Le procès des militants anti-avion, une « pièce de théâtre de l’absurde »
Une trentaine de personnes se sont rassemblées à Paris en soutien aux sept activistes écologistes poursuivis, le 1er décembre 2025. - © NnoMan Cadoret / Reporterre
Une trentaine de personnes se sont rassemblées à Paris en soutien aux sept activistes écologistes poursuivis, le 1er décembre 2025. - © NnoMan Cadoret / Reporterre
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Le 3 décembre, le parquet a requis devant la cour d’appel de Paris des amendes pour les sept activistes qui avaient envahi le tarmac de Roissy en 2020. La décision sera rendue le 16 mars 2026.
Paris, reportage
À la sortie de leur audience devant la cour d’appel de Paris, le 3 décembre, les sept prévenus semblent soulagés. « Cela s’est bien passé : nous avons vraiment eu l’occasion de développer nos arguments face à une cour attentive. D’ailleurs, le fait d’avoir pu réexpliquer les raisons de ma participation à cette action me redonne de l’énergie pour mener ce combat contre le réchauffement climatique », dit en souriant Jérôme.
Lors de la première journée de ce procès en appel organisé à la demande du parquet, l’astrophysicien membre du collectif Scientifiques en rébellion avait pris la parole à la barre, expliquant pourquoi, le 3 octobre 2020, il avait fait partie de la centaine d’activistes qui avaient envahi le tarmac de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle (Val-d’Oise). Ces derniers réclamaient la réduction du trafic aérien et l’abandon du projet de nouveau terminal, le T4. En novembre 2021, Jérôme et les six autres prévenus avaient été relaxés en première instance par le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) des faits de « trouble au fonctionnement d’installations aéroportuaires », mais le parquet avait fait appel.
Quatre ans plus tard, l’avocate générale, estimant les sept militants à l’origine « d’entrave à la circulation d’aéronefs » — un délit passible de cinq ans de prison —, a requis contre eux des amendes « à la discrétion de la cour et selon les moyens de chacun ». Elle a également estimé que quatre prévenus sont coupables de « dégradations aggravées » et a requis un an de prison avec sursis contre trois activistes pour « refus de prélèvement ADN ».
L’« immense désespoir »
des victimes de nuisances
« Je ne fais pas cela contre ces gens-là, j’ai beaucoup de respect pour leur combat. Mais je crois qu’il faut faire très attention quand on fait sauter le verrou [...] La loi est le squelette qui nous protège, et accepter que nous, la cour, nous disions qu’elle ne s’applique pas, je trouve que cela serait très grave », a déclaré la représentante du parquet, tout en indiquant que les faits reprochés « ne sont pas graves ».
Le réchauffement climatique, largement alimenté par le secteur de l’aviation (celui-ci est responsable de 5 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde), l’est en revanche, comme l’ont expliqué plusieurs experts sollicités par la défense. Sans compter les nuisances sonores liées au trafic aérien de Roissy, lesquelles provoquent « un immense désespoir » chez les 1,4 million de personnes résidant alentour selon Françoise Brochet, présidente de l’Association de défense contre les nuisances aériennes. « Depuis 1986, nous multiplions les actions légales : manifestations, pétitions, actions juridiques, sensibilisation des élus… C’est le plus souvent en pure perte », a-t-elle assuré.
« Une pièce de théâtre de l’absurde »
Une énième façon de répondre à la représentante du ministère public qui, durant les deux jours de procès, n’aura eu de cesse de marteler que « l’on peut lutter très efficacement via des moyens légaux ».
Swann Périssé lui a également répondu : alors que deux jours auparavant l’avocate générale citait l’exemple de l’humoriste, laquelle aurait « beaucoup plus d’écho que les actions de désobéissance civile », cette dernière a publié une story sur Instagram pour dire qu’elle soutenait les prévenus. « Je suis pour la désobéissance civile », a-t-elle lancé dans cette vidéo diffusée lors de l’audience, provoquant des rires fournis dans la salle.
« On vit une pièce de théâtre de l’absurde. Le parquet, qui refuse de reconnaître l’efficacité pourtant établie de la désobéissance civile, dit que le combat climatique est majeur, mais demande que celui-ci soit mené les bras dans le dos et uniquement à coups de sketchs ! » a plaidé Chloé Saynac, l’une des avocates des militants. Rappelant que le projet de T4 avait été abandonné par l’État trois mois après cette « action symbolique », elle a en outre souligné « qu’aucun élément matériel d’entrave n’a été établi », aucun avion n’ayant été bloqué. « Vous pouvez être du bon côté de l’histoire et vous le serez en appliquant le droit », a-t-elle dit à la cour, demandant la relaxe.
Alexis Baudelin, également avocat des parties civiles, a fait de même, espérant que l’« état de nécessité » soit reconnu dans ce dossier. « L’avocate générale dit : force à la loi. Mais la loi prévoit que l’État respecte ses engagements climatiques, ce qui n’est pas le cas ! [...] Face à l’injustice et à une situation inacceptable, oui, il peut être dans certains cas légitime de commettre une infraction », a-t-il affirmé, tout en estimant que les faits reprochés n’étaient de toute façon pas caractérisés. La décision du tribunal sera rendue le 16 mars 2026 à 13 h 30.