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Les lanceurs d’alerte défendent l’intérêt général

24 novembre 2017 / Irène Frachon, James Dunne, Antoine Deltour et Daniel Ibanez



Alors que les lanceurs d’alerte de l’affaire LuxLeaks Antoine Deltour et Raphaël Halet comparaissaient devant la Cour de cassation, hier jeudi 23 novembre à Luxembourg (le délibéré sera rendu le 11 janvier 2018), les auteurs de cette tribune rappellent que les lanceurs d’alerte ne font qu’exercer leurs droits en conscience de l’intérêt général.

Irène Frachon, James Dunne, Antoine Deltour et Daniel Ibanez ont lancé l’alerte : Irène Frachon sur le Mediator, James Dunne contre les crimes du dictateur syrien, Antoine Deltour sur sur l’évasion fiscale au Luxembourg, Daniel Ibanez sur les conflits d’intérêt autour du Lyon-Turin.


Lancer l’alerte n’est, ni plus ni moins, que le fait d’informer la population de faits et de situations qui l’intéressent, au sens où elle y a intérêt. Le lancement d’alerte touche nos vies et nos sociétés au quotidien, par la révélation et la prise de conscience de situations que l’on ignore ou auxquelles nous n’avions pas réfléchi. Pourtant, la confusion entre délation et information subsiste, entre lancement d’alerte et complotisme aussi. Cette confusion est largement entretenue par ceux-là mêmes qui sont à l’origine des situations contraires à l’intérêt général.

L’intérêt général commande de divulguer la nocivité du Mediator et les pratiques des laboratoires Servier, de savoir que la France vend des systèmes de surveillance massive utilisés par les dictatures contre leurs opposants, de révéler que le Luxembourg se livre à l’organisation, à grande échelle, d’une concurrence fiscale déloyale, de savoir que des milliards d’euros d’argent public sont dépensés dans des infrastructures sur la base de prévisions fantaisistes et d’analyses biaisées, réalisées par des cabinets intéressés aux dites opérations, de publier les informations sur les perturbateurs endocriniens dans les produits consommés chaque jour ou les risques pour les personnes exposées à l’amiante… Pollution, réchauffement climatique, maltraitance, évasion fiscale organisée... nos vies, nos sociétés sont quotidiennement exposées.

Certain.e.s osent révéler les dangers, les dysfonctionnements et subissent la plupart du temps les représailles, allant jusqu’aux assassinats, de ceux qui protègent leurs intérêts particuliers au préjudice de l’intérêt général.

Nous publions et nous diffusons ce qu’il est convenu d’appeler des alertes. Nous le faisons sur la base de preuves et dans le cadre précis de ce qui est exigé de toute personne qui s’exprime publiquement. Le cadre juridique existe déjà, comme le montre la Cour européenne des droits de l’homme dans ses jurisprudences au nom de la liberté d’information, de pensée et d’expression.
 

Des citoyens qui exercent leurs droits et obéissent à leur conscience de l’intérêt général 

Nous savons qu’au nom de cette liberté, qui est l’« un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement » et nous savons également que nous sommes engagés « à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». C’est le fondement de notre République défini à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et repris par la Convention européenne des droits de l’homme à l’article 10.
 
Les lanceuses et lanceurs d’alertes ne sont donc rien d’autre que des citoyens qui exercent leurs droits et obéissent à leur conscience de l’intérêt général. C’est à la portée de chacun.e d’entre nous et la meilleure protection pour les lanceuses et lanceurs d’alertes réside avant tout dans un exercice de ces droits de plus en plus large.
 

Se rencontrer et échanger sur ce qui intéresse nos sociétés est essentiel. Chacun.e peut ainsi s’informer et s’engager en apprenant des expériences des autres. C’est la raison pour laquelle nous avions décidé de participer en novembre 2015 à la première édition du salon Des Livres et l’Alerte. Au lendemain du massacre du 13 novembre 2015, nous étions quelques un.e.s présent.e.s et nous avons souhaité que ces rencontres autour du livre se poursuivent. Nous serons donc présent.e.s au 3e salon Des Livres et l’Alerte qui se déroulera les 2 et 3 décembre à la Maison des métallos, à Paris, non seulement pour « délivrer l’alerte » et se rencontrer, mais aussi pour lancer l’appel « Délivrez l’alerte ! », car les injustices qui frappent celles et ceux qui parlent sont insupportables au regard de l’impunité de ceux qui bafouent l’intérêt général.
 
Cette année 2017 aura encore montré l’absolue nécessité d’une information libre et de qualité et doit nous encourager plus encore à exercer les droits qui fondent la République pour défendre la démocratie en passant « de l’alerte à la lettre ».




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Lire aussi : Lanceur d’alerte : comment informer, comment se protéger ? Le guide de Reporterre

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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