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Tribune — Agriculture

Nous, journalistes bretons, ne cesserons pas d’informer sur l’agro-industrie

Intimidations, ripostes orchestrées sur les réseaux sociaux... Les tenants du modèle agroindustriel breton multiplient les charges contre les journalistes bretons qui enquêtent sur eux. Cela « ne nous fera pas taire », assure le collectif Kelaouiñ dans cette tribune.

Le collectif Kelaouiñ pour la liberté d’informer sur l’agro-alimentaire en Bretagne et ailleurs est l’auteur de cette tribune. Nous la publions alors que la journaliste Inès Léraud était par ailleurs attaquée pour diffamation par le grossiste Breton, Jean Cheritel à la suite d’un article écrit par la journaliste pour Bastamag. Le groupe Cheritel a annoncé qu’il abandonnait les poursuites.


Le travail d’investigation des journalistes est essentiel pour rendre compte des réalités vécues par la population, y compris et surtout celles que les services de communication préfèrent cacher.

Mardi 17 novembre 2020, Le Monde en face, le magazine de France 5, réalisait sa meilleure audience de l’année. Le documentaire « Bretagne, une terre sacrifiée » d’Aude Rouaux et Marie Garreau touchait 1,1 million de téléspectateurs (1,3 avec le rattrapage), soit 4,5 % de part d’audience.

L’une des témoins principales était la journaliste Morgan Large, reporter et présentatrice pour la radio associative RKB (Radio Kreiz Breizh), autrice d’une série sur les îles pour La Terre au carré sur France Inter en 2019 et précédemment entendue dans Le Journal breton d’Inès Léraud sur France Culture.

Spécialisée dans les sujets agricoles et environnementaux, elle évoquait cette fois son travail effectué pour Reporterre sur l’implantation de poulaillers de grande dimension en Bretagne, ainsi que son engagement dans la vie locale, en tant qu’élue et candidate aux élections municipales.

La riposte des tenants du modèle productiviste s’est orchestrée sur les réseaux sociaux

Dans les jours qui ont suivi la diffusion du documentaire, la riposte des tenants du modèle productiviste s’est orchestrée sur les réseaux sociaux et à travers des organes de presse spécialisés. La Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles (FRSEA) a qualifié le documentaire de « fiction » et diffusé sur le réseau social Twitter une capture d’écran montrant le visage de la journaliste. Paysan Breton, plus gros tirage de la presse agricole, détenu par Eureden, Groupama Bretagne et le Crédit Mutuel de Bretagne, a publié le 4 décembre une pleine page intitulée « La Bretagne secouée par la désinformation sur France 5 », signée par Georges Galardon, président d’Eureden.

Au même moment, les locaux de RKB, situés dans deux communes distinctes, Saint-Nicodème et Rostrenen, étaient forcés. Deux portes étaient dégradées à la suite de tentatives d’intrusion.

Sur la boite mèl de la radio, certains messages portaient des menaces explicites : « Message à l’attention de "Morgane" suite au reportage d’hier soir sur France 5. Honteux ! Continuez avec votre "agribashing", mais il ne faudra pas venir pleurer quand certains agriculteurs viendront s’en prendre à des gens comme vous. »

La journaliste a aussi fait l’objet d’un acte de malveillance à son domicile. En son absence, le 6 décembre, des voisins ont découvert ses deux chevaux en divagation sur la voie publique. Après qu’on a récupéré les animaux, le constat était clair : l’entrée du champ avait été ouverte volontairement. Au milieu de la nuit, Morgan Large a été réveillée par des appels téléphoniques anonymes.

Dans ce documentaire qui présente plusieurs témoins, seule la journaliste a été visée et inquiétée.

Choquée par l’inégalité du rapport de force, et par la préméditation d’actes à son domicile, la journaliste a déposé une main courante à la gendarmerie. Les propriétaires des locaux loués à la radio ont, eux, porté plainte.

Sept mois après la lettre ouverte signée par plus de 500 journalistes et professionnels des médias dans laquelle nous dénoncions la chape de silence qui entoure les questions agro-industrielles en Bretagne, les pouvoirs publics continuent de fermer les yeux. Pire, ils accompagnent cette omerta en mettant la gendarmerie au service de certains agriculteurs pour surveiller les lanceurs l’alerte et dissuader toute enquête journalistique. Ils multiplient les dispositifs attentatoires aux libertés publiques, protégeant des intérêts particuliers plutôt que le bien commun.

La violence à l’égard de notre consœur ne nous fera pas taire. Ainsi, les intimidations dont elle fait l’objet nous obligent d’autant plus à poursuivre avec exigence un travail d’information pour dénoncer les enjeux et dérives du modèle agro-industriel.

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