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Politique

Sur l’écologie, Emmanuel Macron refuse qu’on lui « donne des leçons »

Emmanuel Macron interviewé sur l'écologie sur le plateau de France 2, le 10 juin 2025.

Océans, pollution liée à la fast-fashion... En deux heures d’interview sur l’écologie, sur France 2 le 10 juin, Emmanuel Macron a déroulé son discours de communication sans être mis en difficulté.

L’événement était annoncé comme « une première dans l’histoire de la télévision » : Emmanuel Macron a été interrogé pendant deux heures, uniquement sur les sujets environnementaux, sur le plateau de France 2 le 10 juin. La chaîne organisait une émission exceptionnelle, à l’occasion de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc) qui se déroule à Nice (Alpes-Maritimes) jusqu’au 13 juin.

Si l’objet de l’interview était effectivement nouveau, le président de la République a fait peu d’annonces et en a surtout profité pour faire sa communication, en étant très peu contredit par les journalistes Léa Salamé et Hugo Clément.

Principale annonce à retenir : « On peut dire aujourd’hui que c’est le succès de Nice. Le traité de protection de la haute mer entrera en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2026 », a déclaré le chef de l’État pendant l’émission. Ce traité, adopté par les États membres des Nations unies en juin 2023, prévoit (entre autres) de créer des aires marines protégées en haute mer, qui seront reconnues par tous les pays membres des Nations unies ; et de partager équitablement les ressources marines génétiques [1] qui s’y trouvent. La haute mer, aussi appelée « eaux internationales », couvre plus de 60 % des océans et ne faisait jusqu’à présent l’objet d’aucune régulation.

Bien qu’adopté il y a deux ans, le traité n’a toujours pas été ratifié par les Parlements des États membres. Au total, 60 ratifications sont nécessaires pour que le texte entre en vigueur, et 31 devaient encore être récoltées avant le début de l’Unoc. Or, « 65 pays environ auront ratifié ou déposé [leur instrument de ratification dans les temps] », a annoncé Emmanuel Macron sur le plateau de France 2. Le chef de l’État avait déjà laissé entendre lors de l’ouverture du sommet que la ratification était « gagnée ». « La haute mer ne sera plus le Far West », s’est-il définitivement réjoui devant les journalistes.

Des aires marines pas si protégées

Dès les 7 et 8 juin, Emmanuel Macron et la ministre de la Transition écologique avaient fait des premières annonces, en amont de l’Unoc. D’ici 2026, 4 % des eaux hexagonales seront placées sous « protection forte » et interdites au chalut de fond, avait notamment déclaré à la presse Agnès Pannier-Runacher. Ce n’est le cas que pour 0,1 % des eaux hexagonales aujourd’hui. En comptant les territoires ultramarins et la création prochaine d’une nouvelle aire marine protégée en Polynésie française, 14,8 % des eaux françaises seront donc placés sous « protection forte » (contre 4,8 % aujourd’hui).

Mais cette annonce n’a pas réjoui les ONG de défense des océans, qui ont rappelé que le terme « protection forte » ne correspondait « à rien » sur le plan juridique. En outre, même si le chalut de fond sera a priori interdit dans 4 % des eaux hexagonales, celles-ci pourront toujours être exploitées par des navires industriels pratiquant des techniques dommageables, comme la senne démersale et le chalut pélagique. Loin d’une véritable protection forte, donc. Sur France 2, les journalistes Léa Salamé et Hugo Clément ont ainsi tenté de confronter Emmanuel Macron à ces critiques. En vain.

« Emmanuel Macron n’a eu de cesse de contourner la question centrale »

« Il faut qu’on accompagne les pêcheurs et les consommateurs, a temporisé le chef de l’État. Sinon les gens vont importer leurs coquilles Saint-Jacques auprès des Britanniques ou des Danois qui continueront ces pratiques, parce que si vous ne les pêchez pas avec le chalutage de fond, elles sont 10 à 15 fois plus cher. Personne n’a envie [de tuer] les trois quarts des volumes de criées françaises, et que des tas de produits qu’on mange tous les jours ne soient plus consommables à des prix abordables. »

Pendant plusieurs minutes, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de contourner la question centrale — comment prétendre mettre en place une aire marine « protégée » si des pratiques destructrices de pêche y sont encore autorisées ? — en remettant la faute sur les pêcheurs qui réclameraient plus de temps, et en prétendant que la consommation de coquilles Saint-Jacques (un produit de luxe, déjà inaccessible à de nombreux foyers) ne serait plus possible avec un durcissement des règles. Alors que des exemples de marins pêcheurs de coquilles Saint-Jacques sans chalut existent bien, comme Reporterre le racontait déjà en 2020.

Par ailleurs, la réduction de la consommation de produits marins n’a jamais été évoquée comme une potentielle solution, alors que de nombreuses études scientifiques rappellent qu’elle doit diminuer pour des raisons climatiques et sanitaires.

Fast-fashion et traité plastique

Le chef de l’État a également été questionné sur la pollution plastique. Il a rappelé que 95 pays ont proposé à l’Unoc l’adoption d’un traité « ambitieux » sur la pollution plastique, prévoyant une réduction de la production de cette matière omniprésente dans toutes les mers du globe. Cette déclaration reste cependant symbolique. Les négociations pour un véritable traité contraignant doivent reprendre cet été en Suisse, après une dernière session en Corée du Sud qui s’était soldée par un échec.

Autre sujet brûlant : celui de la fast-fashion. Emmanuel Macron a ainsi déclaré être favorable à la taxation des plateformes de commerce en ligne au niveau européen, les consommateurs devant aussi « ralentir » leurs achats de vêtements.

Léa Salamé et Hugo Clément ont ensuite rappelé que son ancien ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, était désormais conseiller stratégique en France de Shein, une des principales plateformes de fast-fashion justement décriées pour leurs désastreuses conséquences environnementales et sociales. « Ne le mettez pas au pilori ! C’est un peu nul ce que vous faites, par rapport au débat », s’est offusqué le président, sans répondre aux interrogations des journalistes, qui lui demandaient si cette prise de poste le dérange.

« Je n’ai pas envie de rentrer dans ce débat un peu stigmatisant et un peu personnel », a poursuivi Emmanuel Macron, allant jusqu’à dire que les anciens ministres avaient parfois du mal à « retrouver un job » après leurs fonctions au gouvernement.

« Ne me donnez pas de leçons »

Dix ans après l’Accord de Paris, pendant cette émission de deux heures, Emmanuel Macron a ainsi voulu prouver qu’il nourrissait une forte ambition française pour les océans et pour l’écologie. C’était déjà son objectif en affirmant à Nice, quelques jours plus tôt : « Politiquement, nous sommes dans un moment extrêmement compliqué où certains voudraient faire oublier le combat pour le climat ». Il visait alors son gouvernement et sa propre majorité parlementaire.

Depuis plusieurs mois, il faut dire que les reculs écologiques s’enchaînent, comme Reporterre l’expliquait récemment : baisse du budget étatique alloué à la protection de l’environnement, détricotage de l’objectif zéro artificialisation nette des sols, suppression des zones à faibles émissions, menaces pour la biodiversité dans les lois agricoles, prochaine reprise du chantier de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres…

Pourtant, interrogé sur son bilan environnemental décevant, Emmanuel Macron s’est visiblement énervé. « Ne me donnez pas de leçons, a-t-il dit. Je ne vois pas beaucoup de pays d’Europe qui ont fait mieux que nous. »

Comme à son habitude, il s’est vanté de la baisse des émissions de CO2 depuis son arrivée à l’Élysée en 2017. « On réduisait nos émissions de CO2 de 1 % par an, a-t-il rappelé. Sur la période 2018-2022, on est passé à -2 % et sur la période 2022-2024 on est passé à -4,5 % d’émissions de CO2 par an. Notre pays a multiplié par quatre la baisse de ses émissions de CO2, ça ne vient pas tout seul ! »

Mais, comme lors de sa précédente interview télévisée sur TF1, Emmanuel Macron a oublié de préciser que la trajectoire de baisse des émissions stagne désormais. Celles-ci n’ont réduit que de 1,8 % en 2024. Un net ralentissement, alors qu’il faudrait au minimum 5 % de réduction par an pour respecter l’objectif de neutralité carbone en 2050. Il y a encore beaucoup de travail pour le climat et les océans.

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