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Entretien — Politique

En Occitanie, José Bové soutient les socialistes « pour faire face au Rassemblement national »

José Bové en 2019.

Pour faire barrière au Rassemblement national aux régionales, José Bové a décidé de soutenir Carole Delga, actuelle présidente socialiste de l’Occitanie. La candidate est pourtant favorable à deux projets destructeurs de l’environnement : l’agrandissement du port de Port-la-Nouvelle et le projet d’autoroute entre Toulouse et Castres.

Le paysan, militant anti-OGM et ex-député européen met son grain de sel dans les élections régionales. En Occitanie, José Bové a annoncé son soutien à la liste menée par l’actuelle présidente de la région, Carole Delga. Il est sur sa liste dans l’Aveyron, en dernière position, non éligible. La socialiste est pourtant favorable à la liaison autoroutière entre Toulouse et Castres, et porte avec la région l’agrandissement du port de Port-la-Nouvelle, dans l’Aude. Deux projets décriés par les associations écologistes et la Confédération paysanne, syndicat agricole que José Bové a contribué à créer.


Reporterre — Pourquoi soutenir la liste de Carole Delga aux élections régionales (les 20 et 27 juin) ?

José Bové — Quand je me suis engagé auprès de Carole Delga pour les régionales, elle savait très bien que je n’étais encarté nulle part et que je n’étais pas forcément en accord avec toutes les positions de la majorité.

Mais pour moi, il y a deux motivations principales. La première, c’est la lutte contre le Rassemblement national (RN) en Occitanie. Il fait une poussée très forte sur la côte méditerranéenne et grignote aussi le nord de Toulouse. D’autant plus que pendant les cinq ans passés, la majorité de la Région était plurielle, avec les écologistes notamment. Il m’aurait paru normal qu’il y ait une liste commune dès le premier tour pour bien montrer que la dynamique continue.

Ma deuxième motivation est que sur un certain nombre de grands sujets — l’agriculture, l’alimentation, l’énergie —, des choses ont bougé. On est arrivés à 40 % d’agriculture bio et locale dans les lycées, avec un objectif de 75 % avant la fin du prochain mandat. Le projet énergétique de la région a été piloté par l’association Négawatt, dans l’objectif d’être autonomes en énergies renouvelables d’ici 2035 à 2040. Concernant l’agriculture, avant même qu’on en parle au niveau national, il y avait un projet régional d’autonomie en protéines végétales. Aussi bien pour les animaux que pour l’alimentation humaine.



Vous aviez soutenu les opposants au projet d’agrandissement du port de Port-la-Nouvelle. Il nécessite le dragage de 10 millions de mètres cubes de sables marins, l’artificialisation de 25 hectares en bord de mer et le bétonnage de 1 kilomètre de plage. Il a reçu un avis négatif du Conseil national de protection de la nature. Or, la Région porte ce projet. N’est-ce pas contradictoire avec votre candidature aux côtés de Mme Delga ?

Il n’y a pas de contradiction. Mon opposition était liée au projet d’y faire de l’importation de soja, sur une logique de marché international, et donc de rendre la Région encore plus dépendante du soja OGM en provenance d’Amérique du Sud (Argentine et Brésil). Le port s’est désormais engagé à faire zéro importation de soja OGM, et ce projet d’agrandissement est lié au développement de l’éolien en mer, qui me paraît important, car il fait partie du mix visant à sortir de la dépendance aux fossiles et au nucléaire.

Manifestation contre l’extension du port de Port-la-Nouvelle, en 2020. Marie Astier / Reporterre

Les Amis de la Terre, la Confédération paysanne et un collectif local viennent de déposer un recours dans lequel ils dénoncent un projet qui augmentera les imports d’engrais azotés (forts émetteurs de gaz à effet de serre) et de céréales en provenance du Canada et des États-Unis. Ils demandent l’arrêt des travaux et la fin de la délégation de service public. Pour eux, le projet d’éoliennes est loin d’être l’unique objet de ce port, et un plan à moindre échelle est possible.

L’utilisation principale et la justification de l’extension sont liées à la construction de l’éolien en mer. Mais je pense qu’on peut encore faire bouger les lignes sur ce type de dossier et peser.



La majorité actuelle de la région Occitanie soutient aussi le projet d’autoroute Toulouse-Castres, qui suscite également l’opposition d’associations écologiques. Comprenez-vous que cela interpelle que vous souteniez Mme Delga malgré ce projet ?

Autant dans le cas de la liaison Toulouse-Castres que de celui de Port-la-Nouvelle, les discussions ont eu lieu ces cinq dernières années, alors que les écologistes d’Occitanie faisaient partie de la majorité. J’ai suivi les débats. Je pense qu’il y a des solutions alternatives, comme proposé par certains collectifs.

Le débat sur ces grandes infrastructures doit se faire de manière différente. Pas simplement experts contre experts. On doit faire en sorte de se mettre d’accord sur un processus de concertation, informer les citoyens, mettre à disposition de tout le monde les mêmes documents et informations, organiser un débat public et accepter de passer par les urnes s’il n’y a pas de consensus. J’espère que l’on pourra avancer sur ce dossier dans les tout prochains mois.


Vous proposez donc un débat sur le projet d’autoroute Toulouse-Castres ?

C’est le processus que j’ai proposé et j’espère que l’on pourra aller dans cette direction dans les semaines qui suivront l’élection du conseil régional.



Différents courants cohabitent au sein de l’écologie politique : un plutôt centriste, ne souhaitant pas forcément se placer sur l’axe droite-gauche, et un autre, qui tire vers une écologie sociale et de gauche. En soutenant Mme Delga, proche de plusieurs patrons dans sa région et qui a même recruté sur sa liste des politiques de droite, ne contribuez-vous pas à tirer l’écologie politique vers la première option, plus centriste ?

Mon camarade de Négawatt, Thierry Salomon, soutient aussi Carole Delga. Je ne sais pas s’il est de droite ou de gauche. Mais il est clair sur la logique écologique : sortir des énergies fossiles et du nucléaire. Cet axe me convient bien. Concernant l’autonomie en protéines et les cantines bio, je n’ai pas l’impression de mener un combat de telle ou telle tendance. Si une alliance au second tour se construit — ce que j’espère — entre les écologistes et la liste de Mme Delga, elle peut se faire avec des engagements de part et d’autre pour construire du consensus.

Il y a pour moi une nécessité démocratique et de valeurs de faire en sorte, par tous les moyens, de construire une majorité qui puisse faire face au Rassemblement national, pour les empêcher d’exercer quelque pouvoir que ce soit sur ce territoire. Après, si certains ne veulent pas faire partie de cette majorité pour garder les mains blanches, c’est leur responsabilité.

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