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Luttes

Soutenus par La France insoumise et des écologistes, les « convois de la liberté » arrivent à Paris

Au départ de l'un des «convois de la liberté», à Nice, le 9 février 2022.

Les convois français « de la liberté » arrivent ce weekend à Paris. Un rassemblement hétéroclite fondé sur un ras-le-bol général contre les politiques sanitaires du gouvernement et la hausse du coût de la vie. Des partis de gauche et des écologistes les soutiennent.

C’est une nouvelle vague de révolte contre les mesures sanitaires du gouvernement et la hausse du coût de la vie. Baptisé « convois de liberté », ce mouvement s’inspire des camionneurs nord-américains qui bloquent depuis deux semaines la capitale canadienne Ottawa pour dénoncer la vaccination obligatoire des chauffeurs routiers.

Plusieurs convois ont été mis en place pour converger sur Paris le samedi 12 février, avant de se diriger vers Bruxelles le 14 février. Une carte interactive a été lancée pour retrouver les différents points de rassemblement :



Pour s’organiser, les membres des convois de la liberté se retrouvent sur les réseaux sociaux. Facebook tout d’abord, avec un groupe lancé le 26 janvier dernier qui rassemble 359 000 membres. On trouve aussi divers groupes Telegram, notamment la Meute OBT avec 17 000 participants.

Ils relaient notamment des vidéos où l’on peut suivre l’avancée des cortèges et l’arrivée aux points d’étapes, sous les applaudissements d’un public de tous âges. Certains, comme à Lyon, brandissent des drapeaux français. On peut aussi voir des agriculteurs venus apporter leur soutien au convoi avec leurs tracteurs à Aix-en-Provence. Sur la route, de nombreuses automobiles, des camping-cars, mais très peu de camions contrairement au Canada [1].

Dans le groupe Telegram parisien qui compte 460 membres, la mobilisation s’organise. Certains donnent des conseils pour stationner dans la capitale, d’autres lancent une collecte de légumes bio, offrent un hébergement ou réclament des jerricans d’essence. Beaucoup insistent sur le côté « apolitique et apartisan » du mouvement. Ils appellent au calme et au pacifisme durant les blocages. L’ambiance joyeuse et solidaire rappelle les débuts des Gilets Jaunes.

Des ressemblances avec le mouvement des Gilets Jaunes

D’ailleurs, la presse généraliste s’est empressée de faire le lien. Est-ce un « ultime avatar des gilets jaunes ? », se demande l’Express en signalant le soutien de Jérôme Rodrigues, l’une des figures du mouvement des ronds-points.

Les similitudes sont en effet assez nombreuses. D’abord, la décentralisation d’une révolte née dans les territoires. Ensuite, l’utilisation des réseaux sociaux, notamment les groupes Facebook, pour s’organiser. Enfin, les revendications : si les Gilets Jaunes se sont enflammés contre la taxe carbone, le convoi des libertés s’insurge contre la hausse des prix de l’énergie « qui alimentent l’inflation dans la durée », comme l’explique un communiqué. Ils réclament d’ailleurs une « baisse du prix des énergies tant que les alternatives ne sont pas accessibles à tous ».

Contre « toutes les restrictions » accusées de « tuer » l’économie

Plus globalement, il s’agit d’un ras-le-bol général contre le gouvernement accusé de « tuer » l’économie et en particulier, « l’hôpital public et la santé en général, l’enseignement, en plus de tout le secteur de la restauration et de l’hôtellerie qui pâtissent mécaniquement de la mise en place cet apartheid sanitaire et économique ». Le mouvement réclame également la levée de toutes les restrictions sanitaires, de l’État d’urgence, du conseil de défense, et du « passe numérique ».

Comme pour les Gilets Jaunes, il n’y a pas de porte-parole officiel, mais certaines figures qui émergent déjà, notamment Rémi Monde. Le profil de cet homme a déjà été disséqué dans la presse. Sur sa page Facebook suivie par 18 000 personnes, on y trouve des posts à la gloire de Didier Raoult, des prises de parole de la généticienne antivaccin Alexandra Henrion-Caude, des extraits du documentaire complotiste Hold-up.

Des soutiens politiques qui vont du RN au NPA

De quoi donner des billes à celles et ceux qui aimeraient rejeter la qualification de révolte populaire et attribuer ce mouvement à l’extrême-droite. D’autant plus qu’au Canada, des drapeaux nazis, confédérés et libertariens ont été aperçus dans le convoi, en partie financé par l’extrême droite selon des ONG locales. Là-bas, le ras-le-bol a accouché d’un mouvement communautaire de résistance à la présence de ces camionneurs. Dans l’Hexagone, les convois de la liberté sont soutenus par Florian Philippot, le président du mouvement Les Patriotes ainsi que par Marine Le Pen.

Pourtant, d’autres figures politiques ont pris la défense des convois comme Philippe Poutou, le candidat du NPA à la présidentielle. «  On est pour que la révolte s’exprime, on espère que c’est un rebond du mouvement des Gilets Jaunes car rien n’a été réglé. La colère est toujours là. […] On sait aussi que dans le mouvement qui va démarrer, il y a une bonne influence de l’extrême-droite et de ce qu’on appelle aussi les complotistes et confusionnistes. […] Mais on est bien conscients que tout n’est pas si simple. La colère va partir dans tous les sens et le rôle des militants de gauche est d’essayer de faire en sorte que ce mouvement ne se trompe pas d’adversaire  », a-t-il déclaré sur RMC.

Une route bloquée par le convoi de la liberté au Canada le 4 février 2022. CC BY-SA 4.0 / ΙΣΧΣΝΙΚΑ-888 / Wikimedia Commons

Sur France Info, Adrien Quatennens, député du Nord et coordinateur de la France Insoumise a encouragé les gens à s’y rendre. « Il y a des revendications qui sont aussi liées aux problématiques notamment celle du pouvoir d’achat. […] Je crois que certains ont l’intention d’utiliser ces convois pour revenir aux revendications qui n’ont pas été satisfaites des Gilets jaunes et nous les soutenons toujours. »

De son côté, Jean-Luc Mélechon, candidat à la présidence de la République, a expliqué : « Voilà des gens qui se mettent en mouvement et qui portent des revendications similaires aux miennes : baisse des prix des carburants, augmentation du pouvoir d’achat, mettre fin au #PassVaccinal. Je ne peux que soutenir ça ».

Patrick Proisy, maire de Faches-Thumesnil (59) et membre de la France Insoumise s’est rendu à Bondues, près de Tourcoing, pour attester de la « bonne ambiance » du cortège « loin des caricatures des médias parisiens. Les gens expriment un ras-le-bol général de la politique d’Emmanuel Macron : restriction des libertés, baisse du pouvoir d’achat, etc. »

Du côté des Verts, Sandrine Rousseau a déclaré que c’était un mouvement qu’il fallait « entendre » tandis que Yannick Jadot s’est montré plus circonspect. « Je ne soutiens pas cette manifestation. En revanche je soutiens le droit à manifester. Mais je comprends l’État de ne pas vouloir bloquer Paris. Quand on voit la situation à Ottawa au Canada, ce n’est pas une situation acceptable au niveau démocratique. »

Un dispositif policier conséquent

L’État justement n’a pas lésiné sur les moyens pour faire face à cette contestation. La préfecture de police a interdit le 10 février les convois de la liberté dans la capitale en raison des « risques de troubles à l’ordre public ».

7 200 policiers et gendarmes sont mobilisés pour trois jours. Des contrôles seront mis en place à hauteur des péages sur les principaux axes routiers d’Île-de-France.

La préfecture a dévoilé sur Twitter l’arsenal qu’elle compte déployer face aux manifestants : tracteurs anti-barricades, camions grues et plus classiques canons à eau tandis que la gendarmerie sort ses véhicules blindés.

Cette interdiction a été attaquée devant le tribunal administratif de Paris. Sans succès. Ceux qui braveraient cet interdit encourent deux années d’emprisonnement, 4 500 euros d’amende, la mise à la fourrière du véhicule, la perte de six points et la suspension du permis de conduire pour une durée de trois ans ou plus, prévient la préfecture.

Pour échapper à tout cela, les astuces se multiplient sur les fils Telegram. En cas d’arrestation, les manifestants conseillent de dire qu’ils se rendent au meeting de Valérie Pécresse le dimanche ou à la mobilisation des Patriotes le samedi. Une manifestation contre le passe vaccinal organisé par le parti d’extrême-droite de Florian Philippot qui, elle, n’a pas été interdite...

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