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Quotidien

Le guide de survie écolo aux fêtes de fin d’année

De la viande au nucléaire et de la Chine à la bougie, Reporterre vous a mijoté huit rappels essentiels sur les enjeux écologiques pour mener (chaleureusement bien sûr) l’offensive dialectique durant les retrouvailles de la fin d’année.

C’est Noël et comme chaque année, vous allez devoir passer un long moment coincé entre votre cousin anti-Greta Thunberg et votre tante climatosceptique. Pour survivre à ces difficiles moments, Reporterre vous livre quelques astuces pour faire face aux remarques anti-écolos de votre famille.

Argument no 1 : Impossible d’arrêter de manger de la viande car les protéines, c’est vital pour la santé

Ce lieu commun est souvent servi aux végétariens, soupçonnés d’être carencés et donc en mauvaise santé. Pourtant, un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Centre international de recherche sur le cancer (Circ), publié en 2015, a montré le rôle de la viande dans le déclenchement de cancers. La consommation de viande transformée a été classée comme cancérogène pour l’être humain.

Il a l’air bon ce jambon ? C’est la belle couleur donnée par les nitrites, qui sont cancérogènes.

Selon plusieurs études, les personnes ayant un régime végétarien sont loin d’être carencées et ont même de meilleures pratiques alimentaires. Signalons également que l’agriculture représente 19 % des émissions de gaz à effet de serre.

Argument no 2 : Faire des efforts ne sert à rien : les Chinois sont pires que nous

Remettons les choses dans l’ordre. Historiquement, les premières pollutions massives sont nées en Europe, avec l’utilisation du charbon comme combustible pour les fourneaux et moteurs industriels. Au 19e siècle, Londres était aussi polluée par les particules fines que les villes asiatiques d’aujourd’hui. L’essor de la chimie a aussi généré de nouvelles pollutions.

Ainsi, l’Europe est historiquement responsable du réchauffement climatique, et même si la Chine a hélas rattrapé son « retard ». Mais reporter la faute sur les pays d’Asie, c’est occulter notre responsabilité historique.

De plus, il ne faut pas oublier les émissions dites « cachées » ou « importées ». Celles des terres rares extraites en Chine pour fabriquer nos smartphones, par exemple. Ces émissions de gaz à effet de serre liées aux importations ont crû de plus de 78 % entre 1995 et 2018. Enfin, la lutte contre le réchauffement climatique est un effort mondial. Attendre des autres qu’ils le fassent avant nous est non seulement hypocrite mais également dangereux.

Argument no 3 : Vous les écolos, vous êtes trop « apocalyptiques » et « culpabilisateurs »

Il faut dissocier le ressenti des faits. Les études scientifiques sont unanimes : on se dirige vers un monde difficile à vivre. En France tout d’abord, des villes comme Calais, Dunkerque, Le Havre ou encore Saint-Malo pourraient être submergées d’ici 2050 et la hausse de 1,10 mètre du niveau des océans prévue par le Giec entraînerait l’engloutissement de villes comme Bordeaux. Dans le monde, près d’un tiers de l’humanité pourrait vivre dans des endroits aussi chauds que le Sahara d’ici 2070.

Si le réchauffement climatique est aujourd’hui encore assez peu sensible en France (malgré les épisodes de canicule), il est une réalité pour beaucoup de pays dans le monde. Dans le Pacifique, des nations entières vont être englouties, obligeant les populations à migrer. L’Indonésie va devoir abandonner sa capitale, Jakarta, qui s’enfonce dans les eaux. Il ne s’agit donc pas de culpabiliser mais d’évoquer des faits réels qui ont d’ores et déjà des conséquences sur la vie d’une grande partie de l’humanité.

Argument no 4 : La technologie va sûrement trouver des solutions

Capter le CO2 et l’injecter au fond des océans. Envoyer du soufre dans la stratosphère pour réduire l’énergie du soleil. Chaque année, votre cousin ingénieur vous révèle de nouvelles idées plus ou moins réalistes pour atténuer les effets du réchauffement climatique. C’est ce qu’on appelle la géo-ingénierie, pensée par des scientifiques bercés par le mythe du progrès technique infini. Toutefois, un rapport du Conseil consultatif des académies des sciences européennes (EASAC) révèle que ces technologies dites « d’émissions négatives » n’ont qu’un « potentiel réaliste limité » pour stopper les augmentations de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Alors plutôt que de vouloir jouer aux apprentis sorciers, sans connaître les effets secondaires de ces technologies, mieux vaut ralentir notre consommation. Car le meilleur CO2, c’est celui qu’on ne produit pas.

Argument no 5 : Le nucléaire est la solution au changement climatique

Plutôt que de vous engluer dans des batailles de chiffres, amenez la discussion sur la question des déchets, trop souvent évacuée par les pronucléaires. En France, on produit 56.400 tonnes de déchets nucléaires par an, dont 10 % de déchets dits « à longue vie » qui vont rester dangereux pendant des centaines de milliers d’années. Pour l’instant, aucun pays n’a trouvé de solution satisfaisante pour les stocker sans danger. En France, la solution prônée actuellement, c’est l’enfouissement dans le futur centre de stockage de Bure avec de nombreuses questions sans réponses.

Le nucléaire est par ailleurs vulnérable au réchauffement climatique car les centrales sont dépendantes des cours d’eau, dont le débit va diminuer avec les sécheresses à répétition. Le risque d’accident grave reste toujours présent, et les conséquences d’un tel accident se font sentir pendant des décennies, comme à Tchernobyl.

Il faut souvent arrêter les centrales nucléaires l’été car il n’y a plus assez d’eau pour les refroidir correctement.

Enfin, les délais de construction des réacteurs nucléaires, leur coût, et le nombre qu’il serait nécessaire d’ériger pour amortir le changement climatique sont bien trop élevés pour être efficaces à temps. La bonne solution, c’est d’économiser l’énergie et de recourir aux énergies renouvelables. Problème : sur ce plan-là, le gouvernement traîne les pieds, notamment sur la mesure la plus efficace à court terme, qui est la rénovation énergétique.

Argument no 7 : Il est trop tard pour agir alors pourquoi se fatiguer à essayer ?

Parce que chaque degré compte. Limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle permettrait de gagner dix centimètres sur l’augmentation du niveau des mers par rapport à 2 °C. Ce qui mettrait jusqu’à dix millions de personnes à l’abri de la submersion selon un rapport du GIEC. Cela permettrait par exemple de sauver de justesse les récifs coralliens, dont la surface ne diminuerait « que » de 70 à 90 %, alors qu’autour de 2 °C, de réchauffement on risque leur perte complète. Enfin, un monde à 1,5 °C serait un peu plus vivable pour les sociétés humaines en réduisant le nombre de personnes exposées, par exemple, à une augmentation du stress hydrique.

Argument no 8 : Les écolos ne sont qu’une bande d’amish qui veulent revenir à la bougie

Cette critique est récurrente dès que l’on cesse de faire l’apologie du progrès technique et qu’on questionne nos modes de vie. Pourtant, il ne s’agit pas de faire l’apologie du passé mais de questionner la fuite en avant et de critiquer le modèle de l’hyperconsommation et ses dérives sociales et écologiques. Les mesures à mettre en œuvre pour limiter le réchauffement climatique sont déjà connues et n’imposent pas de revenir à l’âge de pierre. À titre individuel, le cabinet d’étude B&L évolution les a traduites dans un rapport. La convention citoyenne pour le climat a également élaboré 150 propositions pour réduire d’au moins 40 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Des pistes pour l’avènement d’une société plus résiliente et moins inégalitaire mais certainement pas réactionnaire.

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