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ÉditoMédias

Notre Dry January : essayez un mois sans les médias des milliardaires

Et si on faisait une cure médiatique en janvier, et plus longtemps si affinités, avec 100% de médias indépendants ?

Et si, pour accompagner nos bonnes résolutions de janvier, on choisissait de passer ce premier mois de l’année en s’épargnant les discours des médias possédés par des groupes industriels ou des milliardaires d’extrême droite ?

Arrêtez tout, les scientifiques se sont trompés ! « Il y a un réchauffement climatique qui est dû à ce qu’on appelle les plurivers, les multivers, les interactions entre les univers. » C’est Michel Onfray qui révélait cette découverte sensationnelle sur CNews le 22 novembre dernier. L’information est déconcertante pour ceux qui suivent de près l’actualité climatique, mais c’est « l’astrophysique [qui] nous l’enseigne », assure le « philosophe ».

Évidemment, c’est faux et stupide. Cette logorrhée climatosceptique débitée à longueur de plateaux télé pourrait faire sourire si elle n’avait pas des conséquences massives sur la société. Une étude réalisée par plusieurs ONG en octobre alertait sur l’ampleur de la désinformation climatique diffusée par de nombreuses radios et chaînes d’informations privées. Au premier rang desquelles figurent les médias du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré.

L’offensive des médias réactionnaires contre l’écologie n’est pas nouvelle mais elle monte en puissance. La presse écrite n’est pas en reste, entre les tribunes climatosceptiques régulièrement publiées dans Le Figaro, et les entretiens rassuristes sur la biodiversité niant le consensus scientifique dans Le Point.

Des médias pour défendre un système mortifère

Si l’on élargit la focale, cette dynamique n’est pas surprenante. Tous ces médias appartiennent à des milliardaires, des groupes d’intérêts industriels ou des groupes financiers. Or, on assiste, partout dans le monde, à une radicalisation du capitalisme. À mesure que ce dernier accélère et aggrave la crise écologique, il devient de plus en plus intenable démocratiquement de justifier la perpétuation d’un système aussi mortifère. Pour préserver ses intérêts, l’oligarchie capitaliste tourne alors de plus en plus ouvertement le dos à la démocratie, et s’allie à l’extrême droite, aux États-Unis comme en France.

Dans cette optique, les médias détenus par cette élite font leur œuvre de propagande, pour nier les dégâts qu’elle génère, pour retourner le stigmate contre les lanceurs d’alerte, organiser un « backlash » écologique, voire préparer une répression de plus en plus violente contre celles et ceux qui leur résistent.

Ce processus s’accélère à mesure que les médias se concentrent entre quelques mains : le milliardaire Bernard Arnault, déjà propriétaire du Parisien, des Échos, de Radio Classique et de L’Opinion, vient de racheter le magazine économique Challenges et les journaux scientifiques Sciences et Avenir et La Recherche.

Le milliardaire Rodolphe Saadé, déjà propriétaire du quotidien La Provence, de La Tribune et du groupe audiovisuel BFMTV-RMC, vient de racheter Brut. Le milliardaire Daniel Kretinsky, qui détient des parts de Marianne, Libération et Franc-Tireur, entre autres, vient d’obtenir sa propre chaîne de télé.

Médias publics : une digue en piteux état

Plus inquiétant encore : les médias publics en France, au lieu de servir de digue, accompagnent pour certains le mouvement. L’incurie de quelques interviewers politiques des radios et chaînes publiques n’est plus à démontrer. Alors que le changement climatique a continué de battre des records en 2025, que plus de 16 000 morts de chaud lui sont imputables cette année en Europe, on ne peut pas dire que nos dirigeants aient été harcelés de questions sur leurs responsabilités et politiques écologiques.

Sur Franceinfo, la crainte obsessionnelle d’être critiqué par CNews fait de plus en plus pencher la ligne éditoriale vers l’extrême droite, si l’on en croit l’enquête de Mediapart. La pensée de la chaîne d’extrême droite de Vincent Bolloré percole jusque dans les discours des journalistes du service public : en novembre, une journaliste relayait plusieurs fake news diabolisant le nouveau maire socialiste de New York.

En décembre, c’est l’éditorialiste Nathalie Saint-Cricq qui expliquait que l’antisémitisme pouvait répondre à une « quête du vote musulman », entraînant une saisine de l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, pour ces propos accusés d’être islamophobes. La porosité est telle que des chroniqueurs de CNews se font maintenant débaucher par Franceinfo.

On pourrait encore allonger la liste des griefs. Il y a urgence à réguler les médias, pour limiter leur concentration et assurer l’indépendance des médias publics. En attendant cet hypothétique sursaut démocratique, nous ne pouvons que vous conseiller d’appliquer quelques gestes de salubrité publique : coupez les chaînes d’info, éteignez les radios propagandistes monopolisant la parole tout en éructant « qu’on-ne-peut-plus-rien-dire ».

Faites-en une résolution démocratique de nouvelle année ! Après ou avec le dry january et le veganuary, placez janvier sous le signe de la presse libre. Encouragez votre entourage à faire un mois de cure sans média réactionnaire : un genre de sansmilliardairuary, ou de SansPascalPrauduary ?

Lisez les médias indépendants !

La liste des médias indépendants offre un large éventail de choix pour s’informer via un travail professionnel de qualité. Le portail des médias indépendants constitue, par exemple, une bonne ressource où piocher.

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