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Présidentielle

Le programme de Yannick Jadot pour revenir à une presse libre et pluraliste

Yannick Jadot lors d'un entretien à Paris, le 30 août 2021.

Yannick Jadot a présenté une série de mesures visant à soutenir la presse. Il espère lutter contre la concentration des médias par les milliardaires, défendre le droit à l’information et trouver des solutions financières aux modèles économiques des médias.

Pour ses vœux à la presse, Yannick Jadot n’a pas choisi une date au hasard. Ce vendredi 7 janvier marque en effet le septième anniversaire de l’attentat contre Charlie Hebdo, dans lequel douze personnes ont été assassinées « parce qu’elles vivaient librement la pensée, l’écriture et le dessin », a dit le candidat écologiste à la présidentielle.

Par cet hommage, Yannick Jadot souhaite se poser en défenseur de la liberté de la presse, assurant qu’il sera « toujours du côté des journalistes ». Il a donc présenté une série de mesures visant notamment à lutter contre la concentration des médias aux mains des milliardaires. Pour lutter contre cette mainmise, le candidat écologiste à l’élection présidentielle propose de réguler la taille de ces groupes de presse et de réviser la loi Bloche de 2016, afin de rendre effective la publication du nom des personnes physiques qui contrôlent les médias. Il aimerait renforcer le pouvoir des journalistes dans les rédactions grâce à une gouvernance paritaire, en donnant par exemple aux journalistes un pouvoir contraignant sur la nomination du ou de la directrice de la rédaction et sur l’entrée au capital de nouveaux actionnaires.

Si nombre de gros médias sont aujourd’hui contrôlés par des milliardaires, c’est parce que leur modèle économique basé sur la publicité a été totalement chamboulé ces dernières années. Premiers responsables : les Gafam [1] qui siphonnent les contenus sans les rétribuer à leur juste valeur. Le candidat à la présidentielle propose ainsi de faire respecter les droits voisins [2].

Taxe, aides, médias indépendants

Il compte aussi poursuivre le processus engagé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour un taux minimal d’imposition des Gafam et des multinationales et taxer les annonceurs à hauteur de 1 % de leurs dépenses publicitaires en ligne. Une partie de la taxe Gafam sera affectée au soutien à la presse d’information l’audiovisuel public. Yannick Jadot s’inscrit ainsi en radicale opposition avec les candidats de droite et d’extrême droite qui veulent privatiser l’audiovisuel public. Il veut au contraire réformer et augmenter la redevance audiovisuelle et défendre le périmètre des rédactions locales de France 3 et France Bleu. « Aux États-Unis, des territoires entiers ont perdu leur presse locale. Et ce sont des endroits où l’on vote pour Trump, où l’on ne croit pas au réchauffement climatique ni à l’épidémie de Covid. »

Il compte aussi interdire la publicité sur les produits polluants, reprenant ainsi une proposition de la Convention citoyenne pour le climat. « Ces interdictions de publicité vont réduire les revenus de la presse et nous allons l’accompagner dans cette transition », a-t-il assuré.

Il désire repenser et rendre plus transparent le système d’aides à la presse aujourd’hui monopolisé par les groupes appartenant aux milliardaires. Ces aides seront conditionnées au respect de certains critères, notamment le respect d’un seuil minimum de journalistes (une disposition déjà sur les rails) l’égalité salariale entre les hommes et les femmes, le respect du droit social et la mise en place de cellules de signalements des violences sexistes et sexuelles.

Il espère aussi favoriser l’émergence de nouveaux médias indépendants, en mobilisant par exemple la Banque publique d’investissement, en favorisant le mécénat et en rehaussant le plafond de la déduction d’impôt des dons de particuliers aux organes de presse de moins de cinquante salariés.

Protection des journalistes

Yannick Jadot voudrait également revenir sur la loi de 2018 relative au secret des affaires, considérée comme une atteinte à la liberté de la presse, en restreignant aux informations commerciales la définition du secret des affaires. Il souhaite aussi renforcer les protections des journalistes contre la pratique des poursuites-bâillons. « Regardez quand une journaliste n’arrive pas à présenter son livre sur les algues vertes, c’est choquant », explique-t-il, en référence au travail de la journaliste Inès Léraud en Bretagne. Une région où les journalistes tentent de s’unir pour faire face aux pressions de l’agro-industrie. Il fera également « sauter » la cellule de gendarmerie Déméter qui surveille les opposants à l’agriculture productiviste. « Il est choquant que le gouvernement ait choisi d’intimider les lanceurs d’alerte quand ils parlent des ravages des pesticides ou des intérêts des lobbies. »

Yannick Jadot compte de surcroît abroger l’article 36 de la loi Séparatisme de 2021, qui empêche les journalistes de diffuser des images de policiers et qui avait suscité un tollé du monde associatif et militant. Enfin, il compte développer l’enseignement des médias et de l’information, notamment pour rétablir la confiance envers le travail des journalistes professionnels en s’inspirant du modèle finlandais. « Nous avons une responsabilité collective à redonner confiance dans l’information pour que notre démocratie cesse de s’affaisser », a-t-il assuré.

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