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Alimentation

Le gouvernement s’en prend (encore) aux « steaks végétaux »

Après une précédente tentative avortée, l’appellation « steak végétal » va bientôt être interdite, selon un nouveau décret. La mesure vise à satisfaire les éleveurs qui y voient une concurrence déloyale.

C’est ce qui s’appelle persévérer. L’appellation « steak végétal » devait déjà disparaître en 2022. Mais le gouvernement s’était heurté au Conseil d’État qui avait suspendu le décret, trop vague. Aujourd’hui, bis repetita. Un nouveau texte, plus précis, interdit aux substituts de viande à base de soja ou de pois d’utiliser des termes de l’univers de la boucherie.

Une liste de termes proscrits y figure. Exit par exemple le « steak » végétal, l’« escalope » de soja et le « jambon » végane… Ils devront se rebaptiser. Les produits végétaux auront aussi interdiction d’utiliser des noms faisant référence à des espèces animales ou à l’anatomie des bêtes. Pour certaines dénominations, l’utilisation de protéines issues de végétaux est autorisée, à condition que cela soit dans des proportions minimes : 0,5 % pour des lardons, 3 % pour des saucisses, 5 % pour un pâté. Le décret, publié au Journal officiel du 27 février, s’appliquera à partir du mois de mai.

« Mesure corporatiste » en réponse à la colère des agriculteurs

« C’était une demande de nos éleveurs », a commenté le Premier ministre Gabriel Attal sur son compte X (ex-Twitter). L’explication a le mérite de la clarté. « Il s’agit d’une mesure corporatiste, qui surfe sur la crise agricole actuelle », commente Florimond Peureux, président de l’Observatoire national des alimentations végétales (Onav). Si le décret est en préparation depuis des mois (il a été notifié à la Commission européenne fin août), sa publication intervient opportunément en plein Salon de l’agriculture, alors que le gouvernement doit répondre à la colère, voire au désespoir, de la profession. « Cette interdiction est destinée à protéger les intérêts économiques de la filière viande », ajoute Florimond Peureux.

Jusqu’ici, les autorités avançaient plutôt comme justification la nécessité de protéger les consommateurs des allégations trompeuses. Mais l’argument du risque de confusion entre steaks de soja et steaks de bœuf a récemment été écarté par la justice. Il n’avait d’ailleurs jamais été porté par les associations de consommateurs, au contraire des interprofessions de la viande ! En 2022, Interbev, l’organisme de la filière bovine, envisageait l’interdiction de l’appellation steak végétal comme « une avancée majeure en matière de transparence de l’information délivrée aux consommateurs ».

Une décision à rebours des objectifs climatiques

La mesure donne donc des gages symboliques aux défenseurs de l’élevage. Mais pas sûr qu’elle change quoi que ce soit aux difficultés économiques de la filière. « La crise connue par les éleveurs s’explique moins par la dénomination de certaines alternatives végétales que par le recours massif aux importations, surtout dans les plats préparés et les produits transformés, et par les pratiques des industriels et de la grande distribution qui captent l’essentiel de la valeur ajoutée et ne les rémunèrent pas correctement », réagit Benoît Granier, responsable alimentation à l’association Réseau Action Climat (RAC).

En revanche, la décision peut s’avérer contre-productive pour le rééquilibrage des habitudes alimentaires au profit des aliments végétaux. Le Réseau Action Climat rappelait récemment la nécessité de réduire de 50 % la consommation de viande pour décarboner notre alimentation et tenir nos objectifs climatiques. Si une partie des produits concernés sont critiqués pour leur caractère ultra-transformé, « des galettes ou des steaks végétaux à base de lentilles et de céréales peu transformées et sans additifs peuvent être très bénéfiques pour la santé et le climat », précise Benoît Granier. Or, le nom « steak végétal » facilite l’appropriation de ces produits par les consommateurs.

Mais le feuilleton n’est sans doute pas terminé. La Cour de justice européenne doit se prononcer sur le sujet, en principe dans les prochains mois. Elle doit dire si ces dénominations peuvent être réglementées à Paris sans l’accord de Bruxelles. Leur interdiction pourrait bien être mort-née…

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