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Nucléaire

Pour faire face aux prochains hivers, RTE déconseille de fermer des réacteurs nucléaires avant 2026

Entre les retards de déploiement des sources d’énergies renouvelables et la fermeture programmée des centrales à charbon, le mix énergétique français risque d’être un peu léger pour les hivers à venir, prévient RTE, qui préconise en compensation de prolonger la durée d’utilisation de plusieurs réacteurs nucléaires.

L’approvisionnement en électricité les trois prochains hivers sera tendu, prévient RTE (Réseau de Transport d’Électricité) dans son bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité en France, paru mercredi 24 mars. La situation devrait s’améliorer ensuite, à condition de repousser les fermetures de réacteurs nucléaires prévues d’ici 2026, prévient le gestionnaire du réseau de transport d’électricité dans ce rapport qui dessine des perspectives jusqu’en 2030.

RTE se dit « vigilant » sur l’approvisionnement électrique jusqu’en 2024. « Les marges sont faibles en raison d’une disponibilité dégradée du parc nucléaire (conséquence de la crise sanitaire et des décalages de travaux de maintenance), du retard de l’EPR de Flamanville et des retards accumulés sur les nouveaux moyens de production renouvelables (principalement les parcs offshore et la trajectoire solaire, l’éolien terrestre dans une moindre mesure) », énumère-t-il dans son communiqué de presse.

Une « disponibilité prévisionnelle » du nucléaire qui « apparaît très basse »

Concernant le nucléaire, RTE s’inquiète de la durée des quatrièmes visites décennales — dont la réussite conditionne l’autorisation de prolongation de durée de vie des réacteurs nucléaires au-delà de quarante ans — des trente-deux réacteurs de 900 mégawatts (MW), qui doivent s’enchaîner jusqu’en 2031. « Pour le premier réacteur du palier 900 MW (Tricastin 1) (...), la durée d’arrêt est restée comparable à celle d’autres visites décennales. Il n’en a pas été de même pour le réacteur suivant (Bugey 2), qui a été arrêté plus d’un an », constate-t-il. Par ailleurs, si l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) réclamait des améliorations de la sûreté à l’issue de ces visites, de nouveaux arrêts pour travaux pourraient s’ensuivre quelques années plus tard. À ces arrêts s’en ajoutent d’autres, liés à des opérations de maintenance dont certaines ont pris du retard en raison de la crise sanitaire. « La disponibilité prévisionnelle des tranches nucléaires sur les trois prochains hivers apparaît ainsi très basse, bien en deçà de la disponibilité observée par le passé, en particulier pour l’hiver 2021-2022 », avertit RTE qui a d’ores et déjà placé l’hiver prochain sous « vigilance particulière ».

Les retards accumulés par le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche) n’arrangent rien à l’affaire. La mise en service de ce réacteur de nouvelle génération, originellement prévue en 2012, ne devrait pas intervenir avant 2023 — à moins que le problème de soudure identifié sur trois piquages du circuit primaire ne repousse encore l’échéance. « Les hypothèses de disponibilité retenues pour l’EPR sont prudentes (indisponibilité sur l’hiver 2022-2023, disponibilité partielle durant l’hiver 2023-2024 et prise en compte d’un arrêt long (première visite complète et changement du couvercle de la cuve) durant la période suivante », indique RTE, qui précise que « les conséquences d’une mise en service fortement retardée (après 2025) sont également étudiées et prises en compte dans le scénario dégradé ».

Le photovoltaïque en retard

À ces incertitudes sur le parc nucléaire s’ajoutent la fermeture des dernières centrales à charbon d’ici fin 2022 — l’arrêt de la centrale du Havre est prévu le 1ᵉʳ avril 2021, ceux de Gardanne et de Saint-Avold d’ici mi-2022 — et le retard pris dans le déploiement des énergies renouvelables, photovoltaïque en particulier. Pour améliorer la sécurité d’alimentation électrique jusqu’en 2024, RTE préconise donc de revoir le planning d’arrêt des réacteurs nucléaires pendant les saisons hivernales, de redoubler d’efforts pour atteindre les objectifs en énergies renouvelables et en économies d’énergie inscrits dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et surtout de laisser en fonctionnement la centrale à charbon de Cordemais, ou de la convertir en centrale à biomasse, jusqu’à la mise en service de l’EPR de Flamanville.

Puis, jusqu’en 2026, l’équilibre électrique français devrait peu à peu s’améliorer. Certes, la consommation électrique devrait retrouver son niveau d’avant la crise sanitaire, portée par le développement des véhicules et du chauffage électriques et les projets de production d’hydrogène par électrolyse. Mais la production devrait suivre, avec une meilleure disponibilité du parc nucléaire, la mise en service de l’EPR de Flamanville et la progression des énergies renouvelables. La situation restera néanmoins fragile : « Dans un scénario prenant en compte d’une part des retards supplémentaires sur deux parcs éoliens en mer et sur le projet EPR (scénario dégradé), et d’autre part une disponibilité du parc nucléaire qui resterait au niveau de la disponibilité prévisionnelle de celle de l’hiver 2023-2024, le système électrique serait sans marge », prévient RTE. Le gestionnaire préconise, dans cette hypothèse, de prolonger jusqu’en 2026 la centrale de Cordemais en la convertissant à la biomasse. Mais surtout, déconseille formellement de fermer deux réacteurs nucléaires d’ici 2026, tel que l’envisageait la PPE [1].

Le risque de devoir arbitrer entre sécurité d’approvisionnement et sûreté nucléaire

« J’espère que l’analyse de RTE va réveiller le gouvernement et lui faire prendre conscience que le maintien d’un nucléaire de moins en moins fiable expose notre système électrique à des risques de plus en plus grands, avec des coûts toujours plus élevés, a réagi sur Twitter le consultant sur le nucléaire Yves Marignac, expert à l’institut négaWatt. Ou comment le retard en matière de développement des renouvelables et l’absence de politique de maîtrise de la consommation d’électricité exposent de plus en plus notre système à sa dépendance historique au nucléaire... et comment cela nous confronte, via la nécessité de “disponibilité” d’un parc nucléaire de moins en moins fiable (vieillissement et maintenance, retards...), à une problématique sûreté nucléaire/sécurité électrique de plus en plus intenable. Nous risquons de nous retrouver dans une situation où il faudra faire un arbitrage entre la sécurité d’approvisionnement en électricité [qui suppose de laisser les centrales ouvertes] et la sûreté nucléaire [qui suppose de les arrêter]. Ce n’est pas acceptable. »

Les incertitudes sur le nucléaire restent fortes. RTE arrive à modéliser un équilibre électrique avec quatre réacteurs en moins, et moins de 60 % d’électricité d’origine nucléaire dans le mix (contre 71 % en 2019), à l’horizon 2030. Dans ce document, le travail de prospective s’arrête à cette date. Mais en janvier dernier, un autre rapport de RTE, réalisé avec l’Agence internationale de l’énergie, confirmait la faisabilité technique d’un mix électrique basé sur de fortes proportions d’énergies renouvelables, à travers trois scénarios sans nouvelles installations électronucléaires et quatrième proposant un mix 100 % énergies renouvelables. De son côté, EDF et le gouvernement envisagent la construction de six nouveaux EPR pour remplacer une partie du parc nucléaire vieillissant — une décision suspendue à la mise en service de l’EPR de Flamanville.

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