Yannick Jadot veut un plan européen de transition énergétique

5 janvier 2017 / par Hervé Kempf (Reporterre)



Le candidat écologiste démarre l’année en bonne forme. Il dévoile un programme axé sur la transformation énergétique, une agriculture en conversion vers le durable et le bio, et un changement institutionnel.

Yannick Jadot, le candidat des écologistes à l’élection présidentielle, a lancé sa campagne avec énergie. Mardi 4 janvier, il présentait sa démarche devant l’association JNE (Journalistes nature environnement), à Paris. L’occasion de dévoiler les principaux points d’un programme placé sous l’angle de « la réappropriation citoyenne de notre vie quotidienne et de nos territoires ». Ce programme sera officiellement présenté le 11 janvier.

• Energie et transition écologique : c’est le cœur du projet de Yannick Jadot, qui dit avoir beaucoup travaillé sur ce point avec les experts de l’association Negawatt. Il prévoit :
- Un plan de 600 milliards d’euros pour la transition à l’échelle européenne, financé par les banques publiques européenne et nationales d’investissement. Le gros paquet doit aller à la transition énergétique, en travaillant aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables, en lien avec les collectivités locales et les sociétés d’économie mixte, en développant l’autoconsommation et l’autoproduction, avec des coopératives citoyennes.
- Une montée en puissance de la rénovation énergétique : l’objectif est de 750.000 logements rénovés par an, ce qui impliquera une durée de quarante ans pour rénover tout le parc ancien. « C’est long, mais c’est déjà ambitieux. Le gros enjeu ici est la formation des métiers. Mais à la clé, il y a la relocalisation de l’économie. »
- Présentée comme une « proposition forte », la fermeture de toutes les centrales thermiques est une priorité : « Il faut planifier la fermeture de ces centrales en travaillant avec les syndicats. On entend le lobby des 400 emplois perdus par centrale, mais on oublie les 4.000 emplois à créer avec la transition énergétique. »
- En ce qui concerne les transports, l’auto électrique ne doit pas être la seule option, selon le candidat, il faut aussi s’appuyer sur les moteurs à gaz d’origine renouvelable.

• Politique étrangère : elle est directement liée à la politique énergétique. Selon le candidat écologiste, notre dépendance conduit à soutenir Poutine en Russie, les pays du Golfe persique, des régimes comme celui du Gabon pour préserver l’accès au pétrole. « L’assainissement de notre politique étrangère passe par la transition de la politique énergétique qui rendra l’Europe indépendante », et donc autonome par rapport à ses actuels fournisseurs.

Face aux journalistes des JNE

• Institutions :
- Jadot voudrait créer une troisième chambre parlementaire, à côté de l’Assemblée nationale et du Sénat. Composé des membres de l’actuel CESE (Conseil économique, social et environnemental) et d’experts, elle examinerait en amont les lois rentrant dans le champ de la transition écologique (climat, biodiversité, pollution chimique, équisement des ressources, …) avec un droit de veto si le texte était contraire aux objectifs écologiques.
- Il reprend l’idée d’un vice Premier ministre en charge de l’écologie. L’objectif est de peser dans les arbitrages gouvernementaux car jusqu’à présent, le ministère de l’Environnement perd le plus souvent face au ministère des Finances.
-  Il s’oppose à l’idée de réunir les ministères de l’Environnement, de l’Industrie et de l’Energie dans un même ensemble, comme l’a proposé Manuel Valls le 3 janvier : « Le rapport de forces y serait toujours défavorable à l’Environnement. Il faut mener une autre politique industrielle. Il y a une autre culture de ministère à construire, notamment sur l’énergie. »

• Biodiversité :
- Sur l’artificialisation des sols, Yannick Jadot n’a pas de plan précis : il faut fixer des limites à l’échelle nationale, densifier les villes, combattre les grandes surfaces commerciales et les grands projets inutiles. Mais le candidat reconnaît qu’il a peu travaillé sur le sujet, qui ne fera pas partie de ses « Dix mesures prioritaires ».
- A propos du loup et de l’ours, la position est en revanche très claire : les directives européennes sur la protection du loup et de l’ours doivent s’appliquer. « Je ne suis pas ici sur la ligne de José Bové. »

• Agriculture
- Il faut que « 100 % de la restauration collective soit fournie par une agriculture paysanne locale ou biologique ».
- Les fonds de la PAC (Politique agricole commune) doivent être utilisés pour moitié à aider à la conversion des agriculteurs conventionnels vers une agriculture paysanne durable et bio. « La PAC représente 9 milliards d’euros chaque année pour la France », rappelle le candidat, qui y voit un fort levier d’action. On pourrait notamment prévoir des contrats de conversion sur quatre ans à l’échelle des municipalités, avec achat des produits au prix du bio pendant la période de conversion.
- Il faut aussi plafonner à 100.000 euros les aides de la PAC aux exploitations, pour ne plus soutenir indûment les plus grosses.
- Des outils de régulation de la production sont nécessaires, notamment sur le lait.
- Au passage, Jadot critique la politique de François Hollande et Stéphane Le Foll : « Tous les plans d’aide à l’agriculture qu’ils ont mis en place sont des aides à l’industrialisation de l’agriculture. »

• Pesticides : il faut un plan de sortie des phytos : « La perspective est d’aller vers zéro phyto. »

• Traités de libre échange : le député européen s’oppose résolument au CETA et au TAFTA : Il ne faut pas se contenter d’en faire ôter l’agriculture, comme une exception, en laissant le reste, avertit Jadot : « Ces accords sont un transfert de souveraineté aux multinationales. Le combat doit être global. »

• Démographie : Interrogé sur les impacts de l’augmentation de la population mondiale, Jadot souligne la prudence nécessaire quand on aborde la question : « Oui, la démographie est un sujet, mais si on me dit, ‘il y a trop de monde sur la planète’, il faut dire par qui on commence ? Qui est en trop ? » Pour le candidat, « la clé de la transition démographique est l’éducation des filles ».

Au fait, Yannick Jadot pourra-t-il être candidat ? Il lui faut en effet 500 signatures d’élus pour pouvoir concourir. La moitié sont déja acquis avec les élus écologistes du pays. Et pour gagner les autres, un réseau de 170 correspondants est réparti dans tous les départements pour aller les convaincre de donner leur parrainage. « Le délai est court : les élus reçoivent le formulaire officiel le 20 février et ils auront trois semaines pour répondre. »


Compléments d’info

- Une synthèse du programme de Yannick Jadot

- Le programme complet en PDF

- ITV audio de Yannick Jadot : « Quelle est l’idée essentielle de votre programme ? »




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Lire aussi : Yannick Jadot vise les sympathisants de Nicolas Hulot

Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos :
. chapô : Wikimedia
. Jadot aux JNE : © Hervé Kempf/Reporterre

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