Municipales à Paris : que proposent les candidats sur l’écologie ?
Pour prendre la place d'Anne Hidalgo, pas moins de neuf listes sont candidates aux élections municipales des 15 et 22 mars à Paris. - © Sarah Lefèvre / Reporterre
Pour prendre la place d'Anne Hidalgo, pas moins de neuf listes sont candidates aux élections municipales des 15 et 22 mars à Paris. - © Sarah Lefèvre / Reporterre
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Municipales — À Paris, neuf listes se présentent à la succession de la socialiste Anne Hidalgo. Avec quelles propositions sur l’écologie ? Pour vous aider à y voir plus clair, Reporterre vous résume les points saillants de leurs programmes.
Après quasiment douze ans à la tête de Paris, la maire socialiste Anne Hidalgo a décidé de ne pas se représenter. Pendant ses deux mandats, souvent résumés à sa volonté de réduire la place de la voiture individuelle en ville, elle a tâché de mettre en place des mesures écologiques, et surtout de les faire accepter. Pour prendre sa place et poursuivre son action, ou au contraire tout bousculer, pas moins de neuf listes sont candidates aux élections municipales des 15 et 22 mars.
Quid de leur programme écologique ? Depuis la fameuse « vague verte » de 2020, où de nombreuses villes avaient été remportées par des maires écologistes, les enjeux climatiques, de pollution et de biodiversité semblent désormais pris en compte dans quasiment chaque programme électoral. « À Paris, les débats ne se font pas autour de “pour” ou “contre” l’écologie, mais des modalités de son développement », remarque le Réseau Action Climat. Il note notamment une volonté unanime de végétaliser la ville.
« Tous les candidats sont obligés de parler de la pollution de l’air, y compris sur la droite de l’échiquier politique. Ce sont des enjeux qui transcendent à peu près les partis politiques, en dehors peut-être des partis d’extrême droite », observe aussi Tony Renucci, directeur général de l’association Respire.
Pour vous aider à y voir plus clair, Reporterre vous résume les points saillants des programmes des principaux candidats et candidates à Paris. [1]
Sophia Chikirou, La France insoumise
Emmanuel Grégoire, Parti socialiste-Les Écologistes-Parti communiste
Pierre-Yves Bournazel, Horizons
Rachida Dati, Les Républicains
Sarah Knafo, Reconquête
Thierry Mariani, Rassemblement national
Sophia Chikirou, La France insoumise
La députée et candidate de gauche propose en priorité d’adapter Paris au changement climatique. Sa mesure clé : désimperméabiliser et végétaliser 40 % de la ville d’ici 2032. Elle veut produire plus de 300 hectares d’espaces verts, végétaliser les places très minéralisées comme celles de République ou de l’Opéra, mettre en place une règle verte (plus aucun mètre carré de pleine terre ne pourra être artificialisé)… Sophia Chikirou affiche également son soutien aux collectifs militants s’opposant à l’artificialisation des sols à Paris et en Île-de-France, comme dans le triangle de Gonesse ou dans les jardins ouvriers d’Aubervilliers.
La protection et la régénération des bois parisiens font aussi partie de ses mesures phares : elle souhaite décréter un moratoire immédiat sur les coupes rases et « engager une transition vers une sylviculture irrégulière à couvert continu ». Afin de déployer une agriculture urbaine publique, Sophia Chikirou propose de créer une régie agricole publique parisienne ou intercommunale pour développer des sites de production.
Créer une régie publique du vélo
Sur la question des transports, elle veut « mieux réguler la circulation pour réduire durablement les embouteillages », notamment en « développant davantage le pilotage intelligent des feux de circulation ». Elle souhaite que le périphérique se transforme progressivement en « boulevard urbain ». Elle veut privilégier le stationnement souterrain public au stationnement en surface. Autre mesure importante : elle compte mettre fin au contrat actuel de Vélib’, et créer une régie publique du vélo qui le remplacera, accompagnée du lancement d’une école municipale du vélo.
Pour accélérer la rénovation énergétique, Sophia Chikirou propose de créer « une grande école métropolitaine des métiers de la rénovation thermique » et doubler le rythme de rénovation de l’ensemble des bâtiments publics parisiens. Elle veut aussi réduire la publicité commerciale dans les espaces publics, et promouvoir l’alimentation végétale dans la politique alimentaire municipale.
Emmanuel Grégoire, Parti socialiste — Les Écologistes — Parti communiste
Dans le programme de l’ancien Premier adjoint d’Anne Hidalgo, la question des logements apparaît en priorité. Il annonce un objectif de 60 000 nouveaux logements publics (notamment grâce à la reconversion de bureaux inutilisés) ; une brigade pour faire respecter l’encadrement des loyers et la salubrité ; ainsi que la rénovation de 35 000 logements sociaux et 200 000 logements privés. Il souhaite expérimenter une avance à taux zéro des travaux de rénovation pour les propriétaires, qui seraient remboursés lors de la vente du bien.
Pour rendre Paris plus respirable et frais, Emmanuel Grégoire propose de créer 1 000 rues piétonnes et de transformer plusieurs grandes places bétonnées, comme celle de la République et de la Concorde. Il veut transformer le périphérique en « boulevard urbain », où tous les modes de déplacement pourraient cohabiter. Il compte végétaliser 25 km des berges de Seine, ouvrir un nouveau site de baignade ou encore faire renaître la Bièvre (l’affluent de la Seine). Il souhaite se distinguer de sa prédécesseure en mettant davantage l’accent sur l’esthétique et « le beau » des nouveaux aménagements.
« Plan de lutte contre le grand chaud »
Afin de protéger les plus fragiles face au changement climatique, celui qui est aussi député promet de mettre en place un « plan de lutte contre le grand chaud » qui consisterait à cartographier les lieux de fraîcheur, organiser des capacités d’accueil, ou encore lancer un « grand plan » de rénovation des établissements scolaires.
Sur la question des transports, il veut créer quinze lignes de bus express qui bénéficieront d’une « super-priorité aux carrefours », finaliser le réseau cyclable commencé par l’équipe sortante, créer une vélo-école dans chaque arrondissement et imposer des objectifs de résultats à l’opérateur du service Vélib’ pour en améliorer le fonctionnement. Pour lutter contre les pollutions sonores, il compte déployer des plans de réduction du bruit à l’échelle de chaque quartier. Autre objectif : 100 % d’alimentation bio, locale et durable dans les cantines et les crèches municipales.
Pierre-Yves Bournazel, Horizons
Le candidat du parti d’Édouard Philippe, soutenu par le parti présidentiel Renaissance, a inscrit parmi ses mesures prioritaires l’isolation thermique et acoustique des logements. Il souhaite financer « un plan Marshall pour rénover l’intégralité du parc social d’ici dix ans », soit 12 000 rénovations par an, financées « par une politique de revente du parc social parisien aux locataires qui souhaitent accéder à la propriété ».
Pour le privé, il espère rénover 90 000 habitations, grâce à l’arrêt des préemptions de logements et à l’aide d’un crédit d’impôt de 50 % de taxe foncière, pour inciter les propriétaires d’appartements classés F ou G. Il promet également que, d’ici la fin de son mandat, toutes les écoles seront « rénovées, végétalisées et respirables ». Il souhaite qu’un tiers des écoles dispose de leur propre cuisine sur place. Son objectif : 100 % d’aliments durables d’ici la fin de son mandat.
Un « maire probusiness »
Sur les transports, Pierre-Yves Bournazel a l’ambition d’atteindre 1 680 km d’aménagements cyclables séparés et sécurisés. Il veut lancer un « grand plan de circulation et d’intermodalité » à l’échelle du Grand Paris, avec notamment le développement de 30 000 places de parkings relais aux abords de la capitale. Il souhaite créer trois grandes lignes de bus express ; remplacer la flotte actuelle par des bus électriques ou hybrides ; mais aussi adapter la vitesse sur le boulevard périphérique (maintenir les 50 km/h aux heures de pointe et augmenter à 70 km/h lorsque la circulation est faible).
Pour réduire la chaleur en ville, il compte déployer « 1 000 rues apaisées » avec de la végétalisation, de « nouveaux bitumes antibruit et anti-îlots de chaleur ».
Se définissant lui-même comme un futur « maire probusiness », il veut « mobiliser les nouvelles technologies », que ce soit en déployant des outils d’intelligence artificielle pour détecter et géolocaliser les déchets dans la ville ; des robots pour identifier et trier les recyclables — il souhaite privatiser la gestion du service public de la propreté à Paris ; ou en utilisant la vidéoprotection algorithmique « pour détecter automatiquement des situations à risque ». Soit une vision sécuritaire alliée à la numérisation du monde.
Rachida Dati, Les Républicains
Tout au long du mandat d’Anne Hidalgo, Rachida Dati n’a eu de cesse de l’attaquer sur la question des mobilités, l’accusant d’être « hostile par dogme à la voiture ». Dans son programme, la candidate de droite — qui assure avoir le soutien d’Emmanuel Macron — promet donc de « définir un schéma de circulation » pour rétablir la situation — sans donner davantage de détails sur son contenu.
Elle souhaite mettre fin à la zone à trafic limité dans le centre de Paris et rétablir les 70 km/h sur le boulevard périphérique (la vitesse maximale autorisée est de 50 km/h depuis 2024) « après la pose d’enrobés phoniques ». En dépit, donc, de l’amélioration de la qualité de l’air depuis la baisse de la vitesse autorisée sur le périphérique (- 6 % de la concentration en dioxyde d’azote).
Elle propose de développer des parkings relais aux portes de Paris et d’inciter à l’électrification des véhicules (aides à l’achat, places de parking réservées, bornes de recharge…). Elle veut « renforcer les pistes cyclables sur les axes sous-dotés » et développer « un Vélib’ entièrement régional ». Autre mesure : transformer les quais de Seine pour « réserver » les quais bas aux piétons et renvoyer les vélos sur les quais hauts.
« Mettre fin au dogme technophobe de la majorité sortante »
L’ancienne ministre de la Culture, qui refuse catégoriquement de débattre avec ses concurrents avant le premier tour, veut confier la collecte des déchets ménagers à des opérateurs privés, et redéployer les agents municipaux vers le nettoyage des rues et des espaces verts. Sur ce sujet, elle veut préserver les arbres des abattages, créer 500 nouvelles bandes végétalisées, multiplier les « solutions perméables et drainantes » (pavés enherbés, revêtements infiltrants, etc.)… Globalement, elle compte instaurer un plan « grand chaud » pour rafraîchir Paris pendant les canicules et interdire les nouveaux projets urbains qui créeraient des îlots de chaleur.
Sur la question des logements, Rachida Dati veut « simplifier et harmoniser les dispositifs de rénovation thermique », mais aussi assouplir l’encadrement des loyers pour les logements qui sortiront des étiquettes F et G après des travaux, pour « encourager » ces rénovations — même si cela conduira à une hausse des prix pour les futurs locataires.
Elle veut imposer 10 000 rénovations de logements sociaux par an, par le raccordement aux réseaux de chaleur [2] et de fraîcheur, et par l’installation de toitures solaires. Elle veut « mettre fin au dogme technophobe de la majorité sortante » et miser sur la technologie, notamment grâce à des dispositifs d’éclairage intelligents dans l’espace public pour « consommer moins ».
Elle est par ailleurs soupçonnée de corruption (et présumée innocente) dans plusieurs affaires, impliquant une filiale de Renault-Nissan et GDF Suez.
Les propositions phares de la candidate d’extrême droite Sarah Knafo portent principalement sur la question des transports. Son grand projet symbolique : rouvrir la circulation automobile des voies sur berge — ce qui n’est plus autorisé depuis 2016 — et construire, au-dessus des voitures, « une magnifique promenade pour les piétons et les cyclistes ». De quoi, selon elle, « désengorger Paris ». La faisabilité technique de la mesure et son budget de 60 millions d’euros semblent toutefois sous-évalués et fantaisistes, relève le journal Le Monde.
« Je ne propose pas plus de voitures, mais plus de fluidité », argue-t-elle. Elle mise sur la technologie et la vitesse : elle compte installer des feux tricolores pilotés par intelligence artificielle pour éviter les embouteillages ; réduire les tarifs de stationnement (qui pourront être payés par bitcoin) ; créer de nouvelles places où se garer ; relever la vitesse autorisée du périphérique à 80 km/h (elle est actuellement de 50 km/h depuis 2024)…
Le ramassage des ordures ménagères confié au privé
Quand bien même l’organisme indépendant Airparif estime que la concentration en dioxyde d’azote a baissé de 6 % grâce à la baisse de la vitesse sur le périph’ et à l’incitation au covoiturage. La députée européenne veut aussi supprimer les aides à l’achat de véhicules propres et relancer la mise en concurrence du service Vélib’.
Elle promet de confier le ramassage des ordures ménagères et le nettoyage de la voirie au privé. Sur la question des bâtiments, Sarah Knafo promet d’abroger le Plan local d’urbanisme bioclimatique et de supprimer l’encadrement des loyers — ce qui provoquerait une hausse des prix — en prétendant que cela permettra de lever les « verrous » qui empêchent les propriétaires de rénover leurs biens immobiliers. Elle souhaite aussi diviser par trois les durées d’instruction des permis de construire (qui auront fait l’objet d’une analyse préalable grâce à l’intelligence artificielle).
Pour lutter contre la chaleur en ville, elle propose seulement d’entretenir les espaces verts en « sublim[ant] les parcs et jardins » qui existent déjà. Sur l’alimentation, Sarah Knafo sort la hache : elle veut supprimer les menus végétariens proposés deux fois par semaine à l’école — alors que la loi Egalim oblige les cantines scolaires à proposer au moins un menu végétarien hebdomadaire —, supprimer les aides aux commerces d’alimentation durable et supprimer le fonds d’agriculture urbaine.
Thierry Mariani, Rassemblement national (RN)
Le candidat d’extrême droite Thierry Mariani ne mentionne même pas une seule fois les mots « écologie » ou « pollution » dans son programme. Ses propositions de mesures sont parfois floues et non chiffrées, comme lorsqu’il promet d’« assurer la rénovation du parc social et privé », en mentionnant seulement, pour y parvenir, des « aides ciblées » et des « dispositifs d’exonérations fiscales », sans préciser lesquels, ni combien de logements seraient concernés.
De la même façon, il souhaite rénover « l’ensemble » des écoles parisiennes (isolation thermique, végétalisation des cours de récréation, climatisation…), mais n’explique pas comment il compte s’y prendre.
Supprimer l’encadrement des loyers
Sur le logement, le député européen du RN compte « réviser » le Plan local d’urbanisme bioclimatique « pour libérer la construction dans la capitale » — là encore, sans préciser ce qu’il prévoit de mettre en place. Seule information : il souhaite profiter de cette modification pour « autoriser des immeubles de 8 à 10 étages, contre 6 aujourd’hui ». Il compte aussi supprimer l’encadrement des loyers, ce qui provoquerait une augmentation des prix.
Pour assurer la propreté, il veut « externaliser la collecte des déchets dans toute la capitale ». Du côté des transports, c’est la marche arrière. Thierry Mariani propose de rehausser la vitesse autorisée sur le périphérique parisien à 90 km/h (elle est actuellement de 50 km/h depuis 2024), et à 50 km/h sur certains grands axes (c’est 30 km/h dans la quasi-totalité des rues parisiennes depuis 2021).
En voulant créer 20 000 nouvelles places de stationnement, il montre sa rupture avec l’équipe municipale sortante, qui ne cachait pas son ambition de réduire la place de la voiture individuelle en ville. Sur les autres mobilités, il se contente de promettre de « réviser le plan de circulation afin de protéger les piétions, cyclistes et automobilistes » ainsi qu’un moratoire sur de nouvelles pistes cyclables.
Le candidat soutient lui aussi la végétalisation de l’espace public, en proposant de planter 50 000 arbres supplémentaires durant le mandat. C’est trois fois moins que ce qu’avait promis Anne Hidalgo en 2020.
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