voit bien ici que cet objectif ne signifie pas la fin de l’élevage mais ciblerait l’élevage industriel, c’est à portée de main », estime le directeur des enquêtes chez L214. Pour l’atteindre, l’association de défense des animaux entend faire appel aux députés. Des actions sont prévues dans une trentaine de villes de France samedi 15 novembre pour inviter les habitants à écrire directement à leurs élus afin qu’ils exigent un moratoire sur l’élevage intensif.