Le quotidien du climat
OBJECTIF :
70 000 €
38015 € COLLECTÉS
54 %
Je fais un don

Les poissons aussi sont des animaux sensibles

12 octobre 2018 / Entretien avec Laurence Auger

Les poissons ne suscitent pas de la même empathie que les mammifères alors qu’ils sont eux aussi des êtres sensibles. Deux ouvrages publiés par les éditions La Plage aident à transformer notre regard, comme l’explique à Reporterre la directrice éditoriale.

Laurence Auger est directrice éditoriale des éditions La Plage. Fer de lance de la cuisine végétarienne et du mode de vie végane en France, les éditons La Plage travaillent depuis 25 ans sur l’écologie pratique. Elles ont publié tour à tour deux ouvrages, Les Paupières des poissons et À quoi pensent les poissons ?, qui invitent à repenser notre relation à ces animaux mal considérés.


Reporterre — Une grande part de votre catalogue est consacrée à la cuisine végétarienne ou végane. « Veggie », végane, pouvez-vous nous rappeler la différence ?

Laurence Auger — Dans la cuisine végétarienne, on se passe de tous les animaux, poissons, poules, lapins, etc., mais on peut consommer ce qu’ils produisent, tels les œufs, le lait, le miel, le fromage, à la différence de l’alimentation végane. L’approche végane va d’ailleurs au-delà de l’alimentation, parce que c’est une philosophie qui suppose la non-exploitation des animaux et dont découle un mode de vie selon lequel, par exemple, on ne va pas voir des spectacles de cirque ou on ne met pas de chaussures en cuir ni de pull en laine.



Pourquoi vous intéressez-vous aux poissons ?

La végétalisation de l’alimentation est en cours. Elle est actée dans la population. Même si les gens ne sont pas végétariens, ils aspirent à une meilleure alimentation et sont très sensibles au discours ambiant qui incite à diminuer la consommation de viande. On entend souvent des personnes dire « je ne mange plus de viande » ou « je suis presque végétarien », mais en creusant, on se rend compte qu’elles consomment du poisson… comme si ces derniers n’étaient pas des animaux. Pour preuve, cette anecdote : dans le quartier [le 6e arrondissement de Paris, siège des éditions La Plage], je commandais il y a peu dans un restaurant un plat affiché « végane » à base de riz. Intriguée par son goût très prononcé de poisson, j’interroge : « Vous êtes vraiment sûr que le riz est végétarien ? » Et l’on me répond : « Bien sûr ! La sauce est au calamar… »

On a très peu d’empathie pour les animaux aquatiques. La plupart d’entre nous ne s’y intéressent que cuisinés dans l’assiette ou comme objet d’un passe-temps à travers la pêche. Aussi, la façon dont Sébastien Moro, l’auteur de Les Poissons ont-ils des paupières, la BD que nous publions le 11 octobre, aborde le sujet, nous a intéressés [1]

Extrait de « Les Paupières des poissons ».

Les poissons n’ont pas de paupières. Et alors ?

Vivant dans l’eau, ils n’ont pas besoin d’humidifier leurs yeux ! Est-ce le fait de ne pas cligner les yeux ou de les avoir toujours ouverts qui nous éloigne de ces animaux ? Est-ce parce qu’il n’y a pas de proximité entre nos lieux de vie ? Ou est-ce parce qu’ils n’émettent pas de son audible par l’homme que nous ne leur accordons pas de considération ? D’où cette bande dessinée humoristique de vulgarisation scientifique. Elle suit un autre titre que nous avons publié au printemps, écrit par Jonathan Balcombe, un biologiste spécialisé dans l’étude des comportements animaux et qui enseigne la sentience [la capacité d’éprouver] animale au Canada.



De quoi cet ouvrage parle-t-il ?
L’essai s’intitule À quoi pensent les poissons ?. Il révèle ce que perçoivent les poissons, ce qu’ils voient, ce qu’ils entendent, ce qu’ils ressentent, douleur, sentiments, conscience… Et ce qu’ils pensent.



Les poissons « pensent » ?!
Utiliser le mot « penser » pour les animaux est toujours compliqué. On doit se garder d’anthropomorphisme, donc je ne sais pas si le terme est le plus juste, mais ils sont capables de stratégie, d’intelligence, d’apprentissage, un peu comme les abeilles. Par exemple, dans le cas d’une difficulté rencontrée et résolue, certains d’entre eux sont capables de transmettre l’expérience à leurs congénères ou descendants. Selon moi, cela va au-delà de l’instinct de survie. C’est tout cela que l’auteur développe ainsi que leur façon de vivre en société, leur vie intime.

Extrait de « À quoi pensent les poissons ? ».

Car ils ont une vie intime également ?!
Les poissons sont capables de s’occuper de leur progéniture. Certains d’entre eux par exemple, ont une sexualité surprenante, tels les poissons-clowns, qui peuvent changer de sexe au cours de leur vie, ce qui donne de multiples possibilités. Il existe de tout petits poissons avec un énorme pénis… D’une espèce à l’autre, ils ont des comportements complexes qui invitent à réviser les préjugés sur leur intelligence. Jonathan Balcombe cite le cas des poissons-éléphants qui possèdent le plus gros cervelet de tous les poissons. Leur coefficient d’encéphalisation, c’est-à-dire le rapport entre la masse du cerveau et celle du corps, marqueur d’intelligence si vanté, est le même que le nôtre !



En définitive, vous ne voulez plus qu’on mange les poissons ?
Pourquoi pas ! L’idéal, c’est ça. Mais dans un premier temps, nous espérons qu’en informant de la sorte sur le monde animal, nous inciterons les gens, même s’ils veulent continuer à manger des animaux, à veiller à leur bien-être, à les respecter, et à minimiser leur souffrance. Et pas seulement lorsqu’ils s’en nourrissent. Les vacances d’été ne sont pas encore trop loin. On se souvient des enfants qui capturent des animaux marins pour les mettre fièrement dans un petit seau, avant de les oublier aussitôt…

  • Propos recueillis par Pascale Solana

  • Les Paupières des poissons, de Sébastien Moro et Fanny Vaucher, éditions La Plage, octobre 2011, 176 p., 15,90 €.

  • À quoi pensent les poissons ?, de Jonathan Balcombe, éditions La Plage, mai 2018, 352 p., 19,95 €.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.


[1Sébastien Moro est également l’auteur d’un blog.


Lire aussi : La vraie vie du poisson pané, de l’Arctique à l’assiette

Source : Pascale Solana pour Reporterre

Photos : éditions La Plage sauf
. chapô : Pxhere

DOSSIER    Animaux Alimentation

THEMATIQUE    Culture et idées
8 décembre 2018
Jour 6 : Alerte à la climatisation
Reportage
8 décembre 2018
Radio Bambou : Bienvenue à Ludiland, le pays des jeux de société
Chronique
7 décembre 2018
En Haute-Savoie, les agriculteurs cherchent les solutions face au changement climatique
Alternative


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Animaux Alimentation



Sur les mêmes thèmes       Culture et idées